LES PASTEURS CARLIN^ XANDRIN^ LANSAC
Deux frères pastoureaux, qui avaient pris naissance De Pan (*), qui commandait naguères à la France, Tous deux d'âge pareil , se rencontrant un jour. Apprirent aux forêts à parler de Tamour : Tous deux avaient appris d'enfler les cornemuses. L'un dessous Amyot (**), grand ministre des Muses, Et l'autre dessous Selve (***), à qui Phébus donna Sa lyre et son laurier, quand il le couronna.
Tous deux étaient savants, bien appris à semondre ', Bien appris à chanter, bien appris à répondre : Tous deux apparaissaient miracle de leur temps , Faisant naître des fleurs plus tôt que le printemps. Comme Carlin, un jour/ retournait de la chasse (L'un avait nom Carlin*, l'autre Xandrin^), il passe Auprès d'une fontaine , où son frère Xandrin Paissait ses gras agneaux de vert trèfle et de thym : Aussitôt que Carlin l'aperçut, il s'écrie :
Xandrin^ gentil pasteur, chantons, je te supplie :
' À Bemondre : à attaquer; do latin ' Henri Ul, qa'on nommait Alezan* 9ulnnon0re, avertir. dre dans sa jeanene.
> Cliarles IX.
(*) Le roi Henri II. RoosaM lai donne fréquemment ce nom dans ses Êglogaes.
(**) Amyot, grand aumônier de France et précepteur du roi Charles IX, tradacleur de Plutarque.
{***) Salve, premier président à Milan sous François I«' et précepteur Oc Henri 111.
114 LES ÉGLOGLJ-S.
Tous les bergers de France ont estime de toi , Que tu es plus savant à bien chanter que moi : Je viens pour t'essayer, et te faire connaître. Qu'en Fart de bien chanter, je ne trouve mon maître.
XANDRÎN.
Carlin , gentil berger, je suis prêt de chanter : Mais avant le combat il ne faut te vanter. Approche, je suis prêt : je te ferai connaître. Qu'eu l'art de bien chanter, je ne trouve mon maître. Mais que veux-tu gager?