AU PEUPLE DE FBANCE
La foi, ce dites-vous, nous fait prendre les armes ! Si la religion est cause des alarmes, Des meurtres et du sang que vous versez ici, £h ! qui de telle foi voudrait avoir souci ? Si par fer et par feu, par plomb, par poudre noire Les songes de Calvin nous voulez faire croire ?
Si vous eussiez été, simples comme devant. Sans aller les faveurs des princes poursuivant : Si vous n'eussiez parlé que d'amender TÉglise^ Que d'ôter les abus de Favare prêtrise. Je vou6 eusse suivie et n'eusse pas été Le moindre des suivants qui vous ont écouté.
Mais voyant vos couteaux, vos soldats, vos gendarme^, Voyant que vous plantez votre foi par les armes, Et que vous n'avez plus cette simplicité Que vous portiez au front en toute humilité. J'ai pensé que Satan qui les hommes attise D'ambition, était chef de votre entreprisei
L'espérance de mieux, le désir de vous voir En dignité plus haute et plus riche en pouvoir. Vos haines, vos discords, vos querelles privées. Sont cause que vos mains sont de sang abreuvées^ Non la religion qui, sans plus, ne vous sert Que d'un masque emprunté qu'on voit au découvert.
Et vous, nobles, aussi, qui n'avez renoncée A» la foi qui vous est par l'Église annoncée, Soutenez votre roi, mettez lui derechef Le sceptre dans la main, et la couronne au^chef ; N'épargnez votre sang, vos biens ni votre vie : Heureux celui qui meurt pour garder sa patrie i
Vous, peuple, qui du contre et de bœufs accouplés Fendez la terre grasse et y semea? des blés :
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Vous, marchands, qui allez les uns sur la marine, Les autres sur la terre, et de qui la poitrine N'a humé de Luther la secte ni la foi , Montrez-vous à ce coup bons serviteurs du roi.
Et vous, sacré troupeau, sacrés mignons des Muses, Qui avez au cerveau les sciences infuses. Qui faites en papier luire vos noms id, Comme un soleil d'été de rayons éclairci, De notre jeune prince écrivez la querelle, Et armez Apollon et les Muses pour elle.
ÉPITRE
Cinq semaines après ia mort de fèa monseigneur le duc de Guise, François de Lorraine, me furent envoyés de la part d*un mien ami trois petits livres, lesquels avaient été secrètement composés deux ou trois mois auparavant le décès dudit seigneur, par quelque ministreau de Genève, et depuis découverts, publiés et imprimés à Orléans contre moi, auxquels, comme par contrainte, j'ai répondu en ce présent livre : attestant Dieu et les hommes, que Jamais je n'eus désir ni volonté d'offenser personne , de quelque qualité qu'elle soit^ si de fortune il ne m'est advenu d'écrire choses, lesquelles n'étaient inconnues seulement aux petits en&nts, tant s'en faut qu'elles le fussent des historiographes de notre temps, qui sans passion ont délibéré rendre de point en point fidèle témoignage de nos guerres civiles àla postérité. Biençst vrai que mon principal but et vraie intention a toujours été de taxer et blâmer ceux qui sous ombre de rÉvangile , comme les hommes non passionnés pourront âicilement connaître par mes œuvres, ont commis des actes tels que les Scythes n'oseraient ni ne voudraient seulement avoir pensé. Donc, quiconque sois, prédicant ou autre, qui m'as voulu malheureusement calomnier, je te supplie deprendre en gré cette réponse, t'assurant que si j'avais meilleure connaissance de toi, que tu n'en serais quitte à si bon marché, et au lieu de quinze ou seize cents vers que je t'envoie pour échauffer ta colère, je ferais de ta vie une Iliade entière. Car je me trompe, ou ton froc jeté aux orties, ou quelque mémorable imposture,
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oa autre chose de pareille HeuriDe, me fourniraient argaments assez suffisants pour fimprimer sur le front une marque qu'aisément tune pourrais effacer. Je ne fais point de doute que ta malice ne se soit maintes fois efforcée de Yonloir, sous couleur de belles paroles, irriter les princes et seigneurs contre moi » interprétant faussement mes écrits , voire jusques à faire courir un bruit par cette ville» que leur grandeur rae brassait je ne sais quoi de mwtvaise digestion. Quant à moi, je les estime princes et seigneurs si magnanimes et généreux , que je n'en crois rien , m'assurant qu'ils ne voudraient être ministres de la méchante volonté d*un si petit galant que toi : aussi auraient-ils bien peu de louange d'offenser un gentilhomme de bonne part, conune je suis, eonnn et tenu pour homme de bien (si ce n'est de toi on de tes semblables) par toute la France , sans premièrement savoir de sa propre bouche ses raisons et la yérité. Et pour ce, prédicant^ mon ami, je te conseille de laisser désormais en repos tels seigneurs, dont les grandeurs » intentions et entreprises ne dépendent de la querelle de mes écrits ni des tiens^ sans provoquer davantage leur courroux contre moi, qui leur sois plus que tu n'es, très-humble et très-obéissant serviteur. Or, comme je ne suis pas si mal accompagné de jugement et de raison que je m'estime de leur calibre : aussi faut-il que tu penses, prédicant , que je ne suis rien moins que toi. Le camp est ouvert, les lices sont dressées, les armes d'encre et de papier sont fietciles à trouver : tu n'auras point faute de passe- temps. Mais, à la vérité*, je voudrais que pour éprouver mes forces, tu m'eusses présenté un plus rude champion. Car J'ai le courage tel ^ que j'aime mieux quitter les armes , que combattre contre un moindre , dont la
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victoire ne me saurait apporter ni plaisir ni honneur. Suppliant derechef celui qui se sentira si gaillard que d'eutrer en la barrière, ne vouloir trouver étrange si tout ainsi qu'en pleine liberté il tonne des mots injurieux contre le pape, les prélats, et toute l'ancienne constitution de rÉglise, je puisse aussi de mon côté parler librement contre sa doctrine, cènes, prêches, mariages, prédestinations fantastiques , et songes monstrueux de Calvin , qu'un tas de prédicantereaux, ou sollicités par leurs femmes, ou époinçonnés de faim, ou curieux de remuer ménageront recueilli à Genève pour venir après ensorceler la jeunesse de France , et ce qui est encore plus dommageable, une bonne partie de nos hommes, qui faisaient montre sur tous les autres d'avoir le cerveau mieux fait, plus rusé aux affaires, et moins studieux de toute pernicieuse nouveauté. Or, pour abréger, prédicant, un Turc, un Arabe me permettrait focilement cette licence, et me donnerait avec toute modestie congé de lui répondre. Toi donc , qui te vantes être réformé, à meilleure raison accorderas ma requête , afin que ta cause et la mienne soit connue de tous , et que l'honneur soit rendu à celui de nous deux qui l'aura mieux mérité. Adieu, prédicant, mon ami.