XXXI V
Si tu ne veux contre Dieu t'irriter, Êeoute-moi, ne mets point en arrière L'hiunble soupir^ enfant de la prière : La prière est fille de Jupiter.
Quiconque veut la prière éviter, Jamais n'achève une jeunesse entière , Et voit toujours de son audace fière
o2 LE PBEHIEB LIYBE
Jusqu'aux eofers Torgueil précipiter.
Pource, orgueilleuse, échappe cet orage', Dedans mes pleurs attrempe * ton courage, Sois pitoyable , et guéris ma langueur*.
Toujours le ciel, toujours Teau n^est venteuse^, Toujours ne doit ta beauté dépiteuse Contre ma plaie endurcir sa rigueur (*).
* Echappe cet orage : évite cet * F'entense : agitée par les venta, orage. * Dip Ueuse : orgu eiUease, sans pitii.
' Attrempe : amoUis.
C*) Cet éloge des prières est tiré du IX« chant de VlUade. Pbéoix représente à Acliille le poavoir des prières.
Que toute chose en ce monde se mue*.
Soit désormais Amour soulé de pleurs >, Des chênes durs puissent naître les ffeurs , Au choc des vents Teau ne soit plus émue ;
Le miel d'un roc contre nature sue.
Soient du printemps semblables les couleurs. L'été soit froid, l'hiver plein de chaleurs. Pleine de vents ne s'enfle plus la nue :
Tout soit changé , puisque le noeud si fort • Qui m'étreignait y et que la seule mort Devait trancher, elle a voulu défaire.
Pourquoi d'Amour mêprises-tu la loi ?
< Se mue .* se ehange . ^^ laerymis crudelis Araor, ne gramina rivU,
» Soit disormaU Amour soulé de N« «»"*> «taraniur apes. o«c f"»^^
pleurs : qu'Amoar soit désormais ras- ,„ * .^ J*^ *'
sasié de plenrs , chose contre nature.
Pourquoi fais-tu ce qui ne se peut faire ? Pourquoi romps-tu si faussement ta foi?
En ma douleur, malheureux , je me plais, Soit quand la nuit les feux du ciel augmente, Ou quand Faurore en jonche ' d*amaranthe Le jour mêlé d'un long fleurage épais ;
D'un joyeux deuil mon esprit je repals , Et quelque part où seulet je m'absente , Devant mes yeux je vois toujours présente Celle qui cause et ma guerre et ma paix.
Pour l'aimer trop également j'endure Or' un plaisir, or' une peine dure , Qui d'ordre égal * viennent mon cœur saisir :
Bref, d'un tel miel mon absinthe est si pleine , Qu'autant me plaît le plaisir que la peine, La peine autant cooime fait le plaisir.
1 Enjonehe : jonche. > Par une SDeccMlon régoUére.