‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 70 sur 135 · AU ROI HENRI II · texte numérisé non relu

AU ROI HENRI II

Sire, quiconque soit qui fera votre histoire , Honorant votre nom d'éternelle mémoire, Afin qu'à tout jamais les peuples à venir De vos belles vertus se puissent souvenir :

ra, depuis le jour que notre roi tous fûtes, le sceptre français en la dextre reçûtes, le vous n'avez cessé en guerre avoir vécu, lintenant le vainqueur, maintenant le vaincu.

Dira que votre esprit, très-magnanime Prince ,

* s'est pas contenté de sa seule province, aïs par divers moyens, et par diverses lois tenté d'augmenter l'empire des François :

si fortune, adverse aux braves entreprises i votre Majesté , ne les a toutes mises bien heureuse fin, toutefois on a vu je vous avez osé et que vous avez pu. i premier coup d'essai Bologne (*) vous gagnâtes , sdans les eaux du Rhin (**) vos chevaux abreuvâtes, Écossais (***), dont le sceptre est maintenant à vous, »st fait grand par votre aide, et l'Anglais, qui de coups

• sent encore douloir «, mêmes en votre absence connu que pouvait votre forte puissance : dus fîtes tout soudain par les eaux de la mer, en loin du bord français vos navires armer,

: comme aventureux, vous conquîtes par force, aigre le Genevois, la belle île de Corse (****), algré le Florentin avez dessous vos lois ouverné par trois ans le peuple Siennois (*****), ; sous le magnanime et sage duc de Guise,

Vouloir .-souffrir, être malade; du latin, dolen.

*) Henri II fit son entrée le 15 mai 1550 dans la ville de Boulogne

lée par les Anglais.

-*) Conquête des trois évëchés. Entrée en Allemagne (1552).

***) L'Ecosse envahie par les Anglais (1547) se Jette dans les bras de

France, et offre la main de la petite reine Marie Stuart au dauphin

inçois.

****) Conquête de la Corse (1553).

*****) sienne se met sous la protection de la France (1557).

Naples, de droit française, en frayeur avez mise (*).

Vous avez de Calais regagné votre port (**) ,

Que les rois vos aïeux ont estimé si fort ' ,

Que non du seul penser l'osèrent entreprendre :

Vous l'avez entrepris et si l'avez su prendre.

Bref, vous êtes le roi qui plus avez été

Et en guerre et en paix, qui plus avez tenté

Le hasard de fortune, et comme sur sa roue

Des princes et des rois se remoque et se joue ,

Elle vous a montré que peuvent les combats,

Aucune fois en haut, aucune fois en bas (***)

Elle vous a tourné : pour exemple qu'au monde

Un roi, tant soit-il grand, d'infortunes abonde.

Or, après mainte guerre et mainte trêve .aussi, L'un des princes lorrains avec Montmprenci Ont ramené la paix, il faut bien qu'on la garde : Ceux qui la gardent bien, le haut Dieu les regarde, Et ne regarde point un roi de qui la main Toujours trempe son glaive au pauvre sang humain. Sire, je vous suppli' de croire qu'il vaut mieux Se contenter du sien, que d'être ambitieux Sur les sceptres d'autrui : malheureux qui désire, Ainsi comme à trois dés , hasarder son empire, Sous le jeu de Fortune, et auquel on ne sait Si l'incertaine fin doit répondre au souhait.

Que désirez- vous plus? votre France est si grande! L'homme qui n'est content et qui toujours demande, Quand il serait un Dieu, est malheureux, d'autant

1 Si fort : si redoutable , difficile à prendre.

(*} L'Italie envahie par une armée française sous les ordres du i de Guise (1557).

(**) Calais pris par le duc de Guise, 21 janvier 1558.

(***) Allusion à la bataille perdue le 10 août 1557, près de Si Quentin, le jour de saint Laurent.

DES POEMES. ait

e toujours il désire et n'est jamais content.

Dr, Prince, imaginez des Flamands la victoire , tel honneur auriez-vous d'une si pauvre gloire, avoir un roi chrétien comme vous, enchaîné, par votre Paris en triomphe mené?

voudrait mieux chasser le Turc hors de la Grèce, ai misérable vit sous le joug de détresse, ne chasser de sa ville, ou d'assommer de coups n peuple en Jésus-Christ baptisé comme vous.

Il voudrait beaucoup mieux, vous qui venez sur Tâger i grison, gouverner votre royal ménage, t vos petits enfants encores aux berceaux, u'acquérir par danger des sceptres tout nouveaux;

vaut mieux vivre en paix, c'est-à-dire bien vivre, >u bâtir notre Louvre, ou lire dans un livre, u chasser es forêts, que tant vous travailler, t pour un peu de bien si longtemps batailler, ue souhaitez- vous plus? la fortune est muable : bus avez fait de vous mainte preuve honorable :

suffit, il suffit : il est temps désormais ouler la guerre aux pieds, et n'en parler jamais, ensez-vous être Dieu? l'honneur du monde passe : t faut un jour mourir quelque chose qu'on fasse : X après votre mort, fussiez vous empereur, ous ne serez non plus qu'un simple laboureur. )onc, Sire, puis que Dieu qui de votre couronne ,t de vous a pris soin , Paix, sa fille, vous donne, hrésent qu'il n'avait fait aux princes vos aïeux , tardez bien ce joyau, il vous enrichit mieux lue s'il avait dompté par une longue guerre, )essous votre pouvoir, l'Espagne et l'Angleterre, •us donc, embrassez-la, et embrassez aussi let honneur de Lorraine et de Montmorenci >ui, par divers moyens d'une entreprise sage,

L'ont faite à votre honneur et à votre avantage.

O Paix, fille de Dieu, qui nous viens réjouir, Comme l'aube du jour qui fait épanouir Avecques la rosée une rose fleurie Que l'ardeur du soleil avait rendu flétrie : Après la guerre ainsi, venant en ce bas lieu, Tu nous as réjouis, ô grand'fille de Dieu.

Chasse, je te suppli', la guerre et les querelles, Bien loin du bord chrétien, dessus les infidèles, Turcs, Parthes, Mammeluks, Scythes et Sarrasins, Et sur ceux qui du Nil sont les proches voisins : Pends nos armes au croc, et, en lieu des batailles, Attache à des crampons les lances aux murailles, Et que le coutelas au sang humain souillé, Pendu d'une courroie au fourreau soit rouillé, Et que le corselet au plancher se moisisse, Et l'araigne à jamais ses filets y ourdisse.

Donne-nous que celui qui sera le moyen « Entre ces deux grands rois de rompre ton lien, Meure trahi des siens d'une plaie cruelle, Et qu'aux champs les mâtins lui sucent la cervelle : Que ses enfants bannis puissent mourir de faim, D'huis en huis, sans trouver qui leur jette du pain.

Donne-nous que celui qui mettra soin et peine De te faire régner, voie sa maison pleine De faveurs et de biens, et qu'il voie fleurir Ses enfants en honneur avant que de mourir.

Donne-nous tout cela : donne-nous davantage, Afin que le repos n'énerve le courage De Henri notre prince en jeux voluptueux, Qu'il soit pour tout jamais (comme il est) vertueux,

1 La cause, l'occasion.

ie son esprit s'adonne aux choses d'importance , , qu'imitant son père, il aime la science, in qu'au temps de paix il fleurisse en savoir, itant qu'il fit en guerre, en force et en pouvoir.

Vï.

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