GAIETÉS
LES PLAISIBS BUSTIQUES.
En cependant que le pesteux> Automne, Tes citoyens Fun sur l'autre moissonne.
Et que Charon a les bras tout lassés D'avoir déjà tant de mânes passés :
Ici fuyant la ville périlleuse, Je suis venu près de Marne Hleuse, Non guère loin d'où le cours de ses eaux D'un bras fourchu baigne les pieds de Meaux, Meaux, dont Bacchuâ soigneux a pris la garde. Et d'un bon œil ses collines regarde, Riches de vin, qui n'est point surmonté Du vin d'Aï en friande bonté.
Non-seulement Bacchus les favorise.
Mais sa compagne >, et le pasteur d'Amphryse ^ L'une y faisant les épis blcmdoyer.
L'autre à foison les herbes verdoyer.
Dès le matin que l'Aube safranée*^ .
A du beau jour la clarté ramenée.
Et dès midi jusqu'aux rayons couchants.
Tout égaré je m'enfuis par les champs, A humer l'air, à voir les belles prées,
^LepesteuK: qui amène 1m mala- qui garda les troapeaax d'Admète
diei; du latin, p^stifer, pris de l'Ampbryse, rivière de Thes«
' Cèrèa. salle.
3 le patteur tTAmphryte : Apollon , * Safranée : coalear de safran, ctooea.
380 GAIBTÉS.
A contempler les collÎDes pamprées, A voir de loiù la charge des pommiers. Presque rompus de leurs fruits automuiers, A repousser sur l'herbe verdelette A tour de bras Téteuf < d'une palette, A voir couler sur Marne les bateaux, A me cacher dans le jonc des îlots :
Ore je suis quelque lièvre à la trace. Or' la perdrix je couvre à la tirace ', Or' d'une ligne apâtant l'hameçon Loin hors de l'eau j'enlève le poisson, Or' dans les trous d'une fie tortueuse Je vais cherchant l'écrevisse cancreuse, Or* je me baigne, on couché sur les bords, Sans y penser, à Tenvers je m'endors.
Puis réveillé ma guitare je touche, £t m'adossant contre une vieille souche, Je dis les vers que Tityre chantait^ Quand près d'Auguste encores il n'était. Et qu'il pleurait an mantouan rivage.
Déjà barbu, son désert héritage.
Ainsi jadis Alexandre le blond, Le beau Paris, appuyé sur un tronc, Harpait, alors qu'il vit parmi les nues Venir à lui les trois déesses nues.
Devant les trois Mercure le premier Partissait * l'air de son pied talonnier, Ayant aux mains la pomme d'or saisie, Le commun mal d'Europe et de l'Asie (*).
' Éte%f : petite balle , dont on se oUeanx. fcrt pour Joner à la panme. * Voir VirgUe , Égloç. , I.
* Tirace ; filet pour prendre les * Partiuaii : partageait, feadeit
(*) La Jalousie des déesses JanoQ et Pallas contre Yéoos, à qoi ^^ donna la pomme d*or, fat cause de la gaerre de Troie»
GAIETIÊS. 381
Mais d'autant plus que poète j'aime mieux Le bon Bacchus que tous les autres dieux, Sur tous plaisirs la vendange m'agrée, A voir tomber cette manne pourprée Qu'à pieds déchaux * un gâcheur fait couler Dedans la cuye,à force de fouler.
Sur les coteaux marche d'ordre une troupe ; L'un les raisins d'une serpette coupe ; L'autre les porte en sa hotte au pressouer, L'un tout autour du piv(^t fait rouer* La vis qui geint, l'autre le marc asserre^ En un monceau, et d'ais pressés le serre, L'un met à l'anche un panier attaché.
L'autre reçoit le pépin écaché 4, L'un tient le muid ^ ; l'autre le vin entonne ; Un bruit se fait, le pressoir en résonne.
Voilà, La Porte, en quel plaisir je suis , Or' que ta ville épouvanté je fuis, Or* que l'Automne épanche son usure, Et que la Livre ^ ajuste poids mesure La nuit égale avec les Jours égaux. Et que les jours ne sont ni froids ni chauds.
Je te promets qu'aussitôt que la bise Hors des forêts aura la feuille mise.
Faisant des prés la verte robe choir.
Que d'un pied pronipt je courrai pour revoir Mes compagnons, et mes livres que j'aime Plus mille fois que toi ni que moi-même.
' Déehaux : déchaaisés. écrasé.
* Rouêr : toonier. * Mutd : fftt pour recevoir le vin.
3 Alsserre : rassemble. ^ La JÀvre : la Balance , sigae du
* Le pépin êcaehé : sorti do raisin Zodiaqoê; do latin, Ubra,
GAIETES.
l'alouette.
Eh Dieu ! que je porte d'envie Aux plaisirs de ta douce vie, Alouette, qui de l'amour Dégoises dès le point du jour.
Secouant en l'air la rosée Dont ta plume est tout arrosée !
Dejrant que Pbébus soîl levé, Tu enlèves ton corps lavé, Pour l'essuyer près de la nue ; Trémoussant d'une aile menue , Et te sourdant ^ à petits bond».
Tu dis en l'air de si doux sons Composés de ta tirelire.
Qu'il n'est amant qui ne désire, T'oyant chanter au renouveau.
Comme toi devenir oiseau.
Quand ton diant t'a bien amusée, De l'air tu tombes en fusée, Qu'une jeune pucelle au soir De sa quenouille laisse choir.
Quand au foyer elle sommeille, Frappant son sein de son oreille :
Ou bien, quand en fliant, le jour, Voit celui qui lui fait Pamour Venir près d'elle à l'imprévue :
De honte elle abaisse la vue, Et son tors fuseau délié Tjoin de sa main roule à son pié • Ainsi tu roules, alouette,
> Te iowéaud : te êoalevmat.
Ma doncelette, mignonnette,
Qui plus qu'un rossignol me plais,
Qui chante en un bocage épais. , \
Tu vis sans offenser personne, Ton bec innocent ne moissonne Le froment, comme ces oiseaux Qui font aux hommes mille maux.
Soit que le blé rongent en herbe, Ou soit qu'ils Tégrainent en gerbe ; Mais tu vis par les sillons verts, De petits fourmis et de vers.
Ou d'une mouche, ou d'une adiée* Tu portes aux tiens la bêchée, A tes fils non encor ailés, D'un blond duvet emmantelés.
A grand tort les fables des poètes Vous accusent, vous, alouettes.
D'avoir votre père haï (*) Jadis jusqu'à l'avoir trahi, Coupant de sa tête royale La blonde perruque fatale.
En laquelle un poil il portait, En qui toute sa force était.
Mais quoi? vous n'êtes pas seulettes A qui la langue des poètes A fait grand tort : dedans le bois Le rossignol, à haute voix.
Caché dessous quelque verdure, Se plaint d'eux , et leur dit injure (**).
' jtehéê : nom vulgaire du lombric ou ver de terre.
(*) Voir Ovide , Métamorh, VIIl. Scylia, fille de Nisas , fut changée en Alouette et son père en épervier.
i*") Allusion aux fables de Térée, de Philomèle, de Procné et d'itys.
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Si fait bien Thirondelle aussi Quand elle diante son cossi ' ; Ne laissez pas pourtant de dire Mieux que devant la tirelire *, £t faites crever par dépit Ces menteurs de ce qu'ils ont dit
Ne laissez pour cela de vivre Joyeusement, et de poursuivre A chaque retour de printemps Vos accoutumés passetemps :
Ainsi jamais la main pillarde D'une pastourelle mignarde, Parmi les sillons épiant Votre nouveau nid pépiant, Quand vous chantez ne le dérobe.
Ou dans sa cage ou sous sa robe.
Vivez, oiseaux, et vous haussez Toujours en l'air, et annoncez De votre chant et de votre aile Que le printemps se renouvelle.
> ÇosH : Imitation do chant de l'iii- > Par onomatopée , le chant d« oi< rondelle, eeaax.