BELLIN
Ne bougeons, mon Perrot, l'ombre du chêne est bonne : Ici, parmi les prés , la belle herbe fleuronne ; Ici, les papillons peints de mille couleurs Et les mouches à miel volettent sur les fleurs : Ici, sur les ormeaux, se plaint la tourterelle , Ici, le colombeau baise sa colombelle , Philomèle se deult, et d'un gentil babil Progné^ d'une autre part, lamente son Ityl ^
De vous deux une églogue à l'envi soit jouée : Perrot, les loups m'ont vu ^ , ma voix est enrouée, Je ne saurais chanter, et quand je le voudrais (Je jure par ton bouc ) qu'encor je ne pourrais : Car on m'a pris d'emblée à cette matinée L'anche de mon bourdon 4 que tu m'avais domiée. J'ai bien vu le larrou qui s'enfuyait de moi , Et tant plus à Thenot ^ je le montrais au doigt, Plus il gagnait le bois, et se cachait derrière
• T'ergotter : te drewer sur la . .. ï.npi McirUi vr«l«»rc priori-i. pointe des pieds. (Vihg., Égiog,l\, 5*.)
* It^f oa Itys, fils de Térie et de Pro- * Bourdon : instrument de musique gné. Voir OviD., Métam,, VI, 412. flûte, hautbois.
' Proverbe latin : ^ Thenot : Etienne Jodelle.
112 LES ÉGJJOGUES,
( AGn qu'on ne le vit) d'une épaisse roncière.
PEBBOT.
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on voit force larrons Entre les pastoureaux : par tous les environs De ces prochains taillis on ne voit autre chose. C'est pourquoi mon mâtin toute nuit ne repose , Et ne fait qu'aboyer. Bellot, encore hier, Comme il dormait seulet sous Fombre d'un coudrier. Perdit sa chalemie > et son pipeau d'avoine. Qui valaient bien d'achat quatre toisons de laine.
Depuis je vis Thoumin, qui, dans le carrefour Où tu vois cette coudre % enflait tout à l'entour Les veines de son col pour vouloir contrefaire Bellot , mais le pipeau ne le voulait pas faire , Ains, d'un son misérable, invitait par les champs Les geais et les piverts à répondre à ses chants.
Et moi, j'ai bien perdu ma loure ^ tout entière. Que Pemet déroba dedans ma panetière.
Je balai mon mâtin après le larronneau , Qui si près le suivit, qu'il le prit au manteau : Il se sauva pourtant, et de fa loure mienne SoDne toujours depuis , et jure qu'elle est sienne. Janot sait bien que non, car il me Ja bailla, Et de nuit et de jour curieux travailla Pour m'en faire jouer, contrefaisant la Muse Du pasteur qui flûtait aux bords de Syracuse 4.
iNe laisse pour cela, mon Bellot, de chanter : Les bois ne sont pas sourds^, tu les peux enchanter. Écho nous répondra , et nous ferons égales ' Nos rustiques chansons à la voix des cigales.
*Sa ehalemiè : son cbalameau. * Théocrite. ;siIv.r
' Coudre : coudrier. ^ Non canimus iar>lis : mponarnt uiiini.i
> fMur» : inufffte. (^»Mm ^f'-. *• » )
Chantons l'un après Tautre , et en cette façon Que Phébus aime tant, disons une chanson.