CARLIN
Tout ce que tu voudras.
Je gage deux agneaux, gage deux chevreaux gras.
XANDRl?i.
En lieu de tes agneaux, je veux mettre une tasse { Qui quatre fois le prix de ton gage surpasse ; Nouvellement tournée encores elle sent La cire et le burin : une vigne descend Tout à Tentour des bords, qui, de raisins chargée, Est de quatre ou de cinq pucelles vendangée : L'une tient un panier, l'autre tient un couteau ; Et l'autre, à pieds déchaux*, gâche* le vin nouveau Qui semble s'écouler en la tasse profonde.
A l'ombre de la vigne est une Nymphe blonde, A cheveux déliés , qui se couvre le flanc, I^es cheveux et le sein d'un petit linge blanc : Deux Satyres cornus sont auprès de la belle , Qui ont les yeux enflés de trop veiller pour elle ,
1 Déehaux : déchanssés, nns. ' Cache : fnale, mélange.
(*) Toole ceUe description de la coupe est imitée de Ttiéocrite IdjIU I, vers 2h et s>uiv.
LES EGLOGirtS. t\S
Blessés de son amour : mais peu se chaillant ' d'eux , Quelîuefois de sur Tun, quelquefois sur les deux Mignotte son regard , et se prend à sourire Leur donnant le martel , et ne s'en fait que rire.
Un pécheur est assis au bord du gobelet , Quiy courbé , fait semblant de jeter un iilet £n la mer, déployant les plis de son entorse % Puis de mains et de nerfs et de veine s'efforce Le retirer sur Teau : ses muscles grands et gros S'enflent depuis son chef jusqu'au bas de son dos : Tout le front lui dégoutte , et bien qu'il soit vieil homme , liC labeur toutefois ses membres ne consomme , Tant il est cru ^ vieillard, et diriez à le voir Qu'il sue, et qu'il ahanne^, et ne le peut ravoir; Ma lèvre au gobelet n'a touché pour y boire : Tu l'auras toutefois si tu as la victoire.
CABLIN.
Je gage une musette au lieu de ton vaisseau % Qui mé coûte eu argent la valeur d'un taureau, Que d'un ligneul ^ ciré au genou j'ai fait coudre : Son ventre est peau de cerf, ses anches sont de coudre , Son bourdon est de buis , son pipeau de prunier. C'est un chef d'œuvre grand : Sel vin, ce bon ouvrier, En ces bois, l'autre jour, me la vendit bien chère : Je la voulais donner à Margot?, la bergère, Margot, qui par les bois garde ici comme nous Les troupeaux de Catin ^ , et fait la guerre aux loups.
I Se ehaillant : se souciant; on dit * Qu'il ahanne : qu'il est hors d'ba*
encore dans le style familier : peu leine.
m'en chant. 5 F aisseau : vase,
'.£n*or*a; torse. ^Ligneul: fil.
* Cru : vert, vigoureux. ^ ,. .. ^ «
,,.,„... , ' Margot : Marguerite de Navarre.
( Viao., /En., VI, 3o4. ) * Catin : Catherine de Médidfl.
116 LES ÉGLOGUBS.
XÀNDBm.
Qui sera notre juge ^ et voudra, sans faveur, Donner au mieux disant la victoire et l'honneur ? Appelons ce pasteur qui est docte en musique , Qui de tels différends entend bien la pratique : C'est celui que mon chien aboie : vois-tu pas Comme gaillard il vient devers nous le grand pas ? A voir sa panetière et sa grise jaquette , Son chapeau fait de jonc , sa fronde et sa houlette , C'est le pasteur Lansac ' , des Muses le souci , Dont le renom s'honore en autre part qu'ici : Le Tibre l'a connu , et les eaux argentines De la Touvre > qui court toute blanche de cygnes.