CEUR DU ROI FRANÇOIS PREMIER
Bien-heureuse et chaste cendre, Que la mort a fait descendre Dessous Toubli du tombeau :
Tombeau, qui vraiment enserre Tout ce qu'avait notre terre D'honneur, de grâce et de beau.
Comme les herbes fleuries Sont les honneurs des prairies , Et des prés les ruisselets, De l'orme la vigne aimée , Des bocages la ramée , Des champs les blés nouvelets :
Ainsi tu fus , ô princesse l ( Ainçois plutôt , ô déesse ! ) Tu fus la perle et l'honneur Des princesses de notre âge , Soit en splendeur de lignage.
Soit en biens , soit en bonheur.
II ne faut point qu'on te fasse Un sépulcre qui embrasse Mille termes' en un rond,
' Termes : colonnes.
Pompeux d'ouvrages antiques, Et brave en piliers doriques Elevés à double front.
L'airain, le marbre et le cuivre Font tant seulement revivre Ceux qui meurent sans renom, Et desquels la sépulture Presse sous même clôture Le corps , la vie et le nom.
Mais toi , dont la renommée Porte d'une aile animée, Par le monde, tes valeurs , Mieux que ces pointes superbes, Te plaisent les douces herbes , Les fontaines et les fleurs.
Vous, pasteurs, que la Garonne D'un demi-tour environne , Au milieu de vos prés verts.
Faites sa tombe nouvelle , Gravez un tableau sur elle.
Du long cercle de ces vers :
Ici la Reine sommeille. Des reines la nonpareille.
Qui si doucement chanta :
C'est la reine Marguerite , La plus belle fleur d'élite Qu'oncques l'Aurore enfanta.
Dites à vos brebiettes.
Fuyez-vous-en, camusettes» ,
^Camu»ettet:txpre$êion fréquente désigner les brçbis, qui ont le ne« (iuu les Éclogttes de Ronsard , pour camus.
Gagnez Tombre de ce bois ; JVe broutez en cette prée :
Toute rherbe en est sacrée »
A la nymphe de Valois.
Dites qu'à tout jamais tombe La manne dessus sa tombe ; Dites aux filles du ciel :
Venez, mouches ménagères, Pliez vos ailes légères, Fattes ici votre miel.
Dites leur : troupes mignonnes , Que vos liqueurs seraient bonnes , Si leur douceur égalait La douceur de sa parole , Lors que sa voix douce et molle Plus douce que miel coulait !
Semez après mille roses , Mille fleurettes décloses, Versez du miel et du lait :
Et pour annuel office , Répandez en sacrifice Le sang d'un blanc agnelet.
Faites encore à sa gloire ( Pour en fêter la mémoire ) Mille jeux et mille ébats :
Votre reine sainte et grande Du haut ciel vous le commande :
Pasteurs , n'y Caillez donc pas !
lô! iô"! Marguerite,
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LES ÉGLOGUÈÇ. 131
Soit que ton esprit habite Sur la nue, ou dans les champs Que le long oubli couronne ', Ois ma lyre qui te sonne » , Et favorise mes chants.
* Les Champs Élysèes. ^ Te sonne : te chante.
FIN DES EGLOGUES.
Mascarade et cartels ont pris leur nourriture, L'un des Italiens , l'autre des vieux François , Qui erraient tous armés par désert et par bois , Accompagnés d'mi nain, cherchant leur aventure.
L'honneur, des nobles cœurs généreuse pointure'. Les faisait par cartels défier aux tournois ( Ou nus en un duel, ou armés du pavois > ) Ceux qui forçaient les lois , le peuple et la droiture.
L'accort^ Italien, quand il ne veut bâtir Un théâtre pompeux , un coûteux repentir, La longue tragédie en mascarade change.
Il en est l'inventeur : nous suivons ses leçons, Comme ses vêtements ses mœurs et ses façons : Tant l'ardeur des Français aime la chose étrange^.
■ Qai aignillonne les nobles oœnrt. * Jeeqrt: adroit. ' ' PawHs : booelier. * Étrange : étrangère.