POUR HÉLÈNE, LIT. I
L'inconstance amoureuse est marque d'amitié; Si donc tout à la fois avoir haine et pitié, Jurer, se parjurer^ serments faits et défaits,
Espérer sans espoir, confort sans reconfort , Sont vrais signes d'amour, nous entr'aimons bien fort. Car nous avons toujours ou la guerre ou la paix.
iv:
L'arbre qui met à croître > a la plante assurée ; Celui qui croît bientôt ne dure pas longtemps : 11 n'endure des vents les soufllets inconstants. Ainsi l'amour tardive est de longue durée.
Ma foi du premier jour ne vous fut pas donnée : L'amour et la raison, comme deux combattans, * Se sont escarmouches l'espace de quatre ans ; Â la fin j'ai perdu , vaincu par destinée.
Il était destiné par sentence des cieux , Que je devais servir, mais * adorer vos yeux J'ai, comme les Géants, au Ciel fait résistance.
Aussi je suis comme eux maintenant foudroyé. Pour résister aux biens qu'ils' m'avaient octroyé, Je meurs, et si ma mort m'est trop de récompense.
> Toar elliptique : qui met longtemps ^ Mais : bien pins, à croître. * Ils : 'os yeux.
Vous me dites, maîtresse, étant à la fenêtre. Regardant vers Montmartre ' et les champs d'alentour :
' II 7 arait à Montmartre une ab- le Gros en 1133. baye de bénédictins , fondée par Loais
La solitaire vie et le désert séjoar
Valent mieux que la cour ; je voudrais bien y être.
A llieure ' mon esprit de mes sens serait maître, En jeûne et oraison je passerais le jour, Je défhrais les traits et les flammes d'Amour : Ce cruel de mon sang ne pourrait se repaître.
Quand je vous répondis : Vous trompez * de penser Qu'un feu ne soit pas feu pour se couvrir de cendre : Sur les cloîtres sacrés la flamme on voit passer ;
Amour dans les déserts comme aux villes s'engendre Contre un Dieu si puissant , qui les Dieux peut forcer. Jeûnes ni oraisons ne se peuvent défendre.
* A i^heure : à cette heure, alors. ' Voue tou trompei.
Voici le mois d'avril, où naquit la merveille Qui fait en terre foi de la beauté des cieux , Le miroir de vertu, le soleil de mes yeux , Seule phénix d'honneur, qui les âmes réveille.
Les œillets et les lis et la rose vermeille Servirent de berceau ; la nature et les dieux La regardèrent naître , et d'un soin curieux Amour, enfant £onmie elle, allaita' sa pareille.
Les Muses, Apollon et les Grâces étaient Tout à l'entour du lit, qui à l'envi jetaient Des fleurs sur Fangelette ' : ah ! ce mois me convie
D'élever un autel , et suppliant Amour
' Mlaita : nearrit. a AngcUlU : diaûnutif d'ange.
POUB HÉLÈNB, LIT. I. 133
Sanctifier d'avril le neuvième jour,
Qui m*ést cent fois plus cher que celui de ma vie '.
' De ma vie : de ma naissance.
Cet amoureux dédain, ce nenni gracieux , Qui refusant mon bien me réchauffent l'envie. Par leur fière douceur, d'assujettir ma vie Où sont déjà sujets mes pensers et mes yeux,
Me font transir le cœur, quand, trop impétueux , A baiser votre main le désir me convie. Et vous, la retirant, feignez d'être marrie , Et m'appelez > honteuse, amant présomptueux.
Mais surtout je me plains de vos douces menaces. De vos lettres qui sont toutes pleines d'audaces, De moi-même , d'Amour, de vous et de votre art , •
Qui si doucement farde et sucre s^arangue, Qu'écrivant et parlant vous n'avez trait de langue Qui ne nie soit au cœur la pointe d'un poignard (*).
(*) Toat le sonnet semble un développement de ces vers si gracienx de Virgile :
Malo me Galatea petit, lasciva paella, Et fiigit ad salices, et se cupit ante Tideri.
Comme une belle fleur assise entre les fleurs, Mainte herbe vous cueillez en la saison plus tendre, Pour me les envoyer, et pour, soigneuse , apprendre Leurs noms et qualités, espèces et valeurs.
Était-ce point afin de guérir mes douleurs.
134 somfBTs
Ou de faire ma plaie amoureuse reprendre > ?
Ou bieu s*il vous plaisait par charmes entreprendre
D'ensorceler mon mal, mes flammes et mes pleurs ?
Certes je crois que non : nulle herbe n'est maîtresse Contre le eoup d'amour envieilli par le temps. C'était pour m'enseigner qu'il faut dès la jeunesse ,
Comme d'un usufruit, prendre son passe* temps : Que pas à pas nous suit l'importune vieillesse, Et qu'amour et les fleurs ne durent qu'un printemps.
' Eftprendre : «a refermer.
MADRIGAL
Si c'est aimer , Madame , et de jour et de nuit ^ Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire. Oublier toute chose , et ne vouloir rien faire Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit ;
Si c'est aimer de suivre un bonheur qui me fuît , De me perdre moi-même et d'être solitaire, Souffirir beaucoup de mal , beaucoup craindre et me taire , Pleurer, crier merci et m'en voû- éconduit > ;
Si c'est aimer de vivre en vous plus qu'en moi-même, Cacher d'un front joyeux une langueur extrême , Sentir au fond de l'âme un combat inégal , Si cela c'est aimer, furieux je vous aime ;
Je vous aime, et sais bien que mon mal est fatal ; Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite; Honteux, parlant à vous , de confesser mon mal t Le cœur le dit assez , mais la langue est muette.
■ Vc pas obtenir merci.
LE