STANCES
Quand au temple nous serons Agenouillés , nous ferons Les dévots selon la guise De ceux qui pour louer Dieu Humbles se courbent au lieu Le plus secret de l'église.
Mais quand au lit nous serons Entrelacés , nous ferons Les lascifs selon les guises Des amants , qui librement \ Pratiquent folâtrement
Dans les draps cent mignardises.
Pourquoi doncque quand je veux Ou mordre tes beaux cheveux , Ou baiser ta bouche aimée , Ou toucher à ton beau sein , Contrefais-tu la nonnain Dedans un cloître enfermée?
Pour qui gardes-tu tes yeux Et ton sein délicieux , Ton front, ta lèvre jumelle?
En veux-tu baiser Pluton
DES AMOUBS.
Là-bas après que Charon T'aura mise en sa nacelle?
Après ton dernier trépas , Grêle ' tu n'auras là-bas Qu'une bouchette blémie :
Et quand mort je te verrais Aux ombres je n'avouerais Que jadis tu fus m'amie.
Ton test' n'aura plus de peau, Kl ton visage si beau N'aura veines ni artères :
Tu n'auras plus que des dents Telles qu'on les voit dedans Les têtes des cimetères ^
Doneque tandis que tu vis, Change , maîtresse , d'avis , £t ne m'épargne ta bouche.
Incontinent tu mourras, Lors tu te repentiras De m'avoir été farouche.
Ah je meurs ! ah baise-moi !
Ah! maîtresse, approche-toi!
Tu fuis comme un faon qui trenfble Au moins souffre que ma main S'ébatte un peu dans ton sein.
Ou plus bas , si bon te semble (*}.
' Grêle : maigre et desséché.
' Ttst : tête.
s Cimetères : cimetières.
nCeUe chanson n'apparUent en rien à Cassandre; ilest intéressant de signaler comment ces mêmes idées, dépouillées de tout développement oiseux et.de leur tour grivois, ont produit le beau sonnet auquel l'auteur paraît .s'essayer : Quand vous serez bien vieille', p. 140.
48 LE PREMIEB LIVBE
Heureuse fut l'étoile fortunée , Qui d'un bon œil < ma maîtresse aperçut; Heureux le bers> et la main qui la sut Emmaillotter le jour qu'elle fut née!
Heureuse fut la mamelle en-mannée^ De qui le lait premier elle reçut :
Et Inen heureux le ventre qui conçut Telle beauté de tant de dons ornée.
Heureux parents qui eûtes cet honneur De la voir naître un astre de bonheur ; Heureux les murs , naissance de la belle !
I Heureux le fils dont grosse elle sera ,
Mais plus heureux celui qui la fera Et fenmie et mère en lieu d'une pucelle (*) !
* Ç>«{ dtvn hon œil : dont l'hearense (Maret) . Encore en usage anjourd'hai influence présida à la naissance de ma dans le Calvados..
nmitresse, * En-mannée: pleine d'un lait dons
* Sers : berceau , mot tendômois comme la manne.
(*) Les idées sont prises d'Ovide, Milam., lY, 321.
Ce ris plus doux que l'œuvre d'une abeille Ces dents ainçois deux remparts argentés , Ces diamants à double rang plantés Dans le corail de sa bouche vermeille :
Ce doux parler qui lestâmes réveille ,
s Le miel.
Ce chant qui tient mes soucis enchantés, £t ces deux cieux> sur deux astres entés, De ma déesse annoncent la merveille.
Du beau jardin de son jeune printemps Sort un parfum, qui le ciel en tout temps Peut embaumer de ses douces haleines :
Sa bouche engendre une si douce voix.
Que son chant fait bondir rochers et bois , Planer* les monts et montagner^ les plaines.
* Et ees deux deux : les aoarcUs ^ Montagner : convertir en mon- Tofttés comme les cieaz. (Maret.) tagnes.
> Planer : changer en plaines.
J'avais l'esprit tout morne et tout pesant. Quand je reçus du lieu ' qui me tourmente, L'orange ' d'or comme moi jaunissante Du même mal qui nous est si plaisant.
Les pommes sont de l'amour le présent : Tu le sais bien, ô guerrière Atalante% Et Cydippé qui encor se lamente De l'écrit d'or 4 qui lui fut si cuisant.
1 Du lieu : Blois, séjoar de Cas- moar pour Vydippe imagina de lai
sandre. jeter une pomme d'nr sar laquelle il
^L'orange : entre tontes les pom- avait tracideux vers, dont le sens était
■es, l'orange est dédiée à la volupté qoeCydippe s'engageait à lui. Cydippe
et à l'amour. lut cet écrit dans le temple de Diane, où
* McUante :ûlle de Schœnée, roi de toutes les paroles prononcées acqué-
Seyros, promise par son père à celui qui raient la valeur d'une promesse soient
la dépasserait à la course. Elle se nelle. Son père , ignorant l'aventure,
laissa retarder par les pommes d'or maria sa fille à un autre époux , et
qu'Hippomène jeUit devant elle, et par cet hymen causa le désespoir de
ftit vaincue. Ovide, Métam,, X, 561. Cydippe . V. Ovide, Héroides : Cydippe^
, * Le jeane Acontius épris d'à- Aconits,
50 LE PBEHIER LIVRE
Les pommes sont de l'amour le vrai signe Heureux celui qui de la pomme est digne ! Toujours Vénus a des pommes au sein.
Depuis Adam désireux nous en sommes :
Toujours la Grâce en a dedans la main : Et bref Famour n*est qu'un beau jeu de pommes '.
* Et brtf l'amour n*est qu'un beau plus diliéat et mignard en l'amour tire Jeu de pommes : fout ce qu'U y a de sur la forme ronde. (Mnret.l '
Tout effrayé je cherche une fontaine * Pour expier un horrible songer, Qui toute nuit ne m'a fait que ronger L'esprit troublé d'une idole incertaine.
Il me semblait que ma douce inhumaine Criait : Ami , sauve-moi du danger, A toute force un larron étranger Par les forêts prisonnière m'enunène!
Lors en sursaut, où me guidait la voix, Le fer au poing je brossai > par le bois *. Mais , en courant après la dérobée ,
Du larron même assaillir me suis veu , Qui, me perçant le cœur de mon épée , M'a fait tomber dans un torrent de feu.
1 /• eherehe une fontaine : pour taine ou dans la mer. expier un mauvais songe et s'en pur- ^ Je brossai : brosser, terme de Té
ger, c'était une coutume chez les an- nerie, courir à travers les bois,
eiens de se plonger dans quelque fon- regarder à rien.
DES AMOUBS. 61
Un voile obscur par rhorizon épars Troublait le ciel d'une humeur survenue, Et Tair crevé d'une grêle menue Frappait à bonds les champs de toutes parts :
Déjà Vulcain de ses borgnes soudars^ Hâtait les mains à la forge connue, Et Jupiter dans le creux d'une nue Armait sa main de l'éclair de ses dards :
Quand ma nymphette, en simple vertugade Cueillant les fleurs, des rais de son œillade* Essuya l'air grêleux et pluvieux :
Des vents sortis remprisonna les tropes , Et fit cesser les marteaux des Cydopes, Et de Jupin rasséréna les yeux {*).
* De ses borgnes soudars : de ses qn seul œil an milieu do froot. borgnes soldats. Les Cyclopes , compa- ' Des rais de son œillade : des gnoos de Vulcain, sont représentés aveo rayons de son regard.
(*) Od sent ici la gracieuse inspiraUoa de Pétrarqae* SoneUi in Fila di Laura 36 et 27.