‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 131 sur 135 · A CHARLES, CARDINAL DE LORRAINE · texte numérisé non relu

A CHARLES, CARDINAL DE LORRAINE

^and un prince en grandeur passerait tous les dieux,. r'est doux et bénin, courtois et gracieux, ^ain, facile, honnête, affable et débonnaire,. ; gagne jamais le cœur du populaire :

un fuit devant lui, comme un agneau tremblant le loup ravisseur : bien que d'un beau semblant eigne de l'aimer, toutefois on lui porte ,. eu d'une amitié, une haine bien forte.

a roi ne peut avoir à son commandement ses propres sujets que les corps seulement : s lui devons le corps, soit par zèle ou par crainte, ; il n'est pas seigneur de nos cœurs par contrainte, s'il veut être roi des cœurs comme des corps, ut les acquérir par douceur, et alors ira cœurs et corps de toute sa province, t l'honnête douceur est séante à un prince.

'est peu de cas, prélat, de cet honneur mondain,

plutôt que le vent du jour au lendemain ifuit, et longuement ne séjourne notre hôte :

un jour nous le donne, et l'autre jour nous l'ôtc : a plus de peine à bien garder son rang, ouverner un roi, à bien faire le grand ,

Que tout l'honneur ne vaut : cette charge honorable

S'accompagne toujours d'un souci misérable,

D'une sollicitude et d'une ambition,

D'un travail épineux, et d'une passion

Qui toujours dans le cœur éternelle demeure.

Ne nous laissant dormir la nuit une seule heure.

C'est peu de cas aussi de bâtir jusqu'aux cieux Maints palais élevés d'un front ambitieux, Qui ne servent de rien que de pompeuse montre, Qui ne peuvent durer (tant soient forts) à rencontre De la fuite du temps : car bien que les chaleurs. Les hivers ou les vents, ou mille autres malheurs, Soit de pluie ou grêle, ou le flambant tonnerre, Ou Tire d'un seigneur, ou le sac d'une guerre, Ne les fissent tombes : si est-ce que le temps Les fera de sa faux, en moins de deux cents ans, Renverser pied sur tête, et à ta petitesse Des champs égalera leur superbe hautesse.

Je ne dis pas, prélat, que ce ne soit bien Sait De bâtir un palais en délices parfait, D'obtenir d'un grand roi tout ce qu'on lui demande? De se faire soi-même et sa race bien grande -, Mais il ne faut pas tant que je cœur y soit mis, Qu'on ne fasse un trésor de fidèles amis, Sur lequel les larrons ni le feu n'ont puissance, Ni l'ire des grands rois, ni du temps l'inconstance. Il faut se rendre ami de ceux qui ont pouvoir De chanter votre nom, et de faire savoir Aux siècles à venir votre immortelle gloire , Far œuvre poétique, ou par certaine histoire : Lors vous ferez pour vous trop plus que ne pensez , Si par ce beau moyen les ans vous devancez.

ÉPlTBE. 535

Or sus, parlons de moi, qui vous dois reconnaître IMon Mécène, mon tout, mon seigneur et mon maître.

Muses, qui les sommets de Parnasse tenez. Et qui de nuit et jour vos danses démenez, Sur le bord de Permesse : ô race généreuse, Qui pressez « les ingrats d'une nuit oublieuse, Vous ne passerez pas ni au siècle futur, Ni en l'âge présent mon nom d'un voile obscur, Sous le titre d'ingrat : car une ingrate tache Ne souillera jamais mon cœur, que je le sache.

J'étais plus éperdu qu'un viateur de nuit Ne se perd en un bois quand la lune ne luit, Et quand aucune étoile à ses yeux ne se montre : Poursuivant un sentier, de fortune rencontre Un carrefour douteux, en cent chemins croisé : Il s'arrête au milieu, comme mal-avisé, Et comme ne pouvant en ténèbres comprendre Entre tant de chemins lequel il lui faut prendre, Doutant bien longuement en ses sens ébahis Lequel est le meilleur : par avis de pays a, Suit le plus droit chemin, qui sans séjourner guère I^ guide hors du bois, où il voit la lumière Des loges des pasteurs, lesquels à la f>arfin. Ayant de lui pitié, lui montrent le chemin.

Ainsi tout égaré dedans la cour j'alloie, Entre mille chemins, ne sachant quelle voie Je prendrais sûrement pour me tirer du bois, J'entends du labyrinth' de l'esprit où j'étois. Gomme j'errais ainsi, je vis luire une flamme

1 Pressez : ccrnnei. 3 Par avis de pays ; à ? o« de pay;.

Ab! ce fut le secours propice de ma dames Sœur unique du roi, et le vôtre, Seigneur, Qui me fut du chemin le fidèle enseigneur.

Tout ainsi que l'abeille, animal né du ciel, Choisit les belles fleurs pour en faire du miel, Honorant son logis de ces liqueurs infuses : Ainsi je choisirai les belles fleurs des Muses, Afin d'en émailler un livre en votre nom, Pour engarder, prélat, que votre beau renom Ne soit proie des ans, qui volontiers oppressent Les meilleures vertus, et les pires nous laissent.

1 Marguerite de ValoU.

LE

STANCES SUR LE TRÉPAS DE RONSARD, t^

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