‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 86 sur 127 · GAIETÉS · texte numérisé non relu

GAIETÉS

Chacun ait îa main armée

De ramée ; Chacun d'une gaie voix Assourdisse les campagnes ,

Les montagnies V Les eaux , les prés et les bois.

Jà la cuisine allumée

Sa fumée Fait tressauter jusqu'aux cieux ; Et jà les tables dressées

Sont pressées ' De repas délicieux.

Cela vraiment nous invite

D'aller vite, Pour apaiser un petit La furie véhémente

Qui tourmente Notre aboyant appétit.

Dessus nous pleuve une nue

D'eau menue Pleine de lis et de fleurs ; Qu'un lit de rosés on fasse^

Par la place, Bigarré de cent couleurs.

Qu'on prodigue, qu'on répande

La viande^ D'une libérale main :

Et les vins dont l'anciome^

Memphienne ^ Festoya le mol Romain/*, ^

< Pressées : chargées. ^ ia Men^Menne .*> Cléopâtre*

> Xa ifiaiUl9 : le» meta. * le mol Romain : Antoine.

990 QAIETBS.

Qres, amis, qu'on n'oublie

De Fâmie Le nom qui vos cœurs lia :

Qu'on vide autant cette coupe ,

Chère troupe, Que de lettres il y a.

Neuf fois, au nom de Cassandre, Je vais prendre

Neuf fois du vin du flacon ,

Afin de neuf fois le boire, En mémoire

Des neuf lettres de son nom.

D'autre côté, n'oyez-vous De Daurat la voix sucrée ,

Qui récrée Tout le ciel d'un chant si doux?

lô ! lô ! qu'on s'avance :

Il commence Encore à former ses chants, Célébrant en voix romaine

La fontaine Et tous les dieux de ces diamps.

Prêtons d<Hie à ses merveilles

Nos oreilles :

L'enthousiasme limosin Ne lui permet rien de dire.

Sur sa lyre.

Qui ne soit divin^ divin!

lô ! lô! quel doux style

GAIETES. 391

Se distiUe De ses nombres tous divers :

Nul miel tant ne me récrée

Que m'agrée Le doux nectar de ses vers.

Quand je l'entends , il me semble

Que Ton m'emble ' Tout l'esprit ravi soudain; Et que loin du peuple j'erre,

Sous la terre, Avec l'âme du Thébain '.

Avecque l'âme d'Horace :

Telle grâce Remplit sa bouche de miel , De miel sa Muse divine,

Vraiment dine ^ D'être Sereine 4 du ciel.

Ah ! Vesper, brunette étoile ,

Dont le voile Noircit du ciel le coupeau.

Ne veuilles sitôt paraître,

Menant paître Par les ombres ton troupeau.

Arrête, noire courrière ,

Ta lumière.

Pour ouïr plus longuement La douceur de sa parole.

Qui m'affole D'un ël gai chatouillement.

< Çue i'om u'emble : que l'on m'en- Thèbes. . lève. ^ Dinê : digne.

* Du Thébain : de Plndnre, né à 4 Sereiiu : Sirène.

892 ' GAIETES.

Quoi ! des astres la bergère ,

Trop légère, Tu reviens faire ton tour?

Devant Theure tu flamboies.

Et envoies Sous les ondes notre jour?

Va, va, jalouse, chemine,

Tu n'es dine, Ni tes étoiles, d*ouïr Une chanson si parfaite ,

Qui n'est faite Que pour l'homme réjouir.

Donque , puisque la nuit sombre.

Pleine d'ombre.

Vient les montagnes saisir, Retournons, troupe gentille.

Dans la ville , Demi-soûlés de plaisir.

Jamais l'homme avant qu'il meure «

Ne demeure Bien heureux parfaitement :

Toujours avec la liesse ,

La tristesse Se mêle secrètement.

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