‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 10 sur 127 · SONGE · texte numérisé non relu

SONGE

Je soBgeais l'autre nuit que peu devant T Aurore , Quand du «oleil naissant les chevaux sont encore En la mer, et leurs crins s'épaudeut par les deux. Qu'un buisson épineux se montrait à mes yeux , De ronces remparé, fortifié d'eau vive, Et d'un large fossé , dont la glissante rive Me montrait que du bas jusqu'au plus haut du bord Le passage était clos , tant le parc était fort

Dedans faisait sa bauge une béte sauvage, Qui jamais autre part ne cherchait son gaignage ' , S'aviandant* de glands,qui secs se dérobaient Des chênes en automne,et à terre tombaient. Les voisins du pays rappelaient la Merveille ^ : Sa gueule était dentée, effroyable Toreille, Ventre large et pansu, la peau rude au toucher, Et son front se dressait en pointe de clocher. Il n'y avait seigneur, mardiand ni gentilhomme. Qui n'eât couru la béte, ainsi qu'on fait à Rome Le buffle par la ville , alors que les Romains De traits jetés sur lui se désarment les mains.

Au plus fort du taillis un gros ballier était,

* Gaignage : pfttare. 3 MerveiUe^ monstre . En latin, moiir.

' S'aviandant : m noarriuant. t^um a le aens de merveillr, prodige

(*) Allégorie forcée, remerciement au roi, dont la Kénérosité lui four- Bit le moyen de continuer son poëme.

DU BOCAOB BOYAL. 3S

OÙ pour bien se baugcr ie sanglier se mettait , Hallier que le soleil de ses rayons ne perce , Tant, rameaux sur rameanx,d'une obscure traverse Ensemble entrelacés Je haut s'épaississait , Kt le bas plein d'effroi d'ombres se noircissait Au milieu croupissait une mare fangeuse : \À soûlait ' à midi cette béte outrageuse Fouiller, et tout son corps de bourbe revêtir.

Là,je pousse mes chiens pour la laire sortir , La, répieu dans la main, courageux, je devance Ma chasse de vingt pas , je la tance et retance. Je la presse et la hue,allant tout à Tentour, Mais en vain : car plus tôt je vis faillir le jour. Qu'elle osât approcher du monstre pour le mordre « Au contraire , il s'élance et les^nit en désordre , Massacrant la moitié , puis en les secouant Da groin les enlevait , et s'en allait jouant , Et morts les étendait sur le dos de la plame.

Trois fois recru d'ahan' , trois fois repris haleine : Je retourne au combat de fureur transporté , Qu'un sanglier sur mes chiens eût l'honneur emporté.

11 était déjà nuit , et la lune première Dorait le haut des bois d'une blonde lumière , Quand , regardant son arc nouvellement plié D'une corne voûtée , ainsi je la priai :

« Lune , l'œil de la nuit , qui reluis à trois faces , Déesse des veneurs , des chemins et des chasses, Tu as courbé trois fois tes voûtes en un rond, Et trois fois replanté tes cornes à ton front, Depuis le jour qu'errant par ces bois, je m'amuse

* Soûlait : arait coutume. ^ Recru dTahan: accablé de. fatigue.

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A suivre pour néant une béte qui ruse : Guide ma main, déesse , et m'enseigne le lieu D*où je pourrai sanglant retirer mon épieu , Et fais par ta faveur que mon souhait advienne , O des astres Thonneur, vierge latonienne ' ! »

Comme ainsi je priois , la Lune m'entendit , Qui soudain de son ciel en terre descendit : Puis, dépouillant son front et sa corne argentine. Prit la forme et Thabit d'une mienne voisine , Qu'on disait toute nuit parler aux animaux, Et par charmes tirer les esprits des tombeaux , Ensorceler les bleds, et faire à contre-course Les ruisseaux ébaliis reloumer à leur source.

* Dittiic, fille d« Latone.

AU UÈUE.

LES PAkQDES.

Les Parques, qui leur chef de chêne couronnèrent, Le jour que tu naquis, ton corps environnèrent; Puis , en fliant ta vie autour de leur fuseau , Et parfumant d'odeurs ton lit et ton berceau , Te chantèrent ces vers que les dieux approuvèrent , Et pour être gardés au ciel les engravèrent :

« Enfant, en qui le ciel renverse ' son bonheur. Te remplissant autant de vertus et d'honneur QuHercule en fut rempli le jour de sa naissance , Crois^pour te faire un jour Tomement de la France.

' Mmverte : verM avec aboodance.

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