‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 100 sur 127 · AU PEUPLE DE FRANGE · texte numérisé non relu

AU PEUPLE DE FRANGE

De VOS troupeaux commis cherchez-moi le repos. Non le vôtre, prélats : car votre vrai office Est prêcher, remontrer, et châtier le vice.

Vos grandeurs, vos honneurs, vos gloires dépouUlez; Soyez-moi de vertus, non de soie habillés; Ayez chaste le corps, simple la conscience; Soit de nuit, soit de jour, apprenez la science ; Gardez entre le peuple une humble dignité. Et joignez la douceur avec la gravité.

Ne vous entremêlez des affaires mondaines. Fuyez la cour des rois et leurs faveurs soudaines. Qui périssent plutôt qu'un brandon allumé Qu'on voit tantôt reluire, et tantôt consumé.

Allez faire la cour à vos pauvres cueilles > ; Faites que votre voix entre par leurs oreilles : Tenez-vous près du parc, et ne laissez entrer Les loups en votre clos, fauté de vous montrer.

Si de nous réformer vous avez quelque envie. Réformez les premiers^ vos biens et votre vie. Et alors le troupeau qui dessous vous vivra. Reformé comme vous de bon cœur vous suivra.

Vous, juges des cités, qui d'une main égale Devriez administrer la justice royale.

Cent et cent fois le jour mettez devant vos yeux Que l'erreur qui pullule en nos séditieux Est votre seule faute : et, sans vos entreprises. Que nos villes jamais n'eussent été surprises.

Si vous eussiez puni par le glaive tranchant Le huguenot mutin, l'hérétique méchant, Le peuple fût en paix : mais votre connivence

* Oueilles ; comme oaailles ; du latin, ovis.

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A perdu la justice et Tempire de France.

Il faut, sans avoir peur des princes ni des rois , Tenir droit la balance, et ne trahir les lois • De Dieu, qui sur le fait des justices prend garde. Et, assis aux sommets des cités, vous regarde : 11 perce vos maisons de son oeil tout voyant, Et, grand juge, connaît le juge fourvoyant , Par présent alléché, ou celui qui par crainte Corrompt la majesté de la justice sainte.

Et vous, nobles , aussi mes propos entendez, Qui faussement séduits vous êtes débandés Du service de Dieu : veuillez vous reconnaître ; Servez votre pays, et le roi votre maître ; Posez les armes bas : espérez-vous honneur D'avoir ôté le sceptre au roi votre seigneur ? Et d'avoir dérobé par armes la province D'un jeune roi mineur, votre naturel prince.^

Vos pères ont reçu de nos rois ses aïeux Les honneurs et les biens qui vous font glorieux. Et d'eux avez reçu en titre la noblesse, Pour avoir dessous eux montré votre prouesse, Soit chassant l'Espagnol, ou combattant l'Anglais, Afin de maintenir le sceptre des Français : Vous-mêmes aujourd'hui le voulez*vous détruire, Après que votre sang en a fondé l'empire ?

Telle fureur n'est point aux tigres ni aux ours. Qui s'entre- aiment l'un l'autre, et se donnent secours, Et pour garder leur race en armes se rerouent : Les Français seulement se pillent et se tuent. Et la terre en leur sang baignent de tous côtés. Afin que d'autre main ils ne soient surinontés.

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