‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 115 sur 135 · DE L'A HT POÉTIQUE. 4SI · texte numérisé non relu

DE L'A HT POÉTIQUE. 4SI

Pource tu te dois travailler d'être copieux en vocables, et trier les plus nobles et signifiants pour servir de nerfs et de force à tes carmes , qui reluiront d'autant plus que les mots seront significatifs, propres et cboisis.Tu n'oublieras les comparaisons, les descriptions des lieux , fleuves, forêts, montagnes, de la nuit, du lever du soleil , du midi, des vents, de la mer, des dieux et déesses, avec leurs propres métiers, habits, chars et chevaux, te façonnant en ceci à l'imitation d'Homère, que tu observeras comme un divin exemple, sur lequel tu tireras au vif les plus parfaits linéaments de ton tableau.

De la poésie en général.

Tu dois savoir sur toutes choses que les grands poèmes ne se commencent jamais par la première occasion du fait, ni ne sont tellement accomplis * que le lecteur, éprisde plaisir, n'y puisse encore désirer une plus longue fin ; mais les bons ouvriers le commencent parle milieu, et savent si bien joindre le commencement au milieu , et le milieu à la fin, que de telles pièces rapportées ils font un corps entier et parfait3. Tune commenceras jamais le discours3 d'un grand poëme, s'il n'est éloigné de la mémoire des hommes , et pource tu invoqueras la Muse , qui se souvient de tout , comme déesse, pour te chanter les choses dont les hommes ne se peuvent plus aucunement souvenir. Les autres petits poëmes veulent être abruptement commencés, comme les odes lyriques, à la composition desquelles je te conseille premièrement t'exerciter, te donnant de garde surtout d'être

1 Accomplis : terminés.

3 Voir Horace, Epist. ad. Pis., 146 et suiv.

* Le discours : le sujet.

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plus versificateur que poète; car la fable et fiction est le sujet des bons poètes qui ont été depuis toute mémoit recommandés de la postérité ; et les vers sont seulement le but de l*ignorant versificateur, lequel pense aw fait un grand chef-d'œuvre , quand il a composé beaucoup de carmes rimes , qui sentent tellement la prose que je suis émerveillé comme nos Français daignent imprimer telles drogueries, à la confusion des aiitev* et de notre nation. Je te dirais ici particulièrement te propres sujets d'un chacun poème , si tu n'avais d$ vu l'art poétique d'Horace et d'Aristote, auxquels je te connais assez médiocrement versé z. Je te veux advertiri fuir les épithètes naturelles qui ne servent de rien à la satence de ce que tu veux dire, comme la rivière coulaila verte ramée : telles épithètes seront recherchées pou signifier, et non pour remplir ton carme , ou pour être oiseuses en ton vers : exemple, le ciel voûté enceme1 h* le monde. J'ai dit voûté, et non ardent, clair, ni haut, ci azuré, d'autant qu'une voûte est propre pour embrasser* encerner quelque chose. Tu pourras bien dire, le battu va dessus l'onde coulante ; pource que le cours de to fait couler le bateau. Les Romains ont été très-curicu observateurs de cette règle , entre les autres Virgile £ Horace ; les Grecs , comme en toutes choses appartenu* aux vers, y ont été plus libres , et n'y ont avisé de si pw Tu luiras aussi la manière de composer des Italiens est: langue, qui mettent ordinairement quatre ou cinq esthètes les unes après les autres en un même vers , corn:*

1 Litote imitée du latin.

* Encerne : enveloppe. Nous n'ayons pins anjourdlmi q* * simple, cerner.

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