NAVARIN
J*ai dons ma gibecière un vaisseau* fait -an tour, De racine de buis , dont les anses d'autour D'artifice excellent de même bois sont faites, Ou maintes choses sont diversement portraites.
Presque tout au milieu du gobelet est peint Un Satyre cornu , qui de ses bras étreint ^ Tout au travers du corps, une jeune bergère, £t la veut faire choir dessous une fougère.
Son couvrechef lui tombe, et a de toutes parts, A l'abandon du vent, ses beaux cheveux épars : Dont elle courroucée, ardente en son courage, Tourne, toin du Satyre, arrière le visage. Essayant d'échapper, et de la dextre main Lui arrache le poil du menton et du sein, £t lui froisse le nez de l'autre main senestre % Mais en vain , et toujours le Satyre est le maistre.
Trois petits enfants, nus de jambes et de bras. Taillés au naturel , tout potelés et gras, Sont gravés à l'entour : l'un, par vive entreprise. Veut faire abandonner au Satyre sa prise , Et d'une infante main, par deux et par trois fois,
' F aisseau : va»e. ^Senestre: f;tiuche-^àa\atia,siuUiei
LES ÉGLOGUBS. 77
Prend celle du bouquiti % et lui ouvre les doigts.
L^autre, enflé de courroux, d'une dent bien aiguë Mort ce Dieu ravisseur par la cuisse pelue , Se tient contre sa grève *, et si fort Ta mordu Que le sang sur la jambe est partout descendu , Faisant signe du pouce à l'autre enfant qu'il vienne, £t que par Tautre cuisse, à belles dents le tienne : Mais lui, tout renfrogné, pour néant supplié. Se tire, à dos courbé, une épine du pied , Assis sur un gazon de verte pimprenelle , Sans se donner souci de l'autre qui l'appelle.
Une génisse auprès lui pend sur le talon, Qui regarde tirer le poignant aiguillon De l'épine cachée au fond de la chair vive , £t toute est tellement à ce fait attentive , Que, béante, elle oublie à boire et à manger : Tant elle prend plaisir à ce petit berger. Qui, en grinçant les dents, tire à la fin l'épine, £t tombe de douleur renversé sur Téchine.
Un houbelon ^ rampant, à bras longs et retors. De ce creux gobelet passemeute 4 les bords , Et court en se pliant à Fentour de l'ouvrage : Tel qu'il est toutefois, je le mets pour mon gage.
I Le bouquin : le dieu ans pied* de 3 Hambelon : houbloa. boue. * Patsemente : entoare, brude.
' Crève : jambe.
LES PASTEURS ALtYOT ET FEESNET {*).
Paissez , douces brebis , paissez cette herbe tendre ; Ne pardonnez aux fleurs : vous n'en sauriez tant prendre
V) MB(. Robertet d'Alaye el Roberîet de Fresnes, secréUires d'ÉlaU.
Par Tespace d'un jour, que la nuit eu fuyant. Humide, n'en produise autant qu'auparavant.
De là, TOUS deviendrez plus grasses et plus belles, L'abondance de lait enflera vos mamelles, £t suffirez assez pour nourrir vos agneaux , Et pour faire en tout temps des fromages nouveaux. Et toi, mon chien Harpaut, sûre et Gdèle garde De mon troupeau camus , lève l'œil, et prends garde Que je ne sois pillé par les loups d'alentour, Cependant qu'en ce bois je me plaindrai d'amour.
Or sus, mon Aluyot, allons, je te supplie. Soulager en chantant le soin qui nous ennuie ; Allons chercher le frais de cet antre moussu. Creusé dedans le flanc de ce tertre bossu : Et là, nous souvenant de nos chères amies. Qui sont de nos langueurs doucement ennemies , Tous deux, en devisant, par ordre nous dirons Nos plaintes aux rochers qui sont aux environs, Afin que quelque vent rapporte à leurs oreilles Les soucis que nous font leurs beautés nonpareilles.
Nous sommes arrivés dedans l'antre sacré : Je m'en vais le premier (ainsi te vient à gré ) Te chanter ma complainte : ayant ouï la mienne , Secondant ma douleur, tu me diras la tienne.
FBESNET.
Ma belle Manon (*), dont le cher souvenir Me fait comme Niobe en rocher devenir.
Pour l'absence de toj je hais ma propre vie , Qui, dédaignant mon cœur, malgré moi t'a suivie Pour loger en tes yeux, qui ore de si loin
(*) Marion qae célèbre de Fresnes est sans doate Marie Clausse, sa femme, fiUe de Côme Claasse , secrétaire d'État , qui céda sa charge à son gendre eu 1557.
LES ÉGLOGDES, 70
Me remplissent le cœur de tristesse et de soin.
Rien ne m'est agréable après si longue absence -, J'espère sans espoir : la peur et Fespérance Combattent ma raison , mais l'amoureuse peur Assaut ma patience, et vainc toujours mon cœur.
Rien ne me réjouit : soit que la jeune Aurore De roses et d'œillets l'orient recolore , Soit que le soleil pousse en la mer ses chevaux , Il voit mes yeux en pleurs et mon cœur en travaux.
Quand le soir est venu, je conte ma fortune , Maintenant aux forêts, maintenant à la lune : Terre de bois en bois , car, en lieu de dormir, Impatient d'amour, je ne fais que gémir : Si je dors de fortune, et si celui qu'on nomme Le frère de la mort % me déçoit par le somme , Cent fantômes divers s'apparaissent a moi , Qui me font en dormant trembler le cœur d'effroi ; Je rêvasse en esprit , je bâille , je m'allonge. Tantôt son beau portrait, qui me revient en songe. Me fuit, me suit, me tient, et en le poursuivant. En lieu de l'embrasser, je ne prends que du vent. Cest grand cas que d'aimer ! une amoureuse plaie Me se guérit jamais pour chose qu'on essaie : Plus on la veut guérir, et plus le souvenir La fait toujours plus vive en nos cœurs revenir.
J'ai beau me promener au travers d'un bocage , J'ai beau paître mes bœufs le long d'un beau rivage, J'ai beau voir le printemps, âme des arbrisseaux, Ouïr les rossignols , gazouiller les ruisseaux , Et voir entrjB les fleurs, par les herbes menues. Sauter les agnelets sous leurs mères cornues , Voiries boucs se choquer, et, tout le long du jour^
' yo^, pa^e 34, note 1.
80 lES SGLOGUSS.
Voir les béliers jaloax se battre pour Famour.
Ce plaisir toutefois n<Mi plus ne me contente Que si du froid hiver la sifflante tourmente Avait terni les champs , et , en mille façons , Rué dessus les fleurs la neige et les glaçons, Et que le saint troupeau de cent nymphes compagnes Ne vinssent plus de nuit danser en nos montagnes.
Bien que mon parc foisonne ea vaches et, taureaux y Et que sous ma faveur vivent cent pastoureaux , Qui savent tous jouer des douces cornemuses, Les mignons d'Apollon, de Mercure et des Muses : Bien que mon doux flageol sur tous le mieux appris. Quand il me plaît chanter, seul emporte le prix : Bien qu'en nulle saison le doux lait ne me faille : I/une part devient crème, et Tautre part se caille , L'autre devient fromage , un mol , l'autre séché : Le mol est pour manger, le sec pour le marché;
Et bien que mes brebis ne soient jamais brehaignes ■ » Bien que mille troupeaux bel eut par mes campaignes. Je voudrais n'avoir rien , Manon, sinon toi. Que je voudrais pour femme en mon entre-chez-moi * , Et, parmi les forêts , loin d'honneur et d'envie, User, en te baisant , le reste de ma vie.
L'orage est dangereux aux herbes et aux fleurs ; La froideur de l'automne aux raisins qui sont meurs , Les vents aux blés de mai : mais Tabsence amoureuse A l'amant qui espère est toujours dangereuse.
J'ai pour maison un antre en un rocher ouvert. De lambrunche ^ sauvage et d'hierre * couvert , Qui deçà, qui delà leurs grand'branches épandent,
• Brehaignes : stérile*. 4 merre : lierre ; du latin hedera. U
' Mon entre-chez>inoi : ma maison, lierre est la plante dont on couroDUC
•^Lambrunche : vigne; da latin les poètes. labrvuica.
LES EGIiOGUES. 81
£t droit sur le milieu de la porte les pendent.
Un métier ' nouailleux > ombrage le portail ,
Où, sans crainte du chaud, remâche ^ mon bétail :
Du pied naît un ruisseau dont le bruit délectable
S'enroue , entre-cassé de cailloux et du sable ,
Puis, au travers d'un pré, serpentant de maint tour,
Arrose doucement le lieu de mon séjour.
De là tu pourras voir Paris la grande ville.
Où de- mes pastoureaux la brigade gentille
Porte vendre au marché ce dont je n'ai besoin,
Et toujours argent frais leur sonne dans le poing.
Là, s'il te plaît venir, tu seras la maîtresse. Tu me seras mon tout, ma nymphe et ma déesse : lïous vivrons et mourrons ensemble , et tous les jours , Yieillissans, nous verrons rajeunir nos amours : Tous deux nous étendrons dessous un même ombrage, Tous deux nous mènerons nos bœufis en pâturage Dès la pointe du jour, les ramenant au soir. Quand le soleil tombant en l'eau se laisse choir : Tous deux les mènerons quand le soleil se couche , Et quand de bon matin il sort hors de sa couche : A toute heure, en tous lieux ensemble nous irons. Et dessous même loge ensemble dormirons ; Puis, au plus chaud du jour, étant couchés à l'ombre , Après avoir compté de nos troupeaux le nombre , Pour diasser le sommeil , je dirai des chansons Que pour toi je compose en diverses façons.
Alors toi, doucement sur mes genoux assise, Maintenant ^ tu ferais d'une douce feintise Semblant de sommeiller, maintenant tu ferais Semblant de t'éveîller, puis tu me baiserais ,
' Métier : néflier. ' Remâche : rumine.
' Noviailleux : noaeux. * Maintenant : tantôt, f^. p. 74, a. 1.
82 LES ÉGtOGUES.
£t presserais mon col de tes bras, en la sorte Qu'un orme est enlacé d*une vigne bien forte : Maintenant tu romprais mon chant de ton baiser. Maintenant tu voudrais ton ardeur apaiser. En m'ôtant le flageol hors de la lèvre mienne. Pour y mettre ea son lieu le corail de la tienne : Puis me rebaiserais , et, me voulant flatter. Tu voudrais quelquefois avecque moi chanter : Quelquefois toute seule, et comme languissante , Je te verrais mourir en mes bras pâlissante , Puis te ressusciter, puis me faire mourir. Puis d'un petit souris me venir secourir, Puis, en mille façons, de tes lèvres vermeilles Me ressucer les yeux, la bouche et les oreilles , Et, coup sur coup , jeter des pommes sur mon sein. Que j'aurais et d'oeillets et de roses tout plein , Pour rejeter au tien , qui maintenant pommelle , Ck)mme fait au printemps une pomme nouvelle.
Sein où logeait Amour, qui le trait me tira Au cœur, qui autre nom depuis ne soupira Que le tien, Marion : témoin en est ce chêne. Où ces vers l'autre jour j'engravai d'une alêne ' : « Les ondes refuiront contremont les ruisseaux , « Sans feuilles, au printemps, seront les arbrisseaux , « Vénus sera sans torche , et Amour sans sagette ' , « Quand le pasteur Fresnet oubliera Mariette. » Sus , troupeau , délogeons ; j'ai d'éclisse^et d'osier. Achevant ma chanson , achevé mon panier. Voici la nuit qui vient : il me faut mener boire Mon grand bouc encorné qui a la barbe noire.
Or, adieu, Marion, ma chanson et le jour ; Le jour me laisse bien : mais non pas ton amour.
' ji Une : polnie, BtjleL * Éelisse : bois flexible et mince,
' SageUe : flèche ; do latin sagltta, dont se servent les Tannieri.
LES BGL06VBS. 83
Ainsi disait Fresnet : Aluyot , au contraire , Pour Tamour de sa datne une chanson va faire.
ALUÏOT.
Ma Jeannette (*), mon cœur, dont je n'ose approcher, Tant tes yeux sont ardçnts : plus polie à toucher Que la plume d'un cygne , et plus fraîche et plus belle Que n'est au mois d'avril une rose nouvelle : Plus douce que le miel, plus blanche que le lait , Plus vermeille en couleur que le teint d'un œillet : Voici ( il m'en souvient ) le mois et la journée ( 0 douce souvenance heureuse et fortunée ! ) Où premier je te vis peigner tes beaux cheveux , Ainçois ■ filets dorés , mes liens et mes nœuds : Je vis de sa main propre Amour les mettre en ordre y Et fitet à filet , en deux tresses les tordre : J'en coupai les plus blonds et les plus crépelets : Les tournant en cordons, j'en fis des bracelets Que je porte à mes bras, signe que tu tiens prise, £n tes crêpes cheveux, mon cœur et ma franchise * : Je les garde bien cher, car en nulle saison Je ne veux échapper de si belle prison. Mainte fille, en voyant ma face jeune et tendre , Où la barbe commence encores à s'étendre y M'a choisi pour ami : hier même, Margot Qui fait sauter ses bœufis au son du larigot ^, Tu la connais, Jeannette, envoya Jaqueline Vers moi , pour me donner de sa part un beau cygne, £t me dit : « Celle-là qui te donne ceci , Avecque son présent à toi se donne aussi : Prends son présent et elle ; assez elle mérite ,
1 jilnçois : plutdt. ' lAirigoi : instrainent de masiqae,
' FntMhise : liberté. espèce de petit flageolet.
(*) Jeanne de Halluin , fille d'Antoine de Piennes , épouse de Florimond Robertet, baron d*Alluye.
84 LES BaiiOOUVS.
Ayant les yeux si beaux , d*étre ta favorite. »
Mais je la refusai : car plutôt que d'aimer Autre que toi, mon cœur, douce sera la mer, Le doux miel coulera de Fécorce d'un frêne, Et les roses croîtront sur les branches d'un chêne, Les buissons porteront les œillets rougissants. Et les halliers ronceaux * les beaux lis blanchissants.
D'autant que du printemps la plaisante verdure Est plus douce aux troupeaux que la triste froidure; D'autant qu'un arbre enté rend un jardin plus beau , Que le tige * épineux d'un rude sauvageau ; D'autant qu'un olivier surpasse en la campaigne D'im saule pâlissant la perruque brehaigne ^ , Et d'autant, qu'au matin, la belle aube qui luit, Surmonte de clarté les ombres de la nuit : D'aulant ma Jeanneton, dessus toute pucelle Tu semblés à mes yeux plus gentille et plus belle : Ces houx m'en sont témoins, et ces pins, que tu vois Surmonter en hauteur la cime de ces bois , • Où, m'ébattant un jour, j'engravai sur l'écorce D'un chêne non ridé , cette épigramme à force : <c Quant Aluyot vivra sans aimer Jeanneton, a Le bouc se vêtira de la peau d'un mouton , « Et le mouton prendra la robe d'une chèvre, « Et aura comme un bouc barbe dessous la lèvre. »
J'ai l'âme toute émue et le cœur tout ravi , Quand je pense en ce jour, où premier je te vi Porter un beau panier (ainsi qu'une bergère) Allant cueillir des fleurs au jardin de ma mère : Sitôt que je te vis , sitôt je fus déçu 4 ,
1 MaUieri romeeavx : boÎMons de 4 Ut vidi, nt perii ! ot me maliu ahttaUK
ronces. [enw!
* 1%çe : ee mot m ehaogi de genre, (Vi&o.» £^«r , VUI, 4i. } 3 Bnhalgn§. f^oy. page 80 , note 1 .
LBS BGLOGUES. 85
Je me perdis moi-même, et depuis je n'afsu
Soulager ma douleur : tant Tamoureuse flamme ,
Descendant jusqu'au cœur, m'avait embrasé Pâme.
Tu avais tes cheveux sans ordre déliés »
Frisés, crêpés , retors , primes et déliés
Gomme filets de soie : et de houppes garnie
Te pendait aux talons ta belle souquenîe '. '
Ta sœur allait après , j'allais après aussi : Et, conune je voulais te conter mon souci , Las ! je m'évanouis, et l'amoureux martyre Qui me pressait le cœur ne me laissa rien dire.
A la fin , revenu de telle pâmoison , Le bouillant appétit > surmonta la raison, Je te contai mon mal : mais toi , sans être atteinte De ma triste douleur, te moquas de ma plainte.
Or, comme tu cueillais une fleur de ta main , Par feintise , un bouquet te tomba de ton sein, (Où mainte fleur était l'une à l'autre arrangée ) Lié de tes cheveux et de soie orangée : Je l'amasse, et l'attache au bord de mon chapeau , Et bien qu'il soit fané , toujours me semble beau, Comme ayant la couleur de ma face blémie , Qui, malgré mon printemps, se flétrit pour ma mie.
Ainsi que je pleurais pour mon mal apaiser, Ta sautes à mon cou , me donnant un baiser : Ah! je meurs quand j'y pense! et de ta bouche pleine De roses, me versas en l'âme ton haleine. Ce doux baiser passa (dont j m vécu depuis ) Soudain de nerfs en nerfs, de conduits en conduits. De veine en veine , après de nouvelle en nouvelle ,
I SoupunU : robe , taniqae. > Jppéiit : désir, passion.
M'allumant tout le sang d'une chaleur nouvelle. Si bieu qu'en toutes parts, en toute place et lieux , rai toujours ton baiser au-devant de mes yeux : J'en sens toujours l'haleine, et, depuis, ma musette ITa pu chanter sinon le baiser de Jeannette.
Doux est du rossignol la rustique dianson. Et celle du linot et celle du pinçon ; Doux est d'un dair ruisseau le sautelant murmure ; Bien doux est le sonmieil sur la jeune verdure : Mais plus douce est ma flûte et les vers que de toi Je chante dessous l'ombre, assise auprès de moi.
rois toujours dans mon antre une belle fontaine ; De roses est mon lit; ma place est toute pleine De toisons de brebis , que le vent fit broncher. L'autre jour, contre^ias > du faîte d'un rodier.
De l'ardeur du soleil autant je me soude , Qu'un amant, endianté des beautés de sa mie. Se soude d'ouïr son père le tancer :
Car amour ne le fait qu'en sa dame penser. Antant qu'on peut songer, endormant, de richesses. Autant j'ai de troupeaux : sur leurs toisons épaisses En hiver je m'endors, sans me donner émoi Du froid : car la firoideur ne vient pas jusqu'à moi.
Hais, cependant qu'en vain je chante ma Jeannette, Yesper reluit au dd d'une diité bnmette . Le temps coule si tôt que je ne le sens point; Le soleil est couché : mais l'ardeur qui me point Ne se couche jamais , et jamais ne s'alente * (Donnant trêve à mon cœur) tant die est violente.
contre amour je ne saurais trouver :
Yoîre eussé-je avalé tous les torrents d'hiver,
< Coulre^u ; de hmat «a bM. * 5*alnifo ; ic ralmtit.
LBS KGL0GUB8. g7
Et bu tous les glaçons des montagnes Riphées , Tant j*ai de sa chaleur les veines échauffées. Je ne puis qu^en chantant ma douleur contenter : Par la langue mon cœur peut son mal enchanter.
La cigale se plaît au chant de la cigale , Et pasteur j'aime bien la dianson pastorale : L'agneau sur rheri)e courte et le doux chèvrefeuil Est suivi de la chèvre, et le bois du chevreuil : Chacun suit son désir ■, et j'aime ma musette, Pour y chanter dessus les amours de Jeannette.
Or, adieu, Jeanneton , le jour et ma chanson : D'un ruisseau murmurant si plaisant n'est le son , Le sommeil n'est si doux, ni les tendres fleurettes Du printemps ne sont point si douces aux avettes , Que les vers me sont doux , voire autant que tes yeux , Qui font toujours amour de moi victorieux.
' Trahit sna qnemqae Tolnptaa. ( Virc, Eelcg,^ II, 65. )
ffl.
CHAinr PASTORAL.
SUR LES N0GE8 DB MORSEIGNEIIR CHARLES , DUC DE LORRAINE (*), El MADAME CLAUDE , FILLE DC ROI HENRI II.
Un pasteur Angevin, et l'autre VendomoisC**), Bien connus des rochers, des fleuves et des bois, Tous deux d'âge pareils , d'habits et de houlette : L*un bon joueur de flûte , et l'autre de musette. L'un gardeur de brebis, et l'autre de chevreaux , * S'écartèrent un jour d'entre les pastoureaux.
(*) Charle» II, dit le grand , duc de Lorraine , bienfaitear de son pays, fondateur de l'Université de Pont à Mousson. W arrêta le plan de la ville de Nancy.
C**} Belleau, et Ronsard. •
6S LES EGLOGUES.
Tandis que leur bétail paissait parmi la plaine. Tout auprès de Meudon , au rivage de Seine , Laissèrent leurs mâtins pour aboyer les loups , Bien armés de colliers tout hérissés de clous . Puis, grimpant sur le dos d^une colline droite , Au travers d'une vigne, en un^s^te' étroite, Gagnèrent pas à pas la grotte de Meudon , La grotte que Chariot (Chariot de qui le nom Est saint par les forêts ) a fait creuser si belle, Pour être des neuf Sœurs la demeure éternelle : Sœurs qui, en sa faveur, ont méprisé les eaux D'Karote et de Permesse, et les tertres jumeaux Du chevelu Parnasse , où la fameuse source Prit du cheval volant * et le nom et la course j Pour venir habiter son bel antre émaillé , Une loge voûtée en un roc entaillé.
Sitôt que ces pasteurs, du milieu de la rotte % Aperçurent le front de la divine grotte, S*inclinèrent à terre, et , craintifs, honoraient. De bien loin, le repaire où les Sœurs demeuraient.
Après Toiaison faite, arrivent à rentrée (Nus de tête et de pieds) de la grotte sacrée : Car Ils avaient tous deux et sabots et diapeaux, Révérant le saint lieu, poidus à des rameaux.
Eux dévots, arrivés au devant de la porte , Sahièient Palba, qui la Goi^one porte * , Et le petit Baoehus, qui, dans ses doigts marbrins. Tient «m pampre chargé de grappes de raisins : Se lavent par trob fois de Teau de la fontaine , S^snrait par trois fois de trois plis de verveine,
» r%/vii ff^M* r rH«9r. ^«i i.*»-*» • Uk «Me .«r te Cr«^?9« placcc ait
Trois fois entournent Fantre, et d^une basse ioix Appellent de Meudoo les Nymphes par trois fois , Les Faunes, les Sylvains, et tous les dieux sauvages Des prochaines forêts, des monts et des bocages : Puis', prenant hardiesse, ils entrèrent dedans Le saint horcenr ■ de Tantçe, et comme tout ardents De trop de déité , sentirent leur pensée De nouvelle fureur brusquement insensée.
Ils furent ébahis de voir le partiment ' , En un lieu si désert, d'un si beau bâtiment : Le plan , le. frontispice , et les piliers rustiques , Qui effacent l'honneur des colonnes antiques ; De voir que l'artifice avait portrait les murs De divers coquillage en des rochers si durs ; De voir les cabinets , les chambres et les salles , Les terrasses, festons, guillochis et ovales. Et l'émail bigarre, qui ressemble aux couleurs Des prés, quand la saison les diapré de fleurs : Ou comme Parc-en-ciel qui peint, à sa venue. De cent mille couleurs le dessus de la nue.
Lors Bellot et Perrot ( de tels noms s'appelaient Les pasteurs qui par l'antre en révérence allaient) Ne se peuvent garder de rompre le âlence, Et, le premier des deux , Bellot ainsi commence :