SES FO£MES
Mais tu t'en vas, larron de mon bonheur, N'ayant de quoi défendre mon honneur.
Arrête un peu , souffre que je te baise , Pour rafraîchir cette amoureuse braise , Qui m'ard ' le cœur, et qu'en cent mille lacs Ton col aimé j'enlace de mes bras.
Mais où fuis-tu! tu n'as ni mât, ni voile. Robes, habits, ni chemises, ni toile Pour te vêtir, ni vivres pour manger : Attends au moins , vagabond étranger.
Que je t'en donne , afin que la famine Ne te consomme errant sur la marine.
Ainsi tu vois que bénin est mon cœur, Le tien de fer, acéré de rigueur.
Inexorable , impitoyable et rude , Qui pour le bien m'uses d'ingratitude , Cœur de lion, de tigre et de rocher, A qui l'on peut justement reprocher Qu'étant issu du genre Sisyphide , Rien ne te plaît que fraude et qu'homicide.
A tant se tut : mais Ulysse toujours, Sans s'émouvoir, dola » par quatre jours Tillac, carène, et les fentes étoupe De lente ' poix : il cheville la poupe , Ferre la proue^ et poussant plus avant Sa barque en mer, courbe la voile au vent, Le jour cinquième, et laissa loin derrière Ile , déesse , et larmes et prière.
Ces vers , Baïf, ami des bons esprits , Je chante au lit quand la fièvre m'a pris ,
< ^rd: brûle; dnlatia.ordM'tf. ^ Lente : glnanU, Tisqucuc} un»
^ Oçla : rabota. du latin, Univs»
308 LE PBBMIEfi LIVBS
Pour mieux channer le chagrin qui me ronge, Me consolant ( soit que je veille ou songe ) Par poésie, et ne veux autre bien :
Car ayant tout,sans elle je n*ai rien.