AU ROI HENRI II
Sire, quiconque soit qui fera votre histoire, Honorant votre nom d'étemelle mémoire.
Afin qu'à tout jamais les peuples à venir De vos belles vertus se puissent souvenir :
Dira, depuis le jour que notre roi vous fûtes. Et le sceptre français en la dextre reçûtes. Que vous n'avez cessé en guerre avoir vécu. Maintenant le vainqueur, maintenant le vaincu.
Dira que votre esprit, très-magnanime Prince , Ne s'est pas contenté de sa seule province. Mais par divers moyens, et par diverses lois A tenté d'augmenter l'empire des François : Et si fortune, adverse aux braves entreprises De votre Majesté , ne les a toutes mises A bien heureuse fin, toutefois on a vu Que vous avez osé et que vous avez pu. Du premier coup d'essai Bologne (*) vous gagnâtes , Dedans les eaux du Rhin (**) vos chevaux abreuvâtes, L'Ëcossais (***), dont le sceptre est maintenant à vous, S*est fait grand par votre aide, et l'Anglais, qui de coups Se sent encore douloir % mêmes en votre absence A connu que pouvait votre forte puissance : Vous fîtes tout soudain par les eaux de la mer. Bien loin du bord français vos navires armer. Et comme aventureux, vous conquîtes par force. Malgré le Genevois, la belle île de Corse (****) , Malgré le Florentin avez dessous vos lois Gouverné par trois ans le peuple Siennois (*****), Et sous le magnanime et sage duc de Guise,
I Douloir .'soutfrir, être malade; da latin, cfolfrv.
(*) Henri II fit son entrée le 15 mai 1550 dans la ville de Boulogne cédée par les Anglais.
(**) Conqaéie des trois évéchés. Entrée en Allemagne (1552).
(***) L'Ecosse envahie par les Anglais (1547) se jette dans les bras de la France, et offre la main de la petite reine Marie Staart au dauphin François.
(****) Ck>ucruéte de la Ck)rse (1553).
(*****) Sienne se met sous la protection de la France (1557).
INaples, de droit française, en frayeur avez mise (*). Vous avez de Calais regagné votre port (**) , Que les rois vos aïeux ont estimé si fort ' , Que non du seul penser Tosèrent entreprendre : Vous l'avez entrepris et si lavez su prendre. Bref, vous êtes le roi qui plus avez été Et en guerre et en paix, qui plus avez tenté Le hasard de fortune, et comme sur sa roue Des princes et des rois se remoque et se joue , Elle vous a montré que peuvent les combats. Aucune fois en haut, aucune fois en bas (***) Elle vous a tourné : pour exemple qu'au monde Un roi, tant soit-U grand, d'infortunes abonde.
Or, après mainte guerre et mainte trêve aussi. L'un des princes lorrains avec Montmorenci Ont ramené la paix, il faut bien qu'on la garde : Ceux qui la gardent bien, le haut Dieu les regarde. Et ne regarde point un roi de qui la main Toujours trempe son glaive au pauvre sang humain. Sire, je vous suppli' de croire qu'il vaut mieux Se contenter du sien, que d'être ambitieux Sur les sceptres d'autrui : malheureux qui désire. Ainsi comme à trois dés , hasarder son empire. Sous le jeu de Fortune, et auquel on ne sait Si l'incertaine fin doit répondre au souhait.
Que désirez- vous plus? votre France est si grande! L'homme qui n'est content et qui toujours demande, Quand il serait un Dieu, est malheureux, d'autant
* Si fort : si redoutable , difflcile à prendre.
(*} Lltalie envahie par une armée française sous les ordres da dac deGaise (I557).
(**) Calais pris par le duc de Guise, 21 Janvier 1558.
(***) Allusion à la baUilie perdue le lo août 1557, près de Soiol* Quentin , le jour de saint Laurent.
DES POESIES. 31 f
Que toujours il désire et n'est jamais content.
Or, Prince, imaginez des Flamands la victoire . Quel honneur auriez-vous d'une si pauvre gloire, D'avoir un roi chrétien comme vous, enchaîné, Et par votre Paris en triomphe mené?
Il voudrait mieux chasser le Turc hors de la Grèce, Qui misérable vit sous le joug de détresse. Que chasser de sa ville, ou d'assommer de coups Un peuple en Jésus-Christ baptisé comme vous.
Il voudrait beaucoup mieux, vous qui venez sur Tâge, Jà grison, gouverner votre royal ménage, £t vos petits enfants encores aux berceaux. Qu'acquérir par danger des sceptres tout nouveaux ; Il vaut mieux vivre en paix, c'est-à-dire bien vivre. Ou bâtir notre Louvre, ou lire dans un livre, Ou chasser es forêts, que tant vous travailler, £t pour un peu de bien si longtemps batailler. Que souhaitez- vous plus.^ la fortune est muable : Vous avez fait de vous mainte preuve honorable : Il suffît, il sufQt : il est temps désormais Fouler la guerre aux pieds, et n'en parler jamais. Pensez-vous être Dieu? l'honneur du monde passe : Il faut un jour mourir quelque chose qu'on fasse : Et après votre mort, fussiez vous empereur. Vous ne serez non plus qu'un simple laboureur. Donc, Sire, puis que Dieu qui de votre couronne Et de vous a pris soin , Paix, sa fille, vous^onne, Présent qu'il n'avait fait aux princes vos aïeux , Gardez bien ce joyau, il vous enrichit mieux Que s'il avait dompté par une longue guerre, Dessous votre pouvoir, l'Espagne et l'Angleterre. Sus donc, embrassez-la, et embrassez aussi Cet honneur de Lorraine et de Montmorenci Qui, par divers moyens d'une entreprise sage,
L'ont faite a votre honneur et à votre avantage.
O Paix, fllle de Dieu, qui nous viens réjouir. Comme Taube du jour qui fait épanouir Avecques la rosée une rose fleurie Que Tardeur du soleil avait rendu flétrie : Après la guerre ainsi, venant en ce bas lieu, Tu nous as réjouis, ô grand'fllle de Dieu.
Giasse, je te suppli*, la guerre et les querelles, Bien loin du bord chrétien, dessus les infidèles, Turcs, Parthes, Mammeluks, Scythes et Sarrasins, Et sur ceux qui du Nil sont les proches voisins : Pends nos armes au croc, et, en lieu des batailles. Attache à des crampons les lances aux murailles. Et que le coutelas au sang humain souillé. Pendu d'une courroie au fourreau soit rouillé. Et que le corselet au plancher se moisisse, Et Taraigne à jamais ses filets y ourdisse.
Donne-nous que celui qui sera le inoyen ■ Entre ces deux grands rois de rompre ton lien. Meure trahi des siens d'une plaie cruelle. Et qu'aux champs les mâtins lui sucent la cervelle : Que ses enfants bannis puissent mourir de faim. D'huis eu huis, sans trouver qui leur jette du pain.
Donne-nous que celui qui mettra soin et peine De te faire régner, voie sa maison pleine De faveurs et de biens, et qu'il voie fleurir Ses enfants en honneur avant que de mourir.
Donne-nous tout cela : donne-nous davantage. Afin que le repos n'énerve le courage De Henri notre prince en jeux voluptueux. Qu'il soit pour tout jamais (comme il est ) vertueux,
' La cause, roccaaîoo.
Que son esprit s'adonne aux choses d'importance , Et , qu'imitant son père, il aime la science, Afîn qu*au temps de paix il fleurisse en savoir, Autant qu'il fit en guerre, en force et en pouvoir.
DU KETOUR d'aNNE DE MONTMORENCY, CONNÉTABLE DE FRANCE.
A ODET, CAflDlNAL DE CII4T1LLON.
On ne doit appeler tandis qu'il vit ici. Un homme bien heureux ni malheureux aussi : Tout çà-bas est douteux : la seule heure dernière Parfait notre bonheur, ou bien notre misère. Tel fleurit aujourd'hui qui demain flétrira. Tel flétrit aujourd'hui qui demain fleurira : La Fortune gouverne, et en tournant sa roue, Rit de notre conseil, et de nos faits se joue.
Rien n'y sert, la raison ni la force de coeur. Noblesse ni parents, richesse ni faveur. Ni même la vertu, ni la philosophie Qui s'arme en son savoir : la Fortune défie Les humaines raisons, et sans avoir lié Sa force à nos conseils, les écarbouille au pied : Force qui n'a jamais notre plainte écoutée. Qui dompte tout le monde, et n'est jamais domptée : Ne vois-tu, mon Odet, que le même destin Qui nous fit malheureux aux murs de Samt-Quentin, Lui-même notre deuil change en réjouissance. Redonnant aujourd'hui ton oncle en notre France \*) ?
(•) Anne de Montmorency, blessé d'un coup de pistolet le 19 décembre
1562, à la bataille de Dreux, fut fait prisonnier et rendu à la Uljerté eu
1563, par le traite d'Amboise.
La France était malade eu l*absence de lui, Soupirait son malheur, se tourmentait d'ennui, Frappait son estomac, de pleurs était couverte. S'arrachait les cheveux, et lamentait sa perte.
' Comme un petit enfant que sa nourrice avoit Allaité longuement, pleure s'il ne la voit^ De ses petites mains au berceau se tourmente, En soupirant rappelle, et toujours se lamente. D'une voix enfantine, et ne veut s'éjouir. Jusqu'à tant qu'il la voie ou qu'il la puisse ouïr :
Mais sitôt qu'il la voit, en lui riant s'apaise. Lui embrasse le col, et doucement la baise : Elle en ses bras l'échauffé, et depuis le matin Soigneuse jusqu'au soir le pend à son tetin : Ainsi toute la France , à l'heureuse venue De ton oncle captif, joyeuse est devenue. Revoyant de retour celui qui tant de fois L'avait si bien servie , en bien servant nos rois.
Elle s'est réjouie, ainsi qu'on voit la terre En avril s'égayer, quand le printemps desserre Les huis de la nature, et quand l'hiver neigeux A mis à part sa grêle et ses vents orageux. Adonques par les prés les fleurs s'épanouissent, Et avecques le Ciel les terres s'éjouissent : Ainsi toute la France et ses états aussi Se sont tous réjouis, voyant ton oncle ici. Le pauvre laboureur qui conduit sa charrue, Celui qui d'avirons la marine remue.
Le prêtre, l'avocat, et le noble qui tient L'épée à son côté, d'aise ne se contient ; Aius le montre par signe, et sautant de liesse, Foule la guerre aux pieds, le soin et la tristesse :
DES POLMES. 31b
Tant îi est de la France à bon droit estimé. Non de confiscations ni de biens afTamé, Que ' la seule vertu, sans reproche et sans vice, Que Fesprit vigilant et le loyal service Qu'il a fait à deux rois, de chevalier privé L*ont au plus haut degré de la France élevé (*).
Sus donc, France, sus donc, que gaillarde on te voie Parmi les carrefours dresser les feux de joie : Qu'on répande du vin, et que le peuple émeu D'allégresse, en dansant tout à Tentour du feu, Des chapelets de fleurs se couronne la tête. Et qu'à jamais le jour de son retour soit fête.
Sus donc, embrasse-moi ce seigneur désiré, Que hors de la prison tu eusses retiré, Aux dépens de ton sang et de ta propre vie, £t que le peuple avait de racheter envie, Si le Prince vainqueur eût de grâce permis Qu'une riche rançon en liberté Teût mis.
Rembrasse derechef ce vieillard honorable. Ton avisé Nestor, ton sage connétable.
Lequel à son retourne te ramène pas Querelle ni discord, ni guerre ni combats ; Mais la Paix bienheureuse à son retour arrive. Ceinte tout à Tentour des branches de Tolive.
Quel palme, quel laurier oserait couronner Ce grand Montmorenci, qui vient pour nous donner La paix, ayant défait le monstre de la guerre? Les belliqueux Romains qui vainquirent la terre,
* ElHpM pour lui que,..
(*) Montmorency reçut Tépée de connétable des mains de François I*' en 1538.
346 LE SECOND LIVAE
Ne pourraieut s'égaler à sa belle vertu, Pion pas ce Seipion, bien qu'il ait combattu Le vaillant Annibal, et reçu de Carthage Pour les siens et pour lui le surnom en partage ■ : Tïi le premier César qui mit dessous sa main, Par trop d'ambition, tout l'empire Romain.
Ce n'est pas de merveille, en suivant mainte année Les guerres, si Ton trouve une heure infortunée De perdre une bataille et d'être prisonnier : Cela souvent arrive à maint grand chevalier ; Mais tirer du profit de sa propre défaite. Et faire d'une guerre une amitié parfaite ; Accorder deux grands rois, et leur fléchir le cceur. Et faire le vaincu pareil à son vainqueur; Et d'un duc ennemi ' tirer une alliance, Et joindre étroitement l'Espagne avec la France D'un nœud qui pour jamais en amour s'entretient. Au seulMontmorenci cet honneur appartient; Qui plus a fait pour nous, que s'il avait par armes Déconfit tout un camp de cent mille gendarmes : D'autant que la vie est meilleure que la mort. Et que la douce paix vaut mieux que le discord.
Cependant, mon Odet, de la fortune amère Prends maintenant le fruit, en revoyant ton frère Et ton oncle en faveur à Fentour de leur roi. Qui plaignait leur malheur aussi bien comme toi ; Et apprends désormais pour chose très-certaine , Qu'il ne Êiut s'assurer de nulle chose humaine.
' Le fitraom d'AMeaiB. ' Le dae de Savoie.
A JEAN MOREL EMBRUNOIS (*).
Quand Jason^et la fleur de la vaillante Grèce, Portant leur mère au dos % surmontèrent la presse Des sablons de Libye, et à force de bras La poussèrent au lac, le parrain de Pallas * : Triton, le dieu de l'eau, découvrant jusqu'aux côtes Son beau corps monstrueux, pour caresser ses hôtes, Leur donna le présent le premier qu'il trouva : Ce fut un vert gazon de terre qu'il leva En hâte, l'arrachant de son rivage même. Et le mit en la main de l'Argonaute Euphème ^. Qui joyeux le reçut, bien qu'il ne pensât pas Que cette motte fût (comme c'était) grand cas ^.
Or, la nuit, il songea qu*une douce rosée De lait avait partout cette motte arrosée. Qu'il tenait chèrement embrassée en son sein, £t qu'elle se changeait en fille sous sa main, Et que lui, tout ardent de la grand'beauté d'elle. Accolait par amour cette jeune pucelle, Qui semblait dans le lit piteusement crier. Gomme une de quinze ans que l'on va marier.
Euphème, à son réveil, ne perdit la mémoire
' Allusion attx fables conteDues dans de la grande Syrte, et où on avait
le quatrième ehtinX Aee Argonautiques baigné Minervay sortant de la tête de
d'Apollonius. Leur mère : c'est le na- Jupiter.
vire Argo Ini-même qui portait les > voir ApoUonius, Argcmautiques,
gnerrieis dans ses flancs. chant IV.
' Le lac de Triton, situé à l'entrée * Grand, cas : chose importante.
(*) Gentilhomme d'Embrun auquel Ronsard avait dédié quelques sonnets.
348 LE SECOND tlVRE
Du songe merveilleux qu'il n'avait osé croire . Devant qu'il appelât à son conseil Jâson, £t lui eût dit le songe advenu du gazon. Lors Jason lui répond : « O Dieu que tel augure Promet d'heur et de bien à ta race future I Jette-moi cette motte au profond de la mer ; Les Dieux incontinent la feront transformer En fie qui sera la très-belle nommée, Thère % de tes enfants nourrice renommée, De tes nobles enfants, qui feront jusqu'aux cicux Débouche en bouche aller leurs faits victorieux. • Lors il jetta la motte à l'abandon de Tonde, Dont une tle se fit, la plus belle du monde.
Ainsi, mon cher Morel, la fleur de mes amis, Je t'ai offert le don le premier qui s'est mis De fortune en ma main, afin qu'en quelque sorte Je découvrisse au jour l'amour que je te porte. Comme voulant trop mieux te donner seulement Un don qui fût petit, que rien totalement, A toi qui as égard au cœur de la personne. Et non à la valeur du présent qu'on te donne.
Or ce petit labeur que je consacre tien, Est de petite montre *, et je le sais très-bien : Mais certes U n'est pas si petit que l'on pense : Peut-être qu'il vaut mieux que la grosse apparence De ces tomes enflés, de gloire convoiteux. Qui sont fardés de mots sourcilleux et venteux ^, Empoulés et masqués, où rien ne se décœuvre Que l'arrogant jargon d'un ambitieux œuvre.
Ne vois-tu ces châteaux, jusqu'au ciel élevés,
* L*Ue de Santorin nne dea Cyclades, dant d'Enptaémas. Bommie d'abord CaUistè, puis Tbêra, > Montre : apparence, lora de l'invasion de Thiraa, descea- » Venteux : gonflés de Tent,
Tofliber toujours devant qu*tls Soient parachevés ? S'Qs ne tombent du tout, volontiers quelque pierre Toujours de quelque part trébuche contre terre : En pendant que la salle ou la cuisine on fait, D'autre côté la chambre, ou la tour se défait.
Je te confesse bien que le fleuve de Seine A le cours grand et long, maïs toujours il entraîne Avec soi de la fange, et ses plis recourbés. Sans être jamais nets,sont toujours embourbés. Cest pourquoi de Cérès les ministres Mélisses ' , Voulant de leur déesse orner les sacrifices, Puisent en la fontaine, et non en ces torrents Qui tonnent d'un grand bruit par les rochers courants. Petits sonnets bien faits, belles chansons petites. Petits discours gentils, senties fleurs des Charités % Des Sœurs ^ et d'Apollon, qui ne daignent aimer Ceux qui chantent un oeuvre aussi grand que la mer, Sans rive ni sans fond, de tempêtes armée. Et qui jamais ne dort tranquille ni calmée. Peut-être que ce livre un jour se formera En vive renommée, et, volant, sèmera Tes honneurs par le monde, et ceux dont ton épouse Sa pudique maison d'artifice dispouse^, Et ne voudra souffrir que la dépite ^ mort Emporte avec le corps vos noms outre le bord Qu'on ne peut repasser, si ce n'est par ta barque Des vers qui font outrage^ à la cruelte Parque.
Mais tout ainsi, Morel, que par les beaux pourpris 7 ,
' Nom mystique qu'on donnait aux & Dépite : fâcheuse,
prêtresses des temples. • Qui lui ravisseot sa proie.
^ Charités: les Grâces; en £prer, Xà- "> Pourpris : enceinte. Le mot coro-
pixsç. menée ù vieillir : on le trouve encore
* Des Muses. dans la Fontaine :
* Uispouse : dispose. Les vertusdont .... Tout brille en re poarpris. ton épouse honore sa maison. {Phil. tt Baue,)
350 LE SECOND LITBE
Ou par les champs qui sont diversement fleuris. On voit errer Tabeilie, et de ses cuisseiettes Ne prendre également des prés toutes fleurettes. Mais avec prévoyance un jugement elle a De cueillir celle-ci, et laisser celle-là : Ainsi en feuilletant ce mien petit ouvrage , Tu sauras bien tirer ( comme prudent et sage ) Les vers qui seront fols, amoureux, éventés, D'avec ceux qui seront plus gravement chantés. Et plus dignes de toi, qui n'as Toreille atteinte Sinon de chastes vers d'une Muse très-sainte, Qui parle sagement, et qui point ne rougit * De honte, ni l'auteur, ni celui qui la lit.
Le sujet amoureux que maintenant je traite, Ne me veut concéder une plume discrète. Qui sans choix me fait dire, ore mal, ore bien, Ainsi qu'Amour le veut , qui m'a rendu tout sien : Imitant en ce point Nature ingénieuse, Qui met en même prée une herbe venimeuse. Tout auprès d'une bonne, et met dedans les cieux Un astre qui est bon, près d'un malicieux : Et même Jupiter le bien et le mal donne, De ses pipes * là haut, à chacune personne. Afin qu'homme ne soit parfait en ce bas lieu : Car la perfection appartient seule à Dieu.
t Seaa actif. feint que Jqpiter conserve en denxtoa*
3 Pipos : tonneaux, (^oy. Homère, qui neaax distincts les maux et les biens.)
l'exergige be l'esprit de l'homme.