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I/un après Fautre , et marchant en avant, D*un ordre épais iront s'entre-suivant, Troupe sur troupe, emplissant les étables : Les uns seront d'âge et de poil semblables , Les uns cornus, et les autres laineux.
Dont les toisons crêpes de mille nœuds, Perdant par art leur première nature, Se changeront en diverse teinture , Que les grands rois tourneront en habits , Ornés du don de tes riches brebis.
« Gontentez-vous , enfants, de votre terre , Et si ardents ne courez à la guerre : Comme amoureux du sang ne bataillez , £t vos voisins par armes n'assaillez :
Par vous ne soient en poignantes épées Ni vos râteaux ni vos faux détrempées ' , Et ne creusez vos sapins en vaisseaux , Et pour le gain ne tourmentez les eaux.
« Soient vos esprits amoureux de science Du cours du ciel ; ayez expérience Des arts humains qui font l'homme courtois : Vos grand's cités ornez de belles lois, Ne les changeant quand elles sont reçues Pour autres lois nouvellement cpnçues ; Aimez les bons , châtiez les méchants , Et bien heureux vivez parmi vos champs. Las! j'ai grand peur que ce morceau de terre Qui de la France est joint à l'Angleterre , Cause ne soit de malheur à vem'r.
« N'ofTensez point par armes ni par noise,
Dihtmpies : trempées.
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Si m'en croyez , la province Gauloise : Car bien qu*ii fut destiné par les cieux Qu*un temps seriez d'elle victorieux , Le même ciel pour elle a voulu faire Autre destin au vôtre tout contraire.
« Le Gaulois semble au saule verdissant : Plus on le coupe et plus il est naissant , £t rejetonne en branches davantage , Prenant vigueur de son propre dommage : Pource vivez comme miables < sœurs :
Par les combats les sceptres ne sont seurs *.
« Quand vous serez ensemble bien unies , L'Amour, la Foi, deux belles compagnies, Viendront çà-bas ^ le cœur vous échauffer -, Puis sans hamois, sans armes et sans fer, Et sans le dos d'un corselet vous ceindre, Ferez vos noms par toute Europe craindre : Et l'âge d'or verra de toutes parts Fleurir les lis entre les léopards 4.
« Tu ne seras tle bien accomplie, Claire d'honneur et de vertu remplie , Sinon au jour qu'une reine nattra , Qui comme un astre ici apparaîtra :
Elle aura nom Elisabeth, si belle Qu'autre beauté ne sera rien près d'elle.
,« Cette princesse , au cœur royal et haut , Pleine d'un sang tout magnanime et chaud , Jeune de face et vieille de prudence , Par grande ardeur fera la guerre en France , Couvrant le dos de Neptune venteux
' niables : Amiable» f ami«f. ^ Çà bas : ici baa.
* Seurs : »tn, usnré»- * Les uinr* h* France et d'AogUterre.
DU BOCAGE BOYAL. 49
De caracons ■ et de vaisseaux ventreux , Qui de leurs creux, sur l*arène semée, Feront épandre une moisson armée D'hommes chargés de harnais frémissants, Et de chevaux aux combats hennissants .
« Mais rencontrant une reine prudente % Qui des Français sera sage régente , Vive d'esprit et mûre de conseil , Doit retirer soudain son appareil , Après avoir sa gloire accompagnée , Au premier bord, d'une ville gagnée (*),
« Puis sans avoir de Mars trop de souci , Elle étant reine , et l'autre reine aussi , Estimeront les martiales flammes Duire plutôt aux gendarmes qu'aux femmes , Qui de nature ont le sexe plus doux , Enclin à paix, ennemi de courroux.
« Pource on verra bientôt fleurir entre elles Des amitiés pour jamais étemelles , Qui les feront plus craindre que les rois, Qui sur le dos ont toujours le hamois ; D'autant qu'on voit la paix être meilleure Que le discord qui sans amis demeure. »
* Caracons : sorte de navirefl. * Catherine de Médicis»
(*) En 1562, Elisabeth se fit donner par Condé et Coligni , pour prix de ses secours aax protestants, la ville du Havre , qu'elle restitua deux ans après.