‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 102 sur 127 · AUX INJURES ET CALOMNIES · texte numérisé non relu

AUX INJURES ET CALOMNIES

DE QUELQUE PRÉDICAIfT ET MOffSTBB DE CBN ETE.

Tu dis qu'une sourdesse ■ a mon oreille close* : ' Tu te moques de moi, et me viens blasonner^ Pour un pauvre accident que Dieu me veut donner.

Nouvel évangéUste, insensé, plein d'outrage, Vrai enfant de Satan, dis-moi en quel passage Tu trouves qu'un chrétien (s'il n'est bien enragé) Se doive comme toi moquer d'un affligé?. Ta langue montre bien., aux brocards qu'elle rue 4, Que tu portes au corps une âme bien tortue. Quoi ? est-ce le profit et le fruit que tu fais, En préchant l'Évangile où tu ne crus jamais ? Que tu te moques bien de l'Écriture sainte, Ayant le cœur méchant, et la parole feinte! Quoi? moquer l'affligé sans t'avoir irrité , Est-ce pas être athée et plein d'impiété? Les lions afiicains, les tigres d'Hircanie Ne couvent dans le cœur si grande félonie. Apprends ici de moi que Dieu te punira, Et comme tu te ris, vengeur il se rira De toi, qui en préchant peux bien tromper les hommes. Qui grossiers de nature et imbédlles sommes : Biais non pas l'Étemel, qui voit d'un œil profond Ton cOeur et tes pensers, et sait bien quels ils sont.

« S<mrdesse : inrdité. ' Blasonner : crl«qa€r, tnralter.

J Fo^. Vie de Ronsard. * -flwe ; lance.

446 BÉPONSS

On dit qu'au del là haut, au devant de la porte^ Il y a deux tonneaux de difTérente sorte : L'un est plein de tous biens, l'autre est plein de tous maux > Que Dieu répand çà bas sur tous les animaux* : 11 nous donne le mal avecque la main dextre. Et le bien chichement avecaue la sénestre ^. Si Taut-il prendre à gré ce qui vient de sa part : Car sans notre congé ses dons il nous départ.

Les poètes premiers dont la gloire connue A défié les ans, avaient mauvaise vue : Thamyre, Tirésie, Homère, et celui-là Qui au prix de ses yeux contre Hélène parla ^ ; Et ceux de notre temps à qui la Muse insigne Aspire^, vont portant la sourdesse pour signe :

Témoin est du Bellai. comme moi demi-sourd,

Dont rhonneur mérité par tout le monde court.

Pourquoi fais-tu courir si faussement de moi Que je suis un athée infidèle et sans loi? Si tu es si ardent et si brûlé d'envie D'informer de mes mœurs, de mon fait, de ma vie. Je ne suis inconnu : tu pourras aisément Savoir quel j'ai vécu dès le commencement. J'ai suivi les grands rois, j'ai suivi les grands princes. J'ai pratiqué les mœurs des étranges provinces J'ai longtemps écolier à Paris habité^; Là tu pourras savoir de moi 7 la vérité; Lors tu pourras juger, sans plus me faire injure,

' AUigotia emprnotée à Homère . lofiimis Helenv Castor offensus vire,

* Animaux : êtres animés. Fmter que magnl Castoris, vicii ^we«, ^ 5^«<« Jg«nche;dnlatin,«<ll«m. AdampU v.U retWidere lumina.

* Stèsiekor., aè A Uimèr« en Sidle. i »'»»^"» ^^^'^ '^^"- « > Castor et PoUax raveoglèreot parce & Ceux que la Maae anime de «h qn'il avait éerlt des Ters eontro lear soaflle,

•oBor Bélène, cause de la guerre de * Pour ces détails, voy, la Vie de

Troie» Qnaad il eu» chanté la palino* Ronsard.

die, ils lui rendirent l'usage de la vue. ? De moi : Sur moi.

A QUELQUE MirilSTBE. 447

Par la seule raison, non par la conjecture.

Ne conclus plus ainsi : Ronsard est bien appris, Il a TU l'Évangile, il a vu nos écrits £t n*est pas huguenot, il est donques athée : Telle conclusion est faussement jetée : '

Car tous les bons esprits n'ensuivent point tes pas. Et toutefois sans Dieu vivants ils ne sont pas : Telle injure redonde aux plus grands > de l'Europe, Dont à peine de mille un s'enrôle en ta trope.

J'ai le chef élevé pour voir et pour connaître De ce grand univers le seigneur et le maître : Car en voyant du ciel l'ordre qui point ne faut. J'ai le cœur assuré qu'un moteur est là-haut. Qui tout sage et tout bon gouverne cet empire. Comme un pOote en mer gouverne son navire ; Et que ce grand palais, si largement voûté. De son divin ouvrier ensuit la volonté.

Or, ce Dieu tout-puissant, plein d'étemelle essence. Tout rempli de vertu, de bonté, de puissance. D'immense majesté, qui voit tout, qui sait tout. Sans nul commencement, sans milieu, ni sans bout. Dont la divinité très-royalè et suprême PTa besoin d'autre bien sinon de son bien même, Se commençant par elle,et finissant en soi ; Bref, ce prince étemel, ce seigneur, et ce roi, Qui des peuples le père et le pasteur se nomme. Ayant compassion des misères de l'homme. Et désirant qu'il fût du péché triomphant, En ce monde envoya son cher unique enfant. Étemel comme lui et de la même essence. Ayant du père sien la gloire et la puissance.

> Bedonde aux plu$ grands .' retombe sor les plus grands...

Page 1