‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 25 sur 85 · POUR HÉLÈNE · texte numérisé non relu

POUR HÉLÈNE

Je plante en ta faveur cet arbre de Gybèle , Ce pin, où tes honneurs se liront tous les jours. J'ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours, Qui croîtront à l'envi de Técorce nouvelle'.

Faunes, qui habitez ma terre paternelle, Qui menez sur le Loir vos danses et vos tours , Favorisez la plante et lui donnez secours , Que Tété ne la brûle et Thiver ne la gèle.

Pasteur, qui conduiras en ce lieu ton troupeau, Flage6llant une églogue en ton tuyau d'aveine > , Attache tous les ans à cet arbre un tableau.

Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine : Puis, l'arrosant de lait et du sang d'un agneau , Dis : Ce pin est sacré; c'est la plante d'Hélène (*).

^ ...«nMcat lUm, cretcetlt amore». mM«.

(Vui*., Idyt. X. ) SilTCStrem tenui masam mediUris avnia.

' JftêUte : du latin avena, chala> ( Vue, /^M. 1. )

(*) Ce sonnet est une imitaUon de Théocrite.

Quand je pense à ce jour où, près d'une fontaine, Dans le jardin royale ravi de ta douceur. Amour te découvrit les secrets de mon cœur , Et de combien de maux j'avais mon âme pleine :

\ Je me pâme de joie , et sens de veine en veine Couler ce souvenir, qui me donne vigueur, M'aiguise le penser , me chasse la langueur, Pour espérer un jour une fin à ma peine.

Mes sens de toutes parts se trouvèrent contents , Mes yeux en regardant la fleur de ton printemps , L'oreille en t'écoutant : et sans cette compagne

Qui toujours nos propos tranchait par le milieu , D'aise au ciel je volais, et me faisais un dieu : Mais toujours le plaisir de douleur s'accompagne.

' Les Tuileries.

A l'aller, au parler, au flamber de tes yeux, Je sens bien , je vois bien , que tu es immortelle : La race des humains en essence n'est telle ; Tu es quelque démon ou quelque ange des cieux.

Dieu, pour favoriser ce monde vicieux , Te fit tomber en terre , et là dessus la belle Et plus parfaite idée inventa le modèle (*) De ton corps , dont il fut lui-mémes envieux.

Quand il fit ton esprit, il se pilla soi-même , C) SoaveDiis des doctrines de Platoo*

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