‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 109 sur 127 · HISTORIEN · texte numérisé non relu

HISTORIEN

ENTR E-PABLEDRS : LE f RÊTRB ET LE PASSANT.

Quelle est cette déesse empreinte en cet ivoire , Qui se rompt les cheveux à pleines mains? — Pb. L'Histoire*

— Pas. Et rautre,qui d*un œil tristement dépité, Lamente à ce tombeau ? — Ph. La simple Vérité.

— Pas. Ne gît point mort ici le Romain Tite^Live ?

— Pr. Non, mais un Bourguignon dont la mémoire vive < Surpasse ce Romain, pour savoir égaler

La vérité du fait avec le beau parler.

— Pas. Dis-moi ce corps doué de tant de vertus dines *•

— Pb. Philippe fut son nom, son surnom de Commines. — * Pas. Fut-il riche, ou s'il fut de basse race issu ?

— Pb. Il futriche, et* si ftit de noble sang conçu.

— Pas. Que conte son histoire? — Pb. Elle dit le voyage Que fit Charles à Naple, et le bouché passage 3,

> La reDommée vivante. noue, gagnée par Charles VIII en 1405,

' Dinet : pour dignes. et qui lui rouvrit le chemin de la

3 Allnsiom à la bataille de For- France.

476 lêPITAPHBS.

De Fortune ennemie, et des mêmes Français Les combats variés encontre les Anglais, Et contre les Bretons, et les querelles folles De nos princes fauteurs du comte de Charoles ', Lors que Mars avilit de la France le los, £t que le Mont-Héry la vit tourner le dos * .

— Pas. Fut«il présent au fait, ou bien s'il l'ouït dire?

— Pb. Il fut présent au fait, et n*a voulu décrire Sinon ce qu'il a vu : ni pour duc ni pour roî

U n^a voufu trahir de l'histoire la foi.

— Pas. De quel état fut-il? -— Pr. De gouverner les princes, Et sage ambassadeur aux étranges provinces.

Pour l'honneur de son maître, obstiné travailleur. Et guerrier pour son maître obstiné batailleur.

— Pas. Pour avoir joint la plume ensemble avec la lance, Qu'eut-U, prêtre, dis-moi pour toute récompense?

— Pb. Ah ! fière ingratitude et deux ans de prison.

— Pas. Quels maîtres avait-il? — Pb. Philippe de Bouq^ogne, Le roi Charles huitième et Louis : ô vergogne!

Un duc et deux grands rois : sa vertu toutefois Ne se vit guerdonner' ni de duc ni de rois. Bien qu'ils fussent suivis d'une pompeuse trope. Qu'ils eussent en leurs mains les brides 4 de l'Europe , Si fussent-ils péris, et leur renom fût vain Sans la vraie faveur de ce noble écrivain. Qui, vifs, hors du tombeau, de la mort les délivre, Et mieux qu'eu leur vivant les fait «icore vivre.

Or, toi, quiconque sois qui t'enquêtes ainsi. Si tu n'as plus que faire en cette église^i. Retourne en ta maison, et conte à tes fils comme

* CharlM Ifl Ténénire, comte de Louis XI et lee seigneort de te ligit

CInroloK, p«te dae de Boargogae, i da Bien publie,

la mort da eoa père. s Cuerdonwr : neomp«

1 BatuiUe de Montlhéry, 1466, entre * Brides : aajoard'kai

ÉPITAPHSS. 477

Tu as vu le tombeau du premier gentilhomme Qui d'un cœur vertueux fit à la France voir X Que c'est honneur de joindre aux armes le savoir.

DE FEU DEMOISELLE ANMB L*BSRAT, ANGEVINE.

Malheureuse journée , Malheureux hyménée»

Qui là-bas a conduit Cette belle Angevine, Pour ses vertus indigne * De voir sitôt la nuit!

Avant qu'elle eût puissance D'avoir la connaissance D'une si sainte amour.

Et du doux nom de mère, La Parque trop sévère Lui a bruni son jour.

AhldébUe nature, Puisque ta créature Tu ne peux secourir!

Le destin est le maître De ce monde, et le na!ti:e Est cause du mourir.

Ni beauté ni richesse lïe peuvent la rudesse De la mort émouvoir :

La rose sur l'épine

( 1 Qai ne iiiért*tiit pas.

A sa robe pourprine Du matin jusqu'au soir ' .

BeUe âme généreuse, Tu marches bien heureuse.

Là bas entre les fleurs.

Franche* de nos misères, Laissant id tes frères £n soubis et en pleurs.

Desquels le noble couple Passe la flamme ^ double De ces jumeaux divins ^ ; Dont l'honneur et la gloire Luisent aux bords de Loire , Deux astres angevins.

Les rives Permessides, Les sources Castalides, Et Tantre Cyrrhéen A Tenvi les connoissent.

Et les lauriers qui croissent Au mont Parnassien.

Us n'ont voulu construire Ta tombe de porphyre.

De pompe, m d'orgueil, Mi de masses confuses : Mais par l'outO des Muses ^ Ont bâti ton cercueil.

Des Muses la parole Gagne ^ le mauséole i :

t Image fknilière à RoBaurd,qiii l'a ^ Catlw et PoUai. enployée d'aae Ik^a biea plas bea- ^ La poésie. feaae aa Uvre I des Odes, v, ton. i, ' Gagti» : l'eiaporte sor •• pas. 172. '' Le MmuMe : le auiaMléa, le toa-

> Frtmeke : délivrée. beaa.

' La flamme : l'amitié.

BPITAPHES. 479

L'un œuvre de marteau, L'autre édiflce d^encre, Où jamais la mort n'entre, Contre l'âge plus beau.

Quelqu'un de grand courage Accomplira l'ouvrage.

Plus haut que n'est le mien :

L'Esrat, pour te complaire, Il me suffit de faire Ce pilier dorien :

£t, versant force roses, £t force fleurs écloses , Et force myrte épais.

Supplier que la terre D'un mol giron enserre Ses reliques en paix.

SUR LE TBÉPAS D^ADEIEN TURNÈBE|

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