DISCOURS DES MISÈRES
DE CE TEMPS f).
A CATHERINE DE MÉDIGIS^ RnKB MÊME DES BOB PRAHÇOU fl, CflABIJtg IX BT HEHRI III.
Si depuis que le monde a pris commencement, Le TÎoe d'âge en âge avait accroissement. Cinq mille ans sont passés que l'extrême malice Eût surmonté le peuple, et tout ne fût que vice. Mais puisque nous voyons les hommes en tous lieux Vivre, l'un vertueux, et l'autre vicieux, Il nous faut confesser que le vice difforme IN'est pas victorieux : mais suit la même forme Qu'il reçut dès le jour que lliomme fut vêtu , Ainsi que d'un habit, de vice et de vertu.
I9i même la vertu ne s'est point augmentée : Si elle s'augmentait, sa force fût montée Au plus haut période, et tout serait ici Vertueux et parfait : ce qui n'est pas ainsi.
Or, comme il plaît aux lois, aux princes et à Tâge , Quelquefois la vertu abonde davantage , Le vice quelquefois, et Tun en se haussant, Va de son compagnon le crédit rabaissant. Puis il est rabaissé : afin que leur puissance Ke prenne entre le peuple une entière croissance.
(*) Ces disfwuK sont considérés par Claude Garnier comme « devant tenir le premier rang detoat ceqae Ronsard a jamais fait voir au Joar.»
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Ainsi plaît au Seigneur de nous exerciter ', Et entre t)ien et mal laisser rhomme habiter , Cqmme le marinier qui conduit son voyage ,
Ores par le beau temps, et ores par Torage.
Vou8,Ileine, dont l'esprit se repaît quelquefois De lire et de d'écouter l'histoire des François, Vous savez, en voyant tant de faits mémorables. Que les siècles passés ne furent pas semblables.
Un tel roi fut cruel, l'autre ne le fut pas ; L'ambition d'un tel causa mille débats ; Un tel fut ignorant, Tautre prudent et sage, L'autre n'eut point de cœur^ l'autre trop de courage. Tels que furent les rois, tels furent les sujets : Car les rois sont toujours des peuples les objets '.
11 faut donc dès jeunesse instruire bien un prince. Afin qu'avec prudence il tienne sa province. \ Il faut premièrement qu'il ait devant les yeux La crainte d'un seul Dieu, qu'il soit dévotieux Vers l'Église approuvée, et que point il ne change La foi de ses aïeux pour en prendre une étrange : Ainsi que nous voyons instruire notre roi ^, Qui par votre vertu n'a point changé de loi.
Las! Madame, en ce temps que le cruel orage Menace les Français d'un si piteux naufrage. Que la grêle et la pluie, et la fureur des cieux Ont irrité la mer des vents séditieux , Et que l'astre jumeau ^ ne daigne plus reluire. Prenez le gouvernail de ce pauvre navire ,
' Exereiter : exercer. 3 Charles IX .
» Componitar orbii « Ca«\or et Pollux :
Rrgta ad enoipltam. j,^,,^ |f«#«»«, lueiéa tUv».
CCiiAtiD., VIII, 390. ) (Uoa ., Od. , I, 3, a. )
Et malgré la tempête et le cruel effort
De la mer et des vents, conduisez-le à bon port.
La France à jointes mains vous en prie et reprie, Las ! qui sera bientôt et proie et moquerie Des princes étrangers, s'il ne vous plaît en bref, Par votre autorité, apaiser son méchef '.
Ah ! que diront là bas, sous les tombes poudreuses* De tant de vaillants rois les âmes généreuses ? Que dira Pharamond , Ciodion, et Clovis? Nos Pépins , nos Martels , nos Cliarles^ nos Louis, Qui de leur propre sang, à tous périls de guerre. Ont acquis à leurs fils une si belle terre ?
Que diront tant de ducs et tant d'hommes guerriers Qui sont morts, d'une plaie, au combat les premiers. Et pour France ont souffert tant de labeurs extrêmes, La voyant aujourd'hui détruire par soi-mémes !\
Ils se repentiront d'avoir tant travaillé. Assailli, défendu, guerroyé, bataillé Pour un peuple mutin, divisé de courage % Qui perd, en se jouant, un a bel héritage : Hédtage opulent, que toi, peuple qui bois La Tamise Albionne, et toi More qui vois ' Tomber le chariot du soleil sur ta tête. Et toi, race Gothique, aux armes toujours prête, Qui sens la froide bise en tes cheveux venter. Par armes n'aviez su ni froisser ni douter ^.
Car, tout ainsi qu^on voit de la dure coignée Moins reboucher 4 l'acier, plus est embesognée ^
I Méehef: malheur. «branler.
s Divisé de sentiments, d'opinions. < Reboucher : s'émoasser.
* Douter: mettre en doate, ' & Embesognée : occupée.
:^Oft DISCOURS DES HISÈBES
A couper, à trancher, et à fendre du bois, Ainsi par le travail s'endurcit le François : l^equel n'ayant trouvé qui par armes le dompte, De son propre couteau soi-même se surmonte. Ainsi le fier Aja\ fut de soi le vainqueur, De son propre poignard s'outre-perçant le cœur»; Ainsi Rome jadis des choses la merveille, Qui, depuis le rivage où le soleil s'éveille, Jus(]ues à l'autre bord son empire étendit. Tournant le fer contre elle , à la fin se perdit.
C'est grand cas que nos yeux sont si pleins d'une nue Qu'ils ne connaissent pas notre perte avenui', Bien que les étrangers qui n'ont point d'amitié A notre nation, en ont même pitié.
Nous sommes accablés d'ignorance si forte, Et liés d'un sommeil si paresseux, de sorte Que notre esprit ne sent le malheur qui nous point, £t voyant notre mal, nous ne le voyons point.
Dès longtemps les écrits des antiques prophètes, Les songes menaçants, les hideuses comètes, Avaient assez prédit que l'an soixante et deux > Kendrait de tout côtés les Français malheureux, Tués, assassinés : mais pour n'être pas sages Foi n'avons ajoutée à si divins présages. Obstinés, aveuglés : ainsi le peuple Hébreu N'avait point de créance aux prophètes de Dieu , Lequel ayant pitié du Français qui fourvoie \ Comme père bénin, du haut ciel lui envoie Songes et visions et prophètes, afin Qu'il pleure et se repente , et s'amende à la fin.
' Sophocle, Ajax, vers 815 et suiv. de religion.
' lb62. Coniinenceiiient des {;ueires" ■^ <.)ui se fourvoie
Le ciel qui a pleuré tout le long de l'année, Et Seine qui courait d'une vagup effrénée, Et bestiaux et pasteurs et maisons ravissait, De son malheur futur Paris avertissait ; Et semblait que les eaux en leur rage profonde Voulussent renoyer une autre fois le monde : Cela nous prédisait que la terre et les deux Menaçaient notre chef» d'un mal prodigieux.
O toi, historien, qui d'encre non menteuse Écriras de ce temps l'histoire monstrueuse. Raconte à nos enfants tout ce malheur fatal, Afin qu'en te lisant ils pleurent notre mal, Et qu'ils prennent exemple aux péchés de leurs pères. De peur de ne tomber en pareilles misères.
De quel front, de quel œil , ô siècles inconstants ! Pourront-ils regarder l'histoire de ce temps? En lisant que l'honneur et le sceptre de France, Qui depuis si long âge avait pris accroissance, Par une opinion, nourrice des combats », Comme une grande roche est bronché ^ contre bas ?
On dit que Jupiter, fâché contre la race Des hommes, qui voulaient par curieuse audace Elnvoyer leurs raisons jusqu'au ciel, pour savoir Les hauts secrets divins que l'homme De doit voir, Un jour, étant gaillard, choisit pour son amie Dame Présomption, la voyant endormie.
Au pied du mont Olympe, et la baisant, soudain Conçut l'Opinion, peste du genre humain : Cuider^ en fut nourrice, et fut mise à l'école D'Orgueil, de Fantaisie , et de Jeunesse folle.
• Chef : tète. -^ Bronché : tombé radement.
2 La religion réformée. -• Guider (le) : le désir, l'ambitiou.
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Elle fat si ecflée, et a pleine d'erreur, Qae même ses parents faisait trembler dliorreur. Elle ayait le regard d'une orgueilleuse bête ; De yent et de fîimée ayait pleine la tête ; Son cœur était couvé de yaine affection. Et sous un pauvre babit cachait l'ambition ' ; Son visage était beau comme d'une sirène ; D'une parole douce avait la bouche pleine; Légère elle portait des ailes sur le dos ; Ses jambes et ses pieds n'étaient de chair ni d'os. Ils étaient faits de laine et de coum bien tendre. Afin qu'à son marcher on ne la pût enteoidre.
Elle se vint loger par étranges moyens Dedans le cabinet des théologiens^ De ces nouveaux rabins, et brouilla leurs courages* Par la diversité de cent nouveaux passages. Afin de les punir d'être trop curieux.
Et d'avoir échelé^, comme géants, les deux.
Ce monstre que j'ai dit met la France en campagne. Mendiant le secours de Savoie et d'Espagne, Et de la nation qui, prompte au tambourin 4, Boit le large Danube et les ondes du Rhin.
Ce monstre arme le fils contre son propre père; Le frère factieux s'arme contre son frère, La- sœur contre la sœur, et les cousins germains Au sang de leurs cousins veulent tremper leurs mains; L'oncle hait scm neveu , le serviteur son maître ; La femme ne veut plus son mari reconnaître; Les enfauQts sans raison di^utent de la foi , Et tout à l'abandon va sans ordre et sans loi.
« AUMon à la miae modcrte d«s > ^clel^ .• cwalsdé. alaitCrec protcttanfs. * AUasion à Tbaoïear gvwriértdii
' Cmnr^e$ : eœan, pensées. Aneauuidi*