‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 28 sur 85 · IX · texte numérisé non relu

IX

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu , devisant et filant , Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant « Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.

Lors vous n'aurez servante oyant < telle nouvelle , Déjà sous le labeur à demi sommeillant. Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant , Bénissant votre nom de louange immortelle.

i Je serai sous la terre , et , fantôme sans os, Par les ombres myrteux * je prendrai mop repos : Vous serez au foyer une vieille accroupie.

Regrettant mon amour et votre fier dédain ; Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

* Oyon/ .* entendant: de on!r, aiMUre. selon les poètes anciens, de lauriers ^ Dans les champs Élysées, planté, et de myrtes.

(*) Ce sonnet, rempli d'ane douce mélancolie, n*a iwint été sorpassé par l'imitation qa'en a faite Déranger. — La Bonne Fieille contient one pensée reUigieose plus élevée, mais l'inspiration appartient à Ronsard.

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Genévres ' hérissés , et vous , houx épineux, L*un hôte des déserts , et l'autre d'un bocage ; lierre , le tapis d'un bel antre sauvage , Sources qui bouillonnez d*un surgeon * sablonneux ;

Pigeons qui vous baisez d'un baiser savoureux , Tourlres ^ qui lamentez d'un étemel veuvage , Rossignols ramagers , qui d'un plaisant langage Nuit et jour rechantez vos versets amoureux;

Vous à la gorge rouge, étrangère 4 arondelle , Si vous voyez aller ma Nymphe en ce printemps Pour cueillir des bouquets par cette herbe nouvelle ,

Dites lui pour néant^ que sa grâce j'attends, Et que pour ne souffrir le mal que j'ai pour elle, Pai mieux aimé mourir que languir si longtemps.

' Genévres : gtuièrrt». * Tonrteet : toarterelles.

' Surgeon .'bonlUon. Ce mot est à re- * Étrangère : Toyagease. Sretter pour notre poésie. ^ Peur néant : sana effet.

Le soir qu'Amour vous fit en la salle descendre Pour danser d'artifice un beau ballet d'amour , Vos yeux, bien qu'il fût nuit , ramenèrent le jour. Tant ils surent d'éclairs par la place répandre.

Le ballet fut divin , qui se soûlait reprendre , Se rompre , se refaire , et tour dessus retour Se mêler, s'écarter, se tourner à l'entour^

Contre-imitant le cours du fleuve de Méandre > :

Ores il estoit rond, ores long, or' étroit, Or' en pointe , en triangle , en la façon qu'on voit L'escadron de la grue évitant la froidure.

Je faux*, tu ne dansais, mais ton pied voletait Sur le haut de la terre : aussi ton corps s'était Transformé pour ce soir en divine nature.

' Flea?e de Phrygie, dont le coars Purpura duplici currit Maandro. (Viko.) tortoeax est devenu le synonyme de ' JtfoMoa : je me trompe. replis .

Qu'il me soit arraché des tetins de sa mère Ce jeune enfant Amour, et qu'il me' soit vendu : Il ne fait que de naître et m'a déjà perdu; Vienne quelque marchand , je le mets à l'enchère.

D'un si mauvais garçon la vente n'est pas chère ; J'en ferai bon marché. Ah ! j'ai trop attendu ! Mais voyez comme il pleure; il m'a bien entendu. Apaise-toi, mignon , j'ai passé ma colère ;

Je ne te vendrai point ; au contraire je veux, Pour page t'envoyer à ma maîtresse Hélène , Qui toute te ressemble et d'yeux et de cheveux ,

Aussi fine que toi , de malice aussi pleme. Comme enfants vous croîtrez, et vous joûrez tous deux Quand tu seras plus grand, tu me paîras ma peine.

* Me est ici explétif comme dans le premier Tcrs.

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