‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 31 sur 135 · SOEUR DU ROI FRANÇOIS PREMIER · texte numérisé non relu

SOEUR DU ROI FRANÇOIS PREMIER

Bien-heureuse et chaste cendre , Que la mort a fait descendre Dessous l'oubli du tombeau :

Tombeau, qui vraiment enserre Tout ce qu'avait notre terre D'honneur, de grâce et de beau.

Comme les herbes fleuries Sont les honneurs des prairies , Et des prés les ruisselets, De l'orme la vigne aimée , Des bocages la ramée , Des champs les blés nouvelets :

Ainsi tu fus , ô princesse !

( Ainçois plutôt, ô déesse! ) Tu fus la perle et l'honneur Des princesses de notre âge , Soit en splendeur de lignage, Soit en biens , soit en bonheur.

Il ne faut point qu'on te fasse Un sépulcre qui embrasse Mille termes1 en un rond,

1 Termes : colonnes.

Pompeux d'ouvrages antiques, Et brave en piliers doriques Elevés à double front.

L'airain , le marbre et le cuivre Font tant seulement revivre Ceux qui meurent sans renom, Et desquels la sépulture Presse sous même clôture Le corps , la vie et le nom.

Mais toi , dont la renommée Porte d'une aile animée, Par le monde, tes valeurs , Mieux que ces pointes superbes, - Te plaisent les douces herbes , Les fontaines et les fleurs.

Vous, pasteurs, que la Garonne D'un demi-tour environne , Au milieu de vos prés verts, Faites sa tombe nouvelle , Gravez un tableau sur elle, Du long cercle de ces vers :

Ici la Reine sommeille, Des reines la nonpareille, Qui si doucement chanta :

C'est la reine Marguerite , La plus belle fleur d'élite Qu'oncques l'Aurore enfanta.

Dites à vos brebiettes, Fuyez-vous-en, camusettes*

' Camusettes : expression fréquente désigner les brebis, qui ont le ne» dans les Églogues de Ronsard, pour camus.

130 LES EGLOGUES. «

Gagnez l'ombre de ce bois ; Ne broutez en cette prée : Toute l'herbe en est sacrée x A la nymphe de Valois.

Dites qu'à tout jamais tombe La manne dessus sa tombe ; Dites aux filles du ciel :

Venez, mouches ménagères, Pliez vos ailes légères, . Faites ici votre miel.

Dites leur : troupes mignonnes , Que vos liqueurs seraient bonnes , Si leur douceur égalait La douceur de sa parole , Lors que sa voix douce et molle Plus douce que miel coulait !

Semez après mille roses , Mille fleurettes décloses, Versez du miel et du lait :

Et pour annuel office , Répandez en sacrifice Le sang d'un blanc agnelet.

Faites encore à sa gloire (Pour en fêter la mémoire) Mille jeux et mille ébats :

Votre reine sainte et grande Du haut ciel vous le commande :

Pasteurs , n'y faillez donc pas !

Iô ! iô 2 ! Marguerite,

1 Sacrée ': consacrée. joie, de douleur ou simplement 4'ap-

' lot était caca les Latins un cri de pel.

LES EGLOGtIES. 131

Soit que ton esprit habite Sur la nue, ou dans les champs Que le long oubli couronne1, Ois ma lyre qui te sonne * , Et favorise mes chants.

1 Les Champs Elysée*. * Te sonne : te chante.

FIN DES EGLOGUES.

SONNET. *s

Mascarade et cartels ont pris leur nourriture , L'un des Italiens, l'autre des vieux François , Qui erraient tous armés par désert et par bois , Accompagnés d'un nain, cherchant leur aventure.

L'honneur, des nobles cœurs généreuse pointure Les faisait par cartels défler aux tournois ( Ou nus en un duel, ou armés du pavois * ) Ceux qui forçaient (es lois , le peuple et la droiture.

L'accort 3 Italien, quand il ne veut bâtir Un théâtre pompeux , un coûteux repentir, La longue tragédie en mascarade change.

11 en est l'inventeur : nous suivons ses leçons, Comme ses vêtements ses mœurs et ses façons : Tant l'ardeur des Français aime la chose étrange*.

1 Qui aiguillonne les nobles cœurs. * Jecort: adroit.

7 Pavois : bouclier, « Étrange : étrangère.

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