‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 112 sur 127 · ABRÉGÉ · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ

comme en ces mots, haty kaliiéy kaniité, kaquet^ kabaret, et uon le c, qui tantôt occupe la force d un ky tantôt d'un s, selon qu'il a plu à nos prédécesseurs ignorants de les écrire, comme France, pour Franse; et si on te dit qu'on prononcerait Franze, tu répondras que la lettre 5 ne se prononce jamais par un z. Autant en est-il de notre g^ qui souvenfes fois occupe* si misérablement Yi consonne, comme en langage pour langaje. Autant en est-il de notre ^ et du c, lesquels il faudrait totalement ôter, d'autant que le %, qui est le x des Grecs peut en notre langue servir sans violence en lieu du q et du c. Il faudrait encore inventer des lettres doubles à l'imitation des Espagnols de //, et de gn, pour bien prononcer orgueilleux , monseigneur y et réformer, ou la plus grande part , notre abc, lequel je n'ai entrepris pour le présent, t'ouvrant par si peu d'écriture la contiaissance de la vérité d'orthographe et de la poésie, que tu pourras plus amplement pratiquer de toimême, comme bien né, si tu comprends ce petit abrégé, lequel en faveur de toi a été en trois heures commencé et achevé. Joint aussi que ceux qui sont si grands maîtres de préceptes, comme Quintilien, ne sont jamais volontiers parfaits en leur métier. Je te veux encore avertir de n'écorcher point le latin, comme nos devanciers, qui ont trop sottement tiré des Romains une infinité de vocables étrangers vu qu'il y en avait d'aussi bons en notre propre langage. Toutefois, tu ne les dédaigneras, s'ils sont déjà reçus et usités d'un chacun. Tu composeras hardiment des mots, à l'imitation des Grecs et Latins, pouvu qu'ils soient gracieux et plaisants à l'oreille, et n'auras souci de ce que le vulgaire dira de toi, d'autant que les poètes, comme les

' Occupe : remplace.

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