‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 113 sur 127 · DE L ABT POETIQUE · texte numérisé non relu

DE L ABT POETIQUE

plashardis,0Qt les premiers forgé et composé les mots, lesqueyis pour être beaux et significatifs ont passé par la bouche des orateurs et du vulgaire, puis finalement ont été reçus, loués et admirés d'un chacun. J'ai entendu par plusieurs de mes amis que si ceux qui se mêlaient de la poésie, les plus estimés en ce métier, du temps du feu roi François et Henri, eussent voulu sans envie permettre aux nouveaux une telle liberté, que notre langue en abondance se fût en peu de temps égalée à celle des Romains et des Grecs. Tu tourneras les noms propres des anciens à la terminaison de ta langue, autant qu'il se peut faire, à Timitation des Romains, qui ont approprié ce qu'ils ont pu des Grecs à leur langue latine, comme 'OSucrceù^, Ulysses, Ulysse, ou par sincope IJlyss -/kyjWvj^j Achilles y kz\A\\t; 'HpaxXr^i;, Hercules y Hercule, ou Hercul; MevéXewç, Menelaus, Ménélas; NixdXeiDç, Nieolaus^ Nicolas. Les autres sont demeurés en leur première terminaison, comme Agamem" non, Hector, Paris, et plusieurs antres que tu pourras parci, par-là, trouver en la lecture des auteurs. Tu ne dédaigneras les vieux mots français, d'autant que je les estime toujours en vigueur, quoi qu'on die, jusques à ce qu'ils aient fait renaitreen leur place, comme une vieille souche, un rejeton ; et lors tu te serviras du rejeton et non de la souche, laquelle fait aller toute sa substance à son petit enfant, pour le faire croître et finalement rétablir en son lieu. De tous vocables, quels qu'ils soient, en usage , ou hors d'usage, s'il reste encore quelque partie d'eux, soit en nom, \»erbe, adverbe , ou participe , tu le pourras par bonne et certaine analogie faire croître et multiplier, d'autant que notre langue est encore pauvre, et qu'il faut mettre peine % quoi que

^ Prendre la peioe.

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