A TRÈS-VERTUEUX SEIGNEUR LOUIS DE NOOARBT
DUC D EPERNON^ PAIR AT GOLONBL DE L'iNFARTfiiiE DE FRANCS.
Le jour que tu naquis, les trois Parques chenues S Fortune et la Vertu, main à main^sont venues Danser à ton berceau, et t'ouvrant leur tetin, T'allaitant et baisant^ chantèrent ton destin.
« Enfant, qui prends du ciel ta naissance première. Vois ce jour qui te rit d'une belle lumière : Viens, citoyeu du monde, et tout en-astré d'heur * ; Porte au front dès le naître un signal de grandeur ; Crois donc pour surmonter toute fortune extrême, Ne connaissant qu'un roi, tes vertus et toi même.
« Sitôt que la vigueur de râge,qui permet D'endosser le hamois et d'afTubler Tarniet, T'aura fait artisan des métiers de Bellonue ^, Pour servir ton Henri, son sceptre et sa couronne, Je te vois renverser chevaliers et soldars, £t d'actes valeureux égaler le dieu Mars ; Je te vois de corps morts ensanglanter la plac«. Je vois rouge ta main, rouge ta coutelace ^
* Chenue» : à cbeTeux blancs , hear par rinflaence des astres. eatue, ^ Propre au métier de la {{uerre.
3 En-astré d'heur: entooré de bon- * Coutelace : coutelas, glaive.
9H LE »B€OND LIYBB
Dtt laog des enneims, et, marchant le premier, Te GOtiromi» le front de palme et de laurier.
« Je te vois tout armé, de tes bandes armées , D'un long ordre suivi, comme plis de fumées, Entre-éclairés de feux et de brasiers épais Oui se pressent l'un l'autre, et se suivent de près ; Ou coname on voit en mer les entorses < des ondes S'enfler dessous le vent, secondes sur secondes , Suivre le maître flot, qui bruyantes s'en vont Se rompre d'un grand heurt contre le premier front D'un rocher opposé. Ainsi suivront les bandes. File à file tes pas, tant que tu leur commandes D'aller heurter le mur d'un rempart ennemi, Pour l'emporter d'assaut : ou te suivre parmi L'escadron plus serré des troupes que la guerre Mettra devant tes mains pour en paver la terre.
« L'aigle de l'aigle naît : le lion généreux Engendre le lion : d'un père valeureux. Valeureux comme lui , tu as pris ta naissance, Et d'un roi tu prendras ta gloire et ta puissance ^ Mais quand les corselets' auront fait place aux lois. Et qu'au râteau la lance et au croc les hamois Pendront froids et rouilles, et la divine race D'Astrée embellira les terres de sa face : Alors, durant la paix, plein d'un soin nonpareil, Je te vois le premier assister au conseil. Les affaires d'état en ton esprit comprendre. Et des peuples les lâœurs et la police entendre : Afin qu'en guerre armé, et en pair désarmé. Tu sois chéri du prince, et des peuples aimé : Ministre des deux temps : car l'homme en vain s'efforce,
* BvtortM : replia. 3 conàUia : cairaMo*.
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S'il n'étreint d'un lien < la prudence et la force. »
La Parque ainsi parla. La Vertu d'autre part, Jetant sur ton berceau doucement son regard, Enflant sa bouche ronde*, inspira son haleine Sur toi, pour te remplir des biens dont elle est pleine : Afin qu'on ne vit point les peuples étonnés Des honneurs et des biens qui te seront donnés : Les ayant à bon droit par peine et par mérite, £t non par la faveur qui s'envole si vite.
Fortune vint après : qui, te prenant la main , Et ton corps tendrelet réchauffant à son sein , Et ta bouche arrosant du lait de sa mamelle, Te dit : « Mon cher enfant ( car ainsi je t'appelle, D'dtitant que parsus tous tu m'es le plus à gré). Quand mon heureuse main f aura mis au degré Le plus haut des honneurs dont souvent je me joue. Je te serai constante, et casserai ma roue ; Mes ailes je romprai en ta faveur, afin Que ton crédit soit ferme, et ne bronche à la fin ; Mais sans jamais bouger de ta place assurée, Tu conserves ton Heu d'étemelle durée.
Jusqu'au jour que, plein d'ans, des Muses protecteur, Tu retournes de terre à ton premier facteur. »
A-tant^ , sur ton berceau ces déesses mêlèrent Des roses et des lis, puis au ciel revolèrent.
' S'il n'étreint d'un lien : s'il ne rco- GroiU iogeaiuin, GraiU dédit ore rotundo
nll^ Masa loqui...
» Ronde : harmonieuse. Horace a {Epiu.adPis,, m.)
dit : • ^ Autant : alors.