DODU FEU ROI CH\RLES IX
Charles, tel que je suis vous serez* quelque jour : L'âge vole toujours sans espoir de retour. Et comme hors des dents la parole sortie , Ne retourne jamais après qu'elle est partie : Ainsi l'âge qui suit par les siècles cassé , Ne retourne jamais quand il nous a laissé.
Voyez au mois de mai sur l'épine la rose , Au matin un bouton, à vépre ■ elle est éclose, Sur le soir elle meurt : ô belle fleur, ainsi Un jour est ta naissance et ton trépas aussi.
Si châteaux , si cités de marbres étoffées , Si tant de vaillants rois ennoblis de trophées Vieillissent, je puis bien^ en imitant le cours De nature, décroître , et voir vieillir mes jours.
' À viptû : RU soir ; dn latin vespêr.
BBPORSE AUX VEBS PBECEDENTS.
Je vous passe, mon roi, de vingt et deux années : Mais les vôtres seront si soudain retournées, Qu*au prix du long séjour que Fait Tétemité , Qui les siècles dévore en son infinité , Vingt, trente, quarante ans, voire cent mille semblent Un grain près d'un monceau où tant de grains s^asseniblent Et qui meurt ce jourd'hui, soit riche ou souffreteux, Quant à Téternité , meurt à Fégal de ceux Qu'engloutit le déluge en Peau démesurée. Tout terme qui finit n'a pas )ongue durée; Et soit tôt ou soit tard , il faut voir le trépas , Et descendre au parquet des juges de là-bas. Heureux, trois fois heureux, si vous aviez mon âge! Vous seriez délivré de l'importune rage Des chaudes passions, dont l'homme ne vit franc Quand son gaillard printemps lui échauffe le sang.
De là l'ambition , de là la convoitise , De là vient la chaleur que Vénus nous attise , Et l'ire qui abat le fort de la raison , Ennemis inconnus du bon père grisou.
Vous verriez, mon grand prince, pn barbe vénérable , Votre race royale autour de votre table , Comme jeunes lauriers ; et, monarque puissant , Vous verriez dessous vous le peuple obéissant. Votre épargne fournie,, et vos villes françoises , Marchés, havres et ports, loin de civiles noises : Biche d'honneur, de paix , et de bien plantureux. Et, vieillard, vous seriez plus qu'en jeunesse heureux.
11 ne faut estimer que la mère Nature liCs saisons des humains ordonne à l'aventure , Comme un méchant comique en son théâtre fait Le premier acte bon , le dernier imparfait : Elle compose tout d'une mûre sagesse :
8 BÉP0N8E AUX VBfiS PfiÉCÉDENTS.
Si la jeunesse est bonne, aussi est la vieillesse (*)•
La jeunesse est gaillarde et discourt librement , Vieillesse a la raison , esprit et jugement : L'une a l'opinion et l'autre la prudence : L'une aime les oiseaux, chiens, amour, chevaux, danse : L'autre aime le bon vin , le bon lit, le bon feu . Ainsi toute saison diffère de bien peu , Et presque l'une à l'autre à l'égal se rapporte : Chacune a son plaisir, mais de diverse sorte.
Pourquoi , en vous moquant, me &ites vous ce tort De m'appeler squelette et lame de la mort , Et de me peindre aux yeux une fin si prochaine , Quand de mon chaud été je ne sors qu'à grand'peine ? Je n'entre qu'en automne , et ne peux arriver De vingt ans pour le moins aux jours de mon hiver. Et vous puis (si le ciel à ma vie est propice) Faire encore longtemps agréable service : Et quand le corps serait de trop d'âge dompté , L'âge ne peut forcer < la bonne volonté.
De force et de vigueur malgré moi je vous cède : Vous possédez la fleur, l'édorce je possède : Et je vous cède encore en généreux esprit. Qui m'appelle au combat par un royal écrit.
Et bref 9 s'il vous plaisait un peu prendre la peine De courtiser la muse, et boire en la fontaine Qui baigne d'Hélicon les vergers et le mont. Tout seul vous porteriez les lauriers sur le front : Un second roi François > ; de là viendrait ma gloire : Être vaincu d'un roi , c'est gagner la victoire.
' Forcer : détruire. ' U le compare'à Françoii !"•
(♦) Imité de Cioéron, De SenectuUy c. 6.
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