AUDIT SEIGNEUR ROI
Tout le cœur me débat ' d'une frayeur nouvelle : J'entends dessus Parnasse Apollon qui m*appelle, Pois sa lyre et son arc branler h son côté ', Quelque part que mon pied vagabond soit porté , Ses lauriers me font place , et sens ma fantaisie, Errante entre les^ dieux, se soûler d'ambroisie. Fuyez, peuple, fuyez ^ : des Muses favori. J'entre sacré poète au palais de ^£NRI, Pour chanter ses honneurs : afin que dès l'aurore, De l'Occident, de l'Ourse et du rivage More Sa vertu soit connue « et qu'on connaisse aussi Qu'un si grand prince avait mes chansons en souci.. J'ai les yeux éblouis, tout le cerveau me tremble ; J'ai Testomac pantois 4, j'avise , ce me semble , Sur le haut des cités une femme debout ^, Qui voit tout, qui oit tout, et qui déclare tout.
^ Me débat : me haU * L'estomac pantois .* la poitriae
' 'ExXayÇav ô' àp' ôïffTol in* &\Uùy émne.
yu)0\UMOW. (HOMÈRB, Iliad., 1 , 46.) * >'• 1« portrait de la renommée dant
i Trocul, oprocul eate, profoni. Virgile, Énéidef IV, 173, ( ViKO., /£n., VJ, tbi.^
12 PBBMtÈRE PABTIS
Elle a cent yeux au front, cent oreilles en tête : Dans les voûtes du ciel son visage elle arrête , Et de ses pieds en terre elle presse les monts , Une trompette enflant de ses larges poumons.
Je vois le peuple à foule accourir auprès d'elle: Le peuple volontiers se plaît d*une nouvelle. Elle va commencer, il m'en faut approcher : Le temps ne se doit perdre; il n'y a rien si cher.
« Peuples qui m'écoutez, pendus à ma parole , M'estimez mes propos d'une femme qui vole : Mais que chacun y donne aussi ferme crédit Que si les chênes vieux d'Epire l'avaient dit
« La déesse ennemie aux têtes trop superbes , Qui les grandeurs égale à la basseur des herbes , Qui dédaigne la pompe et le fard des humains, A. châtié l'orgueU des Français par leurs mains.
« Eux, arrogans de voir leurs voiles plus enflées. Du vent de la Fortune heureusement soufflées , D'abonder, msolens, en succès de bonheur, D^obscurdr leurs voisins d'empires et d'honneur, Géans contre le ciel, d'une audace trop grande. N'avaient crainte de Dieu, qui aux sceptres commande, Ains contre sa grandeur obstinant le sourcil , Avaient contre sa main le courage endurci :
a Quand la bonne Adrastie ', en vengeant telle injure. Cités contre cités de factions conjure , Fit le soc et le contre * en armes transformer. De leurs vaisseaux rompus pava toute la mer. Les plaines de leurs os, renversa leurs murailles,
' * Âdrasttê : MémésU, qui ponit Tor- * Contre : Voir la note 1, pa» 2
gneU des hommtt.
DU BOCAGE BOYAL. 13
Et mit leur propre glaive en leurs propres entrailles : Si que leur sang vingt aps aux meurtres a roumi , Et David ne vit onc son peuple si puni.
< Maintenant la déesse, encline à leur prière. Douce, ne jette plus leurs plaintes en arrière, Ains, pour guérir nos maux , nous fait présent d'un roi Qu'en lieu de Jupiter le ciel voudrait pour soi ; Qui par mille vertus en son âme logées , Des rois ses devanciers les faute3 a purgées, Ainsi qu*une victime, expiant le forfait Que le peuple a commis» et qu^elle n'a pas fait.
« Encor que la nature en naissant l'ait fait prince , Monarque d'une grande et fertile province , Qu'il ait dès son enfance avec le lait sucé L'honneur qui son renom aux astres a poussé , Voire et que sa vertu, qui la terre environne. Lui mette sur le front une double couronne < : Encor qu'en sa jeunesse, avant que son menton Se frisât de la fleur de son premier coton , Ait, diargé du hamois, deux batailles gagnées * Remis sur les autels les messes dédaignées. Rendu la révérence aux images brisés.
Assemblé en accord ses peuples divisés , Et, sans bouffir son cœur d*une noire colère, A tous se soit montré non pas prince , mais père , Il ne doit se fâcher si le publique son De ma trompe lui chante encore une dianson.
« Le prince généreux doit les oreilles tendre , Et d*ire ne s'enfler quand on le veut apprendre ^. Dieu ne se voit jamais par la faute assaillir : Le naturel de l'homme est souvent de faillir.
' De Pologne et de France. contour.
' Les bataiUet de Jarnae et de Mont* ' Jpprendre : enseigner*
14 PBEMIÊBE PABTIB
•( Au retour du pays où va soufflant Borée ' , II trouva sa couronne en sectes séparée , Kun tenant * cet article, et Fautre celui-là : Mais sitôt que son front en France étincela, Rayonnant de vertu , chacun à son exemple Embrassa notre Église, et méprisa le temple, Et des nouveaux prêcheurs ne fut plus curieux, Zélateur de son prince et de ses bons aïeux.
« Si tôt le gouvernail ne tourne la navire ', Errante au gré du vent, que le peuple se vire Vers les mœurs de son prince , et tâche d'imiter Le roi qui va devant aGn de Tinviter.
Ni prison , ni exil , ni la fière menace De la corde ou du feu , ni la loi , ni la face Du sénat empourpré 4 ne poussent tant les cœurs Du peuple à la vertu , que font les bonnes mœurs Du prince vénérable, et quand le sceptre égale La bonne et juste vie à la force royale.
« Pour atteindre au sommet d'une telle équité. Il faut la piété jointe à la charité , Et 1§ religion dont reliés ^ nous sommes, Tant elle est agréable et aux dieux et aux hommes , La loi (toile d'araigne) est trop faible et ne peut Le prince envelopper, si lui-même ne veut S'en-réter ^ de bon cœur, la croyant être faite De Dieu, et non de l'homme à plaisir contrefaite , S'il ne la garantit , si premier ne la suit , Si lui-même et les si^oLS par elle ne conduit.
* La Pologne, dont Henri III fat eomme le latin navit.
ilu mi en 1&73 et qu'il abandonna en * Empourpré : vêtu de ponrpre.
1574 pour succéaer en France à son *^e<i^«.- liés; du latin rtifyare, d'où
frère Charles IX. rtligion.
* Tenant : croyant. • ^en^rittr : l'aiTelopper commo ' Navire était autrefois féminin dans des rets.
DIT BOCAGE BOYAL. '. 15
« Quand le jeune phénix sur son épaule tendre Porte le lit funèbre et Todoreuse cendre , Reliques de son père, et plante en appareil Le tombeau paternel au temple du soleil : Les oiseaux ébahis en quelque part qu*il nage, De ses ailes ramant, admirent son image , Non pour lui voir le corps < de mille couleurs peint, Non pour le voir si beau , mais pour ce qu'il est saint. Oiseau religieux aux mânes de son père ; Tant de la piété Nature, bonne mère« A planté dès le naître en Tair et dans les eaux La yivace semence es cœurs des animaux !
« Donques le peuple suit les traces de son maître ' : 11 pend * de ses façons, il l'imite, et veut être Son disciple, et toujours pour exemple l'avoir. Et se former en lui ainsi qu'en un miroir.
« Cela que le soudard aux épaules ferrées. Que le cheval flanqué de bardes acérées Ne peut faire par force, Amour le fait seulet. Sans assembler ni camp, ni vêtir corselet. Les vassaux et Jes rois de mutuels offices Se combattent entre eux , les vassaux par services , Les rois par la bonté : le peuple désarmé Aime toujours son roi quand il s'en voit aimé. 11 sert d'un franc vouloir quand il n'est nécessaire Qu'on le fasse servir : plus un roi débonnaire Lui veut lâcher la bride, et moins il est outré , Plus lui-même la serre et sert de son boo gré , Se met la tête au joug sous lequel il s'efforce , Qu'il secouerait du col s'on lui mettait par force.
« Cest alors que le prince en vertus va devant
* RcfU ad exemplar tottis componilur orbb. (Clauo.)
' " ptnd de ses façons : U ca dépeod, il les suit. A
16 PBEMIÈBE PABTIE
Qu'il montre le chemin au peuple le suivant ; Qu'il fait ce qu'il commande, et de la loi suprême Rend la rigueur phis douce, obéissant lui-même; Et tant il est d'honneur et de louange êpoint*. Que pardonnant à tous , ne se pardonne point.
« Quel sujet ne serait dévot et charitable Sous un roi piéteux * ? quel sujet misérable Voudrait de ses aïeux consommer les trésors, Pour, homme, efféminer par délices son corps D'habits pompeux de soie élabourés ^ à peine , Quand le prince n'aurait qu*un vêtement de laine? Et qu'il retrancherait par édits redoutés Les fertiles moissons des ordes 4 voluptés,. Coupant comme Hercules l'hydre infâme des vices. Par l'honnête sueur des poudreux exercices?
« A forcer par les bois un cerf au front ramé , Enferrer un sanglier de défenses armé.
Voir lévreter * le lièvre à la jambe pelue , Voir pendre les faucons au milieu de la nue , Faire d'un pied léger poudroyer les sablons, Voir bondir par les prés Fenflure des ballons , A porter le hamois , à courir la campagne , A dompter sous le frein un beau genêt d'Espagne, A sauter, à lutter d'un bras fort et voûté ^, Voilà les ferrements tranchant l'oisiveté.
« Mais porter en son âme une humble modestie , Cest à mon gré des rois la meilleure partie. Le prince guerroyant doit partout foudroyer : Celui qui se maintient doit bien souvent ployer.
■ Époint : piqué , aigaillonné. * Ordes : sales.
> Piiteux : en italien pietoso^ au. & Lévreter : courir, et non (kire des Jourd'ltui pieux. petits.
' Elabtfuris : travalUés. ^ ^oûté : recourbé.
DU BOGAGB BOYAL. 17
L'un tient la rame au poing , l'autre épie à la hune : En Tun est la prudence , en Tautre est la fortune. Toujours rhamilité gagne le cœur de tous : Au contraire Torgueil attise le courroux. Ne vois-tu ces rochers remparts de la marine * ? Grondant contre leurs pieds toujours le flot les mine » Et d'un bruit écumeux à Tentour aboyant , Forcenant de courroux, en vagues tournoyant, JHe cesse de les battre, et d'obstinés murmures S'opposer à l'efTort de leurs plantes * si dures, S'irritant de les voir ne céder à son eau.
« Mais quand un mol sablon par un petit monceau Se couche entre les deux, il fléchit la rudesse De la mer, et l'invite , ainsi que son hôtesse. A loger en son sein : alors le flot qui voit Que le bord lui £adt place, en glissant, se reçoit Au giron de la terre, apaise son courage, Et la léchant se joue à l'entour du rivage.
« La vigne lentement de ses tendres rameaux Grimpe s'insinuant aux faîtes des ormeaux , Et se plie à l'entour de l'étrangère écorce Par amour seulement , et non pas par la force -. Puis mariés ensemble , et les deux n'étant qu'un. Font à l'herbe voisine un ombrage commun.
« La peste des grands rois sont les langues flatteuses , Eponges et corbeaux des terres souffreteuses : Mais le mal le plus grand qu'un prince puisse avoir, Cest quand il hait le livre, et ne veut rien savoir.
« Le roi dont je vous parle, et que le ciel approuve, Jamais en sa maison l'ignorance ne trouve,
• La marine : la mer. ' Plantes : pitds,
18 PBEKIERE PARTIE
Ayant fait rechercher (d'une belle âme épris) Partout en ses pays les hommes mieux appris; Près de lui les approche, et les rend vénérables, S'honorant d*honorer les hommes honorables : De paroles il les loue, et de biens avancés. Comme ils le méritaient, les a récompensés.
« Il a voulu savoir ce que peut la nature , Et de quel pas marchait la première clôture ■ Du ciel, qui tournoyant, se ressujt en son cours : Et du soleil, qui fait le sien tout au rebours.
« 11 a voulu savoir des planètes les danses, Tours, aspects, et vertus, demeures et distances : Il a voulu savoir les cornes du croissant. Comme d'un feu bâtard > il se va remplissant. Second Endymion amoureux de la Lune.
« 11 a voulu savoir que c'était que Fortune, Que c'étaient que Destin, si les influxions ^ Des astres commandaient à nos complexions.
« Puis, descendant plus bas sous le second étage. Il a connu du feu la nature volage, 11 a pratiqué Tair, combien il est subtil , Comme il est nourricier de ce monde fertil. Comme il est imprimé de formes différentes.
« Il a connu la foudre et ses flèdies errantes D'un grand bruit par le vague, et si le soleil peint L'arc au ciel en substance, ou s'il apparaît feint.
« Puis il a fait passer son esprit sous les ondes, A connu de Thétis les abîmes^ profondes, Et du vieillard Protée ^ a compté les troupeaux :
' Clôture du ciel, mœnia coell : le > Influxions : influences,
premier cercle, la première sphère. * Jbtmes : aajoord'hai mucalln.
' Bâtard : étranger. & Protée : gardien des troupeaux de
Qui Tariam'piiœl>en allrno jnssfrît igni Neptune. (V. V|RC., Oéorç,, IV 428.) (k>inplcM. ( Cl«uo.| lit Rttfmum, I, 9.}
DU fiOCAGE ROYAL. 19
11 a connu le flot et le reflot ' des eaux : Si la lune a crédit sur Télément humide , Ou si rame de l'eau d'elle même se guide , Elançant son esprit des terres à l'entour, Pour ne vivre en paresse et croupir en séjour.
« Puis, venant sur la terre ^ a visité les villes Les hommes et leurs mœurs et leurs règles civiles , Pour savoir à son peuple en vertus éclairer, Pour lui lâcher la bride ou pour la lui serrer, Connaissant par effet toutes vertus morales.
« Puis, entrant sous la terre aux caves infernales, A dierché les métaux, et d'esprit diligent , Connu comme se fait l'or, le plomb et l'argent , Quelle humeur * les engendre es veines de la terre , Et le cuivre et le fer, instruments de la guerre.
« Puis, d'un si haut travail se voulant soulager. Et d'un docte laurier ses tempes ombrager. Prenant le luth en main que dextrement il guide. Se va seul récréer en l'antre Piéride , Toutes les fleurs d'Euterpe attachant à son front. Apollon qui l'écoute, et les Muses qui vont Dansant autour de lui, l'inspirent de leur grâce, Soit qu'il veuille tourner une chanson d'Horace , Soit qu'il veuille chanter en accords plus parfaits Les gestes martiaux que lui-mémes a faits. Imitateur d'Achille, alors que l'ire ^ outrée L'enflammait en sa nef contre le fils d'Atrée , Et que le Priamide 4 , aiguisant ses soudars , Rompait d'un grand caillou la porte des remparts.
« Nul prince n'eut jamais l'âme si valeureuse ,
' Flot et reflot : flat et reflux. 3 ire • colère.
linmeur : liqtiear. « Le Priamide : Ueetor, fils de Prisa .
20 P£EMliRB PABTIS
Ni d doué ' du del d*une mémoire heureuse. De miel en son berceau la Muse Tarrosa, Pithon * en Tallaitant sa bouche composa D'éloquence naïve, afin de faire croire Aux soudars ce qu*il veut pour gagner la victoire , Ou pour prêcher son peuple , et par graves douceurs Leur tirer de sa voix par l'oreille les cœurs, €omme son devancier Hercule ^ dont la langue Enchainait les Gaulois du fil de sa harangue.
« Nul Prince, tant soit grande n'a le bruit aujourd'hui De mieux récompenser ses serviteurs que lui , Ni faire tant d'honneur à leurs cendres funèbres 4, Les rappelant au jour en dépit des ténèbres : Roi qui ne peut les siens ni vivants oublier, Ni quand la mort les Tient de leurs corps délier, Favorisant les uns de ses faveurs premières , Les autres d'oraisons, de vœux et de prières.
« Quand la Parque, ennemie aux Valois, nous ravit Charles ^ , astre du ciel, par toute France on vit liCS Muses se cacher : Phœbus n'osait rien dire , Ni le dieu voyageur, inventeur de la lyre ^ : Les lauriers étaient secs , sec le bord pimpléen 7 , Le silence effrayant tout l'antre cyrrhéen > : De limon et de sable et de bourbe étoupée , Claire ne courait plus la source Aganippée 9. Les Muses maintenant honorant son retour, Couvertes de bouquets osent revoir le jour :
■ Ni ii doué : ni ne fat si doaé. QDéIn8etMaDgiron,taiBeii duel (1577.)
' Pif Aon : déesse de la persnasion, du & Charles IX,
grec ^leiOo). ^ Mercure.
3 L'Hercule paulois laissait pendre • Pimplèa, montagne de Macédoine
de sa bouche des chaînes d*or qui at- consacrée ans Muses,
tachaient à lui les auditeurs. * Cyrrha, ville de Déotie, an pied
* Allusion aux magnifiques tombeaux de l'Hélicon.
qa'Henri 111 ût élever à ses favoris, ' Aganippe, fontaine de Béotic.
DU BOCAGE BOYAL. 21
Phébus n'a plus la main ni la voix refroidie, £t des lauriers fanés la tête est reverdie , Voyant ce grand Henri, des peuples conquéreur. Les aimer et se plaire en leur douce fureur, Et d*une ardeur qui vit d* Apollon toute pleine , Faire parler Thespie ' et sourcer * sa fontaine.
« I^ul poète français des Muses serviteur Ne présenta jamais ouvrage à sa hauteur Qu'il n'ait récompensé d'an présent magnifique , Honorant le bel art que lui-même pratique Et ne l'ait caressé d'accolades ou d'yeux , Invitant l'artisan à faire encore mieux.
« Tels étaient les bons rois de l'âge plus fleurie : Numa le sacerdote instruit par Êgérie : Tel était Numitor, et ses pères romains Qui avaient du labeur les ampoules es mains : Tel Euphrate empalmé 3, de son rivage humide, Vit Salomon régner sur le trône Isacide , Dont les sceptres étaient des peuples redoutés Par la loi que portaient leurs glaives épointés. Ayant en lieu du fer la douceur pour leur marque.
« Tel fut le roi François des lettres le monarque ; Tel est oe bon Henri, qui, prince très-humain. Porte de ses sujets tous les cœurs en sa main.
« Ni corselets ferrés , ni targues ^, ni heaume , Ni chevaux, ni soudarsne gardent son royaume^ Ni fossés, ni remparts, mais la seule vertu Qui le peuple combat sans être combattu.
« Au contraire, Alexandre affamé d'avarice,
I VUle deB^tie. > Bmpaltné : couvert de palmes.
' Soureer : couler de source. * Targiteâ : Uandes de fer, épèes.
32 PBBMIÈBB PABTIE
Enflé d'ambition , qui réduit en service
Le sceptre persien , et qui fit son liarnois
Luire comme une foudre aux terres des Indois ,
Et ces fiers empereurs de la maîtresse Rome,
Qui couvraient un aspic > sous la forme d'un homme ,
Étant princes cruels, eurent cruelle fin ;
Ou par le fer meurtrier ou par le froid venin
Ont épanché leur vie , et, morts sans sépulture ,
Ont été des corbeaux et des chiens la pâture ,
Sans avoir le loisir que les cheveux grisons
Vinssent blanchir leur tête en leurs propres maisons.
« Le bon Prince Trajan et le bon Marc-Aurèle Ont vieillards accompli leur vie naturelle , Ont vu pour leur trépas la république en pleurs , £t leurs tombeaux couverts de cheveux et de fleurs *.
* Nature, qui peut tout, dont le ventre desserre ^ Le germe d'un chacun , ne fait naître sur terre Rien si parfait qu'un roi modeste et modéré , Au poids de la vertu justement mesuré.
Seul entre les humains il a peinte au visage De Dieu la vénérable et redoutable image : Il en est le miroir : si^par un vilain trait , De l'image qu'il porte il souille le portrait, Si quelqu'un le diffame , empoisonne ou massacre , Dieu jaloux de l'honneur de son saint simulacre , Punira le forfait, sans laisser impuni D'extrêmes châtiments ceux qui Tauront honni ; £t, ne souffrant en terre un seul pas de sa trace , Perdra lui , ses enfants , sa maison et sa race ; Puis moi, qui de ma langue annonce vérité , En chanterai l'histoire à la postérité. »
' Jlspic : serpent. morts pour les honorer. ( SOPH.,
* Habitude de l'antiquité. On cou- Electre. ) piait ses cheveux sur la tombe des ^ Oeâserre : met au Jour, produit.
DU BOCAGS BOYAL. 23
Ainsi dit la déesse, et de sa bouche ronde ' Envoya de Henri les honneurs par le monde.
' De «a bouche ronde : de sa bouche ...Graiis dédit ore rouindo
harmonieuse : Mim« loqui. ( Hok.« Bpitt nd Pis., Jai. j
AU MÊME
Si rhonneur de porter deux sceptres en la main , Commander aux Français et au peuple Germain , Qui de rOurse sarmate habite la contrée ; Si des Vénitiens la magnifique entrée > , Si avoir tout le front ombragé de lauriers , Si avoir pratiqué tant de peuples guerriers , Tant d'hommes , tant de moeurs, tant de façons étranges; Si revenir chaîné de gloire et de louanges , Si jà comme un César concevoir Tunivers * , Vous a fait oublier le chanteur de ces vers , Roi, dont rhonneùrne peut amoindrir ni accroître, Sans vous dire son nom vous le pourrez connottre. Cest, prince, c'est celui qui d'un cœur courageux Grimpa dessus Parnasse aux croupes ombrageux, Importunant pour vous les filles de Mémoire, Quand Dieu près de Jamac vous donna la victoire. Quand votre bras armé fut le jour des François , Quand la Charente, fleuve au peuple Saintongeois, Vous vit presque sans barbe , ainsi qu'un jeune Achille , Foudroyer Tennemi sur sa rive fertile , Remirant en ses eaux vos armes et Téclair De votre morion et de votre bouclair 3, Qui flambaient tout ainsi que fait une comète ,
* Allusion à la réceptioa faite par dans sa pensée comme une cooqaftle les vénitiens à Henri III, en 1574. future.
' Concevoir l'univers : l'embrasser > Bouclair : bonclier.
24 PBEHIÉBE PAATIK
Qui, glissant par le ciel d'une crineuse ' traite * Tombe dessus un ehamp , et va signant les deux ^ De cheveux rougissant d'un feu présagieux.
Ce fut quand votre main, à craindre comme foudre , De la gent huguenotte ensanglanta la poudre : Quand nos autels sacrés revirent leurs bons saints , Quand de nos ennemis les étendards dépeints , Et tout relents 4 de sang , pour immortels exemples. D'un long ordre attachés pendirent à nos temples.
Encore qu'un tel acte,illustre de bonheur. Eût dû trouver à l'heure un superbe sonneur Qui d'un bruit héroïque eût enflé les trompettes. Si est-ce que la voix des plus braves poètes De peur fut enrouée , et le vent de leur sein Ne sortit pour enfler la trompette d'airain , Chacun craignant sa vie en saison si douteuse : Où celui, sans trembler d'une crainte honteuse, Qui vous écrit ces vers , assuré vous chanta ; Sur le haut d'Hélicon vos triomphes planta; £t si en combattant votre lance sut poindre ^ , Célébrant vos honneurs sa langue ne fut moindre: CEuvre si agréable à vous , prince vainqueur. Que vous louâtes Thymne et l'apprîtes par cœur. Mais quand toute la France, à tromper bien aisée» D'ardentes factions et de guerre embrasée Était sous le rasoir, et l'horrible méchef , Soutenu d'un filet, nous pendait sur le chef. Et la victoire neutre errant entre les armes. Partisane, ébranlait le cœur de nos gens-d'armes. Incertains qui serait par la faveur des cieux
» Crineuse : cheyelue, elle est tombée d'un eertaia présage.
' Tiaile : course. 4 Relents : dégouttante,
^ Marquant la partie des cienz où i Poindre : percer.
DU BOGAOS BOYAL. 2b
Des deux camps si puissants le seul victorieux.
Vous, pour sauver le sceptre, et nos saints tutélafres. Nos autels, nos maisons, vous-mêmes et.vos frères, Et votre mère , hélas ! qui de peur frémissait. Et tout le ciel pour vous d'oraisons emplissait :
Vous , dis-je, enorgueilli de forces animées. Auprès de Montcontour campâtes des armées , Livrâtes la bataille , où Dieu vous regardait. Et sa croix dessus vous Jésus-Christ étendait '.
Quand vous fûtes élu monarque de Pologne, Quand Dieu sur votre tête en posa la couronne , Et qu'il Êillut partir d'entre les bras aimés De vos plus chers parents, en larmes consumés : Qu'il vous fallut laisser le doux air de la France , Capitaines, soldats, amis et connaissance, Que chacun vous suivait d'une humble affection , Il ne chanta jamais de telle élection.
D'autant qu'elle emportait des Français la lumière. Pour en pays étrange éclairer la première.
Or' à votre retour, qui luit comme un soleil Sortant de l'Océan en flammes nonpareil , Qui donne jour aux siens , dissipant les ténèbres. Et de notre feu roi * les complaintes funèbres : Il a, gros ^ d'Apollon, célébré ce retour. Les hommes volontiers honorent plus le jour Que la nuit ténébreuse, et Yesper n'est si belle Que l'Aurore au matin qui sort toute nouvelle : Aussi votre apparaître 4 aux Français fait sentir Plus d'allégresse au cœur que votre départir.
< AHaaion an Labaram. ' Gros : rempli.
' Charles IX. ' . * Foire apparaître ; TOtre retaar.
26 PfiEHIÈBE PABTB
Mais , ainsi qae le jour découvre toutes choses Que Tombre sommeilleuse en ses bras tenait closes , Brigandages, larcins, et tout ce que la nuit Recèle de mauvais quand le soleil ne luit : Ainsi nous espérons que les guerres dviles , Licences de soldats , saccagements de villes , Qui régnaient sans firayeur de votre Majesté , S'enfuiront éblouis devant votre clarté.
Chacun d'un oeil veillant vos actions contemple : Vous êtes la lumière assise au front du temple. Si elle reluit bien , votre sceptre luira : Si elle reluit mal , le sceptre périra.
Il faut bien commencer : celui qui bien commence, Son ouvrage entrepris de beaucoup il avance. Sire , commencez bien à votre avènement , De tout acte la fin suit le commencement. Il faut bien enfourner ' : car telle qu'est l'entrée , Volontiers telle fin s'est toujours rencontrée.
Vous ne venez en France à passer une mer Qui soit tranquille et calme et bonasse à ramer : £Ue est du haut en bas de factions enflée , Et de religions diversement soufflée :
Elle a le cœur mutin ; toutefois il ne faut D'un bâton violent corriger son défaut ' , Il &ut dfiec le temps en son sens la réduire : D'un châtiment forcé le méchant devient pire.
11 faut un bon timon pour se savoir guider, Bien calfeutrer sa nef, sa voile bien guinder ^ : La certaine ^ boussole est d'adoucir les tailles ,
* Ponr bien faire da paio , il faut biao enfoarner.
( RÉomia, sat. X.) 'AUiisionàBoboaai,qiiiToaIaitgoa« 3 Cutneler : éleTer, hi ▼eniCT l« Jaifs avec nae ^erge de fer. * Certaine ; aasarée.
DU BOCAGE BOYAL. 21
Être amateur de paix , et non pas de batailles , Avoir un bon conseil , sa justice ordonner, Payer ses créanciers » jamais ne maçonner ', Être sobre en habits , être prince accointable , Etn'ouir ni flatteurs ni menteurs à sa table.
On espère de vous comme d*un bon marchand , Qui un riche butin aux Indes va cherchant, Et retourne chargé d'une opulente proie , Heureux par le travail d'une si longue voie : II rapporte de l'or, et non pas de Tairain. Aussi, TOUS auriez fait si long voyage en vain. Vu le Bhin, le Danube, et la grande Allemagne , La Pologne, que Mars et l'Hiver accompagne Vienne, qui au ciel se brave de l'honneur D'avoir su repousser le camp du Grand-Seigneur, Venise marinière, et Ferrare la forte , Turin qui fut Français, et Savoie qui porte, Ainsi que fait Atlas , sur sa tête les cieux : Fji vain vous auriez vu tant d'hommes, tant de lieux , Si, vide de profit, en une barque vaine Vous retourniez en France après si longue peine. Il faut faire, mon prince, ainsi qu'Ulysse fit % Qui des peuple^ connus sut faire son profit. Mais quoi ! prince invaincu , le sort ne m'a fait être Si docte que je puisse enseigner un tel maître : Kn discours si hautains je ne dois m'empécher. Et ne veux faire ici l'office de prêcher ; Ma langue se taira : vos sermons ordinaires , La complainte du peuple , et vos propres affaires Vous prêcheront assez : ce papier seulement S'en va vous saluer, et savoir humblement
" Maçonner : dépeoser en bâti- ' Atlusion aax premiers vcra de ncaU. l'Odyssée.
28 PREMIÉBB PABTIB
De TOtre Majesté, si vous, son nouveau maître. Le pourrez par sa muse encore reconnaître.
Il n'a pas l'Italie en poste traversé Sur un cheval poussif, suant et harassé , Qui a cent fois tombé son maître par la course (*) ; Il n'a vendu son bien afin d'enfler sa bourse Pour vous aller trouver et pour parler à vous. Pour vous baiser les mains , embrasser vos genoux , Adorer votre face : il ne le saurait faire ; Son humeur fantastique est aux autres contraire : Ceux qui n'ont que le corps sont nés pour tels métiers , Ceux qui n'ont que l'esprit ne le font volontiers.
Toutefois, sans courir et sans changer de place. Il est assuré d'être en votre bonne grâce : Encor le désespoir ne l'a pas combattu : L'honneur aime l'honneur, la vertu la vertu.
S'il vous plaît l'appeler, sans farder une excuse. Il vous ira trouver avec la même muse Dont il chanta Henri ' , son Charles , et aussi Vous, à présent son roi, des muses le souci : Ou, si votre disgrâce à ce coup il essaye , Il sera casanier comme un vieil morte-paye *, Qui renferme sa vie en quelque vieil château , Accrochant, paresseux, ses armes au râteau ', Au pays inutile, et, moisi de paresse.
Près de son vieil hamois confine sa vieillesse.
I Henri U. congédiA.
' F^ieU wtorU'paye : Tieax «oldat > Bateau : râtelier.
(*) AUusion à la rapidité avec laquelle Chemeraat porta Josqa'à Cra- 4K>yle la ooavelle de la mort de Charles IX. U y arriva en treize Jours.
M} BOCÀGÉ BOtAL. 20
AU MÊME {*)
A vous, race de rois, prince de tant de princes, Qui tenez dessous vous deux si grandes provinces. Qui par toute l'Europe éclairez tout, ainsi Qu'un beau soleil d'été de flammes éclairci , Que l'étranger admire et le sujet honore, Et dont la majesté notre siècle redore*
À vous, qui avez tout, je ne sçaurais donner Présent, tant soit-il grand, qui vous puisse étrenner. Ija terre est presque vôtre, et, dans le ciel vous mettre. Je ne suis pas un dieu , je ne puis le promettre , C'est à faire au flatteur; je vous puis mon métier Promettre seulement : de l'encre et du papier.
Je ne suis courtisan ni vendeur de fiimées , Je n'ai d'ambition les veines allumées , Je ne saurais mentir, je ne puis embrasser Genoux , m baiser mains , ni suivre ni presser, Adorer, bonneter ', je suis trop fantastique : Mon humeur d'écolier, ma liberté rustique. Me devraient excuser, si la simplicité Trouvait aujourd'hui place entre la vanité.
. C'est à vous , mon grand prince , à supporter ma faute , Et me louer d'avoir l'âme superbe et haute , Et l'esprit non servil , comme ayant de Henri Votre père et de vous trente ans été nourri.
' Bonneter : saluer.
<*) Cette pièce futadcessée au roi pour L*époK|ueda,preiaier Jour 6a
TâB.
30 PBEUIÈBE PAUTIE
Un gentil chevalier qui aime de nature A nourrir des haras ', s'il trouve d'aventure Un coursier généreux, qui, courant des premiers Couronne son seigneur de palme et de lauriers^ Et couvert de sueur, d'écume et de poussière. Rapporte à la maison le prix de la carrière * Quand ses membres sont froids , débiles et perclus , Que vieillesse l'assaut, que vieil il ne court plus, N'ayant rien du passé que la montre honorable , Son bon maître le loge au plus haut de l'étable , Lui donne avoine et foin , soigneux de le panser. Et d'aVoir bien servi le fait récompenser ; L'appelle par son nom , et si quelqu'un arrive. Dit : Voyez ce cheval qui d'haleine poussive Et d'ahan > maintenant bat ses flancs à l'entour : J'étais monté dessus au camp de Montcontour, Je l'avais à Jamac ; mais tout enfin se change. Et lors le vieil coursier, qui entend sa louange , Hennissant et frappant fa terre , se sourit. Et bénit son seigneur, qui si bien le nourrît.
Vous aurez envers moi (s'il vous plaît) tel courage. Sinon à vous le blâme , et à moi le dommage. Je. rêve! votre main me doit faire sentir Que la maison des rois ne loge un repentir.
Mais je suis importun ; la personne importune Ne rencontre jamais une bonne fortune : Laissons faire au destin qui nous donne la loi , Le destin, de grand -duc ^ vous a fait un grand roi : Puis il ne faut jamais ou parler à son maître, Ou faut de doux propos les oreilles lui paître.
f Haras, poor cbevaax. ^ Heori |]i^ doc d'Anjou d» TiTMkt
^ i>'uhan : en haletant. dr «un frère Charles IX.
DU BOCAGE BOYAL. 31
Sire , voici le mois ou le peuple romain, Qui tenait tout le monde enclos dedans la main , Donnait aux serviteurs, par manière de rire. Congé de raconter tout ce qu'ils voulaient dire > : Donnez-moi (s'il vous platt) un semblable congé.
Qui, bons Dieux! n'écrirait, voyant ce temps ici? Quand Apollon n'aurait mes chansons en souci , Quand ma langue serait de nature muette , Encore par dépit je deviendrais poète.
Cest trop chanté d'Amour et en trop de façon : La France ne connaît que ce mauvais garçon, Que ses traits, que ses feux : il faut qu'une autre voie Par sentiers inconnus sur Parnasse m'envoie, Pour me serrer le front d'un laurier attaché. D'autre main que la mienoe encore non touché >.
Après que votre esprit et vos mains diligentes Seront lasses du faix des affaires urgentes , Aux heures de plaisir , vous pourrez votre esprit Ebattre quelquefois en lisant mon écrit.
Je serai comme un ours que le peuple aiguillonne. Qui renverse la tourbe, et mord toute personne, De grand ni de petit ne me donnant souci , Si Toeuvre vous agrée) et qu'il vous plaise ainsi. J'ai trop longtemps suivi le métier héroïque , ' Lyrique, elégiaq' , je serai satirique, Disais-je à votre frère , à Charles mon seigneur, Charles qui fut mon tout , mon bien et mon honneur.
Ce bon prince en m'oyant se prenait à sourire , Me priait, m'exhortait, me commandait d'écrire ,
' Allusion ans Sataroales. ' Imité de Lucrèce, III, v. 4.
S2 PRBMIEBE PABTIB
D*être toat satirique instamment me pressait : Lors , tout enflé d'espoir dont le vent me paissait , Armé de sa faveur, je promettais de Têtre * Cependant j'ai perdu ma satire et mon maître. Adieu , Charles, adieu , sommeilles en repos : Cependant que tu dors je suivrai mon propos.
Il n'y a ni rhubarbe , agaric ni racine, Qui puisse mieux purger la malade poitrine De quelque patient fiévreux ou furieax , Que fait une satire un cerveau vicieux ; Pourvu qu'on la détrempe à la mode d'Horace, Et non de Juvénal, qui trop aigrement passe : Il faut la préparer si douce et si à point , Qu'à l'heure qu'on l'avale on ne la sente point. Et que le moqueur soit à moquer si adestre > , Que le moqué s'en rie, et ne pense pas l'estre.
Recevez, s'il vous plaît, d'un visage serein Et d'un front dénàé mon écrit , que la main Des Muses a dicté cette nouvelle année , Pour en vous étrennant voir leur troupe étrennéc.
Ne les méprisez pas , bien que soyez issu D'une race et d'un sang de tant de rois conçu, Et ne fermez aux vers l'oreille inexorable : Minerve autant que Mars vous rendra vénérable.
Homme, ne pensez être heureusement parfait : De même peau que nous nature vous a fait ; Dieu tout seul est heureux^ notre nature humaine Misère sur misère en naissant nous amène : Et ne faut s'ébahir si nous avons ici Pour partage étemel la peine et le soud.
' Adestrt : adroit.
DU BOGA.GE BOYÀL. SS
Ou dit que Prométhée , en pétrissant Targile , Dont il lit des humains Tessence trop fragile, J^our donner origine à nos premiers malheurs, ËD lieu d*eau la trempa de sueurs et de pleurs : Car plus l'homme est heureux , plus fortune Tépie : A telle qualité'nous traînons notre vie. Mais c'est trop babillé, il se faut dépécher : Souvent en voulant plaire on ne fait que fâcher.
Quand Hercule ou Atlas ont cliargé sur Téchiue De ce grand univers la pesante machine. Que de col et de tête et de bras bien nerveux. Se bandant sous le faix, lequel tomberait sans eux : Si quelque fâcheux sot arrivait d'aventure , Qui vînt les amuser d'une longue écriture , Ou d'un maigre discours, soit en prose ou en vers, Offenserait-il pas contre tout l'univers? MaliD,j'offenserats contre toute la France * Dont vous portez le faix dès votre jeune enfance , ^'importun, j'amusais votre divin esprit (Aux affaires bandé) par un fâcheux écrit.
Dieu ne demande pas ( car Dieu rien ne demande ; Qu'on charge ses autels d'une pesante offrande : Il n'aûne que le cœur ^, il regarde au vouloir : La seule volonté l'offrande fait valoir.
Ainsi suivant de Dieu la divine nature. Vous prendrez mon vouloir, et non mon écriture.^
' A cettA enndition. 3 C'astle comr qni fait tout.
' ... In p"b<ira ftiinmoda p^rcem, ( La Fowt., l'kttrm. et Doue )
Si longo srctm»nrniorer lit» t*mpora, C«sai t fgcn écrUure : mon écrit, mo»
(HoH., £>., n, I. ) ouvrage.
ti PBEMIÈBE PABTIS
AU MEME