LES SIRÈNES
REPRESENTEES AU CANAL DE FONTAINEBLEAU. PROPHÉTIE DE LA SECONDE SIRÈNE.
O prince heureusement bien né «, Qui fus béni dès ta naissance , Par l'Étemel , qui t'a donné Toutes vertus en abondance :
Crois, crois, et, d'une majesté, Montre-toi le ûls de ton père , Et porte au front la chasteté , Qui rehiit aux yeux de ta mère.
Car en étant, comme tu es* Aux vertus nourri dès jeunesse , Tu passeras tous les mortels De bon esprit et de prouesse.
La France se peut assurer De se voir soudain étrennée Des honneurs qu'on doit espérer D'une royauté si bien née.
Et bien qu'on puisse apercevoir, Par les rayons de ta lumière, L'heureuse fin que doit avoir Un fils nourri de telle mère :
Si veux-je* encor pour l'avenir, (Des destins prophètes nous sommes),
1 Charles IX.
Touvrir ce qui ne peut venir En la connaissance des hommes.
Non-seulement pacifieras Du tout la France discordante, Mais plus que jamais la feras De bien et d'honneurs abondante.
Et, menant en guerre avec toi Ton frère, appui de tes louanges, Vainqueur des rois , le feras roi De maintes nations étranges1 (*).
Sous toi la malice mourra , L'erreur, la fraude et l'impudence; Et le mensonge ne pourra Résister devant ta prudence.
Puis, ayant vécu comme il faut, Dépouilleras le mortel voile , Et près de ton père, là haut , Tu seras une belle étoile.
Et toi , mère, réjouis toi , Mère^ur toutes vertueuse, Qui as nourri ce jeune roi D'une prudence si soigneuse :
Bientôt auras de tes travaux Le loyer que le ciel te donne , Quand tu verras tous ses vassaux S'humilier sous sa couronne.
Et toi, son frère, en qui répand L'astre son heureuse influence ,
1 Étranges : étrangères.
O Henri, duc d'Anjou, fut appelé au trône de Pologne, quTI abat donna pour succéder en France à son frère Charles IX.
LIS MASCABADBS, 141
Ta force et grandeur ne dépend Qu'à lui porter obéissance.
Ton avantage Vient du sien, Ta gloire sans la sienne est vaine , Ton bien procède de son bien , Comme un ruisseau de sa fontaine.
Vivez donc amiablement , Faisant vos noms partout épandre, Vivez tous trois heureusement Charles , Catherine , Alexandre '.
1 Nom que portait Henri III dans sa jeunesse. Voir Églog. V, pag. 113.
COMPARAISON DU SOLEIL ET DP ROI, h RÉCITÉE PAR DEUX JOUEURS DE J»YRE.
Le soleil et notre roi Sont semblables de puissance :
L'un gouverne dessous soi Le ciel, et l'autre la France.
L'un du ciel tient le milieu , Des astres clarté première ; Et l'autre, comme un grand Dieu, Aux terres donne lumière.
L'un n'est jamais offensé D'orage ni de tempête :
141 LIS MASCABAD1S.
L'obscur est toujours percé Des beaux rayons de sa tête.
L'autre a toujours combattu Les guerres et les envies, Et fait sentir s* vertu Aux puissances ennemies.
L'un est auteur de la paix, Chassant le diseorâ du monde, Illustrant de ses beaux rais x La terre , le ciel et l'onde.
Et l'autre, ayant du discord La puissance rencontrée, A mis les guerres à mort, Et la paix en sa contrée:
Tout astre prend du soleil Sa lumière , tant soit haute :
Car c'est l'astre non pareil, Libéral sans avoir faute a.
Du roi vient force et vigueur, Honneur et grandeur royale, Et tout homme de bon cœur3 Connaît sa main libérale.
Le soleil est couronné
• Baie : rayons. faillir.
2 Sans avoir faute : sans jamais dé* * Homme de cceot, homme couragetx
De feux qu'eu terre il nous <lar4e, Et tout astre bieu tourné Notre bon prince regarde.
De notre roi la grandeur Pareille au soleil ressemble, Qui jette plus de splendeur Que les étoiles ensemble.
J9tatf , le soleil éclairant Partout , qui point ne repose , De Charles n'est différent Seulement que d'une chose ;
C'est que te soleil mourra.
Après quelque temps <Tçspaoe , Et Charles au ciel ira Du soleil prendre la place.