‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 115 sur 127 · RETRANCHÉES AUX PREMIÈRES ÉDITIONS · texte numérisé non relu

RETRANCHÉES AUX PREMIÈRES ÉDITIONS

rirai toujours et rêvant et songeant, En cette prée où je vis Tangelette ', Qui d'espérance et de crainte m'allaite *, £t dans ses yeux mes destins va logeant.

Quel fil de soie en tresses s'allongeant Frappait ce jour sa gorge nouvelette?

De quelle rose et de quelle fleurette Sa face allait comme Iris se changeant ?

Ce n'était point une mortelle femme

■ Jngeiêtte ; dimiavtlf d'aage. > M'aUaiie : me Boorrit.

(*) Nous avons cfa devoir, diaprés raatorité de BaoD, rejçter aassi à la fin de ce choix, quelques morceaux extraits de ceux que Ronsard luimême avait retranchés à diverses fois et de toutes les éditions faites de son vivant et même de la dernière quHl ordonna et qui fat faite aussitôt après son décès. Le lecteur nous saura gré ians doute de nous être montré moins sévère que l*auteur, et d^avoir conservé les pièces suivantes, qui portent la vive empreinte des qualités de l'illustre clief de la Pléiade. .

Que je vis lors, ni de mortelle dame Elle n'avait ni le front, ni lesr yeux :

Donques, raison, ce ne fut chose étrange Si je fus pris : c'était vraimmt un ange. Qui pour nous prendre était venu des cieux.

Je vous envoie un bouquet que ma main Vient de trier de ces fleurs ^[Mtnies ' ; Qui ne les eût à ce vépre * cueillies, Chutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries, En peu de temps cherront ^ toutes flétries. Et comme fleurs périront tout soudain.

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame. Las ! le temps non, mais nous nous en allons. Et tôt serons étendus sous la lame ^ :

Et des amours desquelles nous parions, Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle : Pource aimez-moi, cependant qu'êtes belle.

I Épanies : èpasovies. * Ckêmni t fatvr d« verte ck«tr.

' VéfTt : aoir; do latin, vtiper, * La iawte : la pierre dta toial

Marie, vous passez en taille et en visage. En grâce, en ris, en yeux, en sein, et en teton Votre plus jeune sœur, d'autant que fe bouton

SaifNETS. . ÔOS

D'uD rosier franc surpasse une rose sauvage.

Je ne saurais nier qu'un rosier de bocage Ne soit plaisant à Toeil, et qu'il ne sente bon : Aussi je ne dis pas que votre sœur Annon Ne soit belle , mais quoi ! vous l'êtes davantage.

Je sais bien qu'après vous elle a le premier prix, Et que facilement on deviendrait épris De son jeune embonpoint, si vous étiez absente.

Mais quand vous paraissez, lors sa beauté s'enfuit. Ou morne elle deivient par la vôtre présente. Gomme les astres font, quand la luùe reluit.

Je crois que je mourrais si ce n'était la Muse Qui deçà, qui delà, fidèle m'accompagne. Par bois, par champ, par eau, par taillis, par montagne, Et de ses beaux présents tous mes soucis abuse '.

Si je suis ennuyé, je n'ai point autre ruse Pour me désennuyer, que Clio m'accompaigue : Sitôt que je l'invoque, elle ne me dédaigne Me venir saluer, et jamais ne s'excuse.

Des présents des neuf Sœurs soit en toute saison Pleine toute ma chambre, et pleine ma maison : Car la rouille jamais à leurs beaux dons ne touche.

Le thym ne fleurit pas aux abeilles si doqx, . Gomme leurs beaux présents me sont doux à la bouche, Et dont les bons eq>rits ne furent jamais soûls.

' Jbu$9 t trompe, charmo.

610 PQBSIBS DIVBBSES.

O ma bdle maîtresse, à tout le moins prenez. De moi votre servant» ee rossignol en cage : Il est mon prisonnier, et je vis en serrage Soos vous, qm sans merci en prison me tenez :

ADez donc, rossignol, en sa chambre, et sonnez Mon deuil à son oreille avec votre ramage. Et, s'il vous est possible, émouvez son ooarage* A me £ûre merci, puis vous en revenez.

Non, non, ne venez point : que feriez-vous chez moî ? Sans aucun reconfort, vous languiriez d'émoi. Un prisonnier ne peut un autre secourir.

Je n'ai pas, rossignol, sur votre bien envie. Seulement je me hais et me plains de ma vie^ Qui languit en prison, et si* n'y peut mourir.

■ Cvmruge : esar. StH: ei povtut

L*an se rajeunissait en sa verte jouvence, Quand je m'épris de vous, ma Sinope cruelle : Sdze ans étaient la fleur de votre âge nouvelle. Et votre Hânt sentait encore son enfanee.

Vous aviez d'une infante encor la contenance, La parole et les pas; votre boucheétait belle ; Votre front et vos mains dignes d'une immorldie. Et votre col qoi me Haut tr^iasser quand j'y pense.

Amour, qui ce jour-là si grandes beautés vit. Dans un marbre, en mon cœur, d'un tndt les écrivit :

Et si peur le jouid'hui vos beautés si parfaites

Ne sont comme autrefois, je n'en suis moips ravi : Car je n*ai pas égard à cela que vous êtes. Mais au doux souvenir des beautés que je vi.

Je ne saurais aimer autre que vous ; Non, dame, non, je ne saurais le faire : Autre que vous ne me saurait complaire. Et fût Vénus descendue entre nous.

Vos yeux me sont si gracieux et doux, Que d'un seul clin ils me peuvent défaire ', D'un autre clin tout soudain me refaire , Me faisant vivre ou mourir en deux coups.

Quand je serais cinq cent mille ans en vie. Autre que vous, ma mignonne, m'amie.

Ne me ferait amoureux devenir :

Il me faudrait refaire d'autres veines.

Les miennes sont de votre amour si pleines. Qu'un autre amour n'y saurait plus tenir.

* Bifaira : Iklre périr.

Rossignol, mon mignon, qui par cette saulaie ■ Vas seul, de branche en branche, à ton gré voletant Et chantes à l'envi de moi, qui vais chantant Celle qui faut toujpurs que dans la bouche j'aie,

< Saulaie : lieu planté de MQlei

Nous soupirons tous deux : ta doace voix s*es8aie De sonner les amours d'une qui faime tant, Et moi triste, je vais la beauté regrettant Qui m'a fait dans le cœur une si aigre plaie.

Toutefois, rossignol, nous différons d'un point. C'est que ta es aimé, et je ne le suis point. Bien que tous deux ayons les musiques pareilles :

Car tu fléchis t'amie au doux bruit de tes sons ; Mais la mienne qui prend à dépit mes chansons , Pour ne les écouter, se bouche les oreilles.

Je veux lire en trois jours llliade d'Homère, £t pource, Corydon ', ferme bien l'huis sur moi ; Si rien me vient troubler, je t'assure ma foi. Tu sentiras combien pesante est ma colère.

Je ne veux seulement que notre chambrière Vienne faire mon lit, ton compagnon, ni toi ; Je veux trois jours entiers demeurer à requoi S Pour folâtrer après une semaine entière.

Mais si quelqu'un venait de la part de Cassandre, Ouvre lui tôt la porte et ne le fais attendre. Soudain entre en ma chambre, et me viens accoutrer'.

Je veux tant seulement à lui seul lùe montrer : Au reste, si un Dieu voulait pour moi descendre Du ciel, ferme la porte, et ne le laisse entrer.

* Corydon . nom poétiqae donné ' ^tfreçitoi; en repos, do latin, refuiefi par Ronsard à son yalet. ^ Accoutrer : habiller.

J'ai reçu vos cyprès, et vos orangers verts : Le cyprès est ma mort, Toranger signifie (Ou Phébus me déçoit) qu'après ma courte vie Une gentille odeur sortira de mes vers.

Recevez ces pavots que le somme a couverts D'un oubli stygien : il est temps que j'oublie L'amour qui sans profit depuis six ans me lie, Sans alenter > la corde ou déclouer mes fers.

Pour plaisir, en passant, d'une lettre bien grosse Les quatre vers suivans engrave sur ma fosse : « Une Espagnole > prit un Tudesque^ en ses mains :

Ainsi le sot Hercule était captif d'Iole ; La finesse appartient à la race espagnole. Et la simple nature appartient aux Germains.*

* Alenter : aUonger. espagnole.

' La ftimUle d'ilélèof était de race 3 Ronsard était originaire de HorftTie.

A CLAUDE DE L ACJIEPINE.

Je suis la nef, vous êtes mon pilote : Sans l'Aubépine on ne peut voyager; Sous votre vent ma voile il faut ranger. Au gré duquel il convient que je flotte. .

En pleine mer la tempête trop forte Pousse ma barque au rocher étranger :

De tous côtés j'aperçois le danger, Et si pour moi toute espérance est morte.

514 V0ÉSÏB9 DIYSBSBS.

Forcez le ciel et la vague et le vent, Et mon vaisseau conduisez en avant Au port heureux du tranquille rivage :

Cest bien raison que l'homme soit huinain, Et qu'en voyant ses amis au naufrage, Au moins du bord il leur tende la main.

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