LE VOYAGE D^ARCUEIL
Debout! j'entends la brigade,
J'ois l'aubade De nos amis enjoués, Qui pour nous éveiller sonnent.
Et entonnent Leurs chalumeaux enroués.
GÀIETBS. 385
Pentr'oi»^ déjà la guiterre;
J'ois la terre Qui tressaute sous leurs pas :
rentends la libre cadence
De leur danse, Qui trépigne sans compas >.
Corydon , ouvre la porte ;
Qu'on leur porte , Dès la pointe du matin , Jambons , pâtés et saucisses ,
Sacrifices Qu'on doit immoler au vin.
Dieu gard' la savante trope :
Gallioppe Honore votre renom , Bellay, Baîf, etencores
Toi qui dores La France en For de ton nom^.
Le long des ondes sacrées ,
Par les prées , Couronnés de saules verts, Au son des ondes jasardes^,
Trépillardes^ A l'envi ferez des vers.
Moi petit, dont la pensée
N'est haussée Du désir d'un vol si haut, Qui ne permet que mon âme
j*entr*oit : J'entends on pea } da en Ifttin Juratus^ doré,
verbe «nir'oufr. * Jasardes : babiUardet ; de Jater,
3 Sans compas : BAnê mesure. & Trépillardes : tremblotante*; du
3 Le poète joue sur le nom de baarat, latin , trepidus,
GAIEXBS.
Se renflamme De l'ardeur d'un feu si chaud ,
En lieu de telles merveilles ,
Deux bouteilles -Je prendrai sur mes rognons , Et ce hanap à double anse ,
Dont la panse Sert d'oracle aux ocmipagnons '.
Voyez Unroy qui enserre
De lierre Son flacon plein de vin blanc; Et le portant sur l'épaule ,
D'une gaule^ Lui pendille jusqu'au flanc !
A voir de celui la mine
Qui chemine Seul parlant à basse voix, Et à voir aussi la moue
De sa joue, C'est le comte d'Alsinois.
Je le vois comme il galope >,
Par la trope, Un grand âne sans licou :
Je le vois comme il le flatte ,
Et lui gratte Les oreilles et le cou.
Ainsi les pasteurs de Troie,
Par la voie ' Guidaient Silène monté,
' Allusion à l'oracle de la dive boa> ^ 11 monte en galopant, teille. (Rabelais.) ' La voie : le ebemio.
OAIBTBS. M7
Prêèhant les lois de sa fête,
Et sa tête Qui lui penchait à côté.
Vigneau le suit à la trace,
Qui ramasse Ses flacons tombés à bas, Et les fleurs que son oreille
Qui sommeille Laisse choir à chaque pas * .
lô! iô! troupe chère,
Quelle chère Ce jour amène pour nous !
Partons donc, or' que l'Aurore
Est encore Dans les bras de son époux :
Laissons au logis les dames :
Par les flammes, La Gyprienne » éviton :
Le chant, le vin, Gythérée ,
Font l'entrée Du grand portail de Pluton.
Gardons, amis, qu'on ne tombe
En la tombe.
Séjour aveugle et reclus :
Depuis qu'une fois la vie
Est ravie.
Les Sœurs ^ ne la filent plus.
Iô ! que je vois de roses Jà décloses,
* Serta proculUntumcapittdelapM j*ce- 2 La Cyprienne : Vénus.
Ibant, 3 fjf^g sœurs : Ie« Parques. (ViRo,£#lv.,V|, 16.)
888 GAIBTÉS.
Par rorient flamboyant :
A voir des nues diverses
Les traverses , Voici le jour ondoyant
Voici TAube safranée,
Qui jà née , Couvre d^œillets et de fleurs Le ciel qui le jour desserre,
Et la terre De rosées et de pleurs.
lô ! je vois la vallée,
Avallée < , Entre deux tertres bossus; Et le doubler arc qui emmure
Le murmure De deux ruisselets moussus.
C'est toi Hercueil > : qui encores
Portes ores D'Hercule l'antique nom, Qui consacra la mémoire
De ta gloire Aux labeurs de son renom.
Je salue tes Dryades ,
Tes Naïades, Et leurs beaux antres connus.
Et de tes Satyres pères
Les repaires.
Et des Faunes front-cornus.
( ÀVùUit : cafoncèe ( à val ). * Hereu9U : ArMeil.