LE PREMIER LIVRE
Toujours entier et sain sans amoindrir ni croître.
Nous autres ,. journaliers , nous perdons la mémoire Des siècles jà coulés, et si ne pouvons croire Ceux qui sont à venir, comme nés imparfaits, Encroûtés d'une argile et d'un limon épais , Aveugles et perclus de la sainte lumière , Que le péché perdit en notre premier père : Mais ferme, tu retiens dedans ton souvenir Tout ce qui est passé et ce qui doit venir : Gomme haute déesse, étemelle et parfaite , Et non ainsi que nous de masse impure faite.
Tu es toute dans toi ta partie et ton tout , Sans nul commencement, sans milieu ni sans bout, Invincible, immuable, entière et toute ronde, r^'ayant partie en toi qui en toi ne réponde , Toute commencement, toute fin, tout milieu Sans tenir aucun Heu^ de toutes choses lieu , Qui Élis ta déité en tout partout étendre, Qu^on imagine bien , et qu'on ne peut comprendre.
Regarde-moi, déesse au grand œil tout voyant. Reine du grand Olympe au grand tour flamboyant, Grande mère des Dieux , grande dame et princesse. Si je Tai mérité , concède-moi , déesse , Concède-moi ce don : c'est qu'après mon trépas (Ayant laissé pourrir ma dépouille çà bas) Je puisse voir au ciel la belle Marguerite, Pour qui j'ai ta louange en cet hymne décrite.
I^e bûcheron qui serre en sa main la cognée, Entré dedans un bois pour faire sa journée ,
(*) À Henri II, roi de France.
Ne sait où commencer : ici le tronc d'un pin Se présente à Touvrier, là celui d'un sapin ; Ici du coin de l'œil marque le pied d'un chêne , Là celui d'un fouteau ' , ici celui d'un frêne : A la fin, tout pensif, de toutes parts cherchant I^uel il coupera , tourne le fer tranchant Sur le pied d'un ormeau, et par terre le rue, Pour en faire une nef, ou faire une charrue.
Ainsi tenant aux mains le luth bien apprêté , Entré dans ton palais , devant ta Majesté, Je doute ^ tout pensif, quelle vertu première .De mille que tu as sera mise en lumière. Tes vertus, tes grandeurs , ta justice et ta foi , Ta bontés ta pitié , d'un coup s'offrent à moi , Ta vaillance au combat , au conseil ta prudâice : Ainsi je reste pauvre, et le trop d'abondance D'un si riche sujet m'engâ^de de penser De toutes à laquelle il me faut commencer. Si faut-il toutefois qu'à l'une je commence : Car j'oîs déjà ta voix d'un côté qui me tance , Et de l'autre côté je m'entends accuser De ma lyre, qu'en vain je la fais trop muser *.
' Fwteau s hêtre; de fagu$. ^ Muser : languir, tarder.