‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 29 sur 85 · POUB HÉLÈNE, LIT. II · texte numérisé non relu

POUB HÉLÈNE, LIT. II

Passant dessus la tombe ou Lucrèce ' repose , Tu versas dessus elle une moisson de fleurs : L'échauffant de soupirs et l'arrosant de pleurs , Tu montras qu'une mort tenait ta vie enclose.

Si tu aimes le corps dont la terre dispose , Imagine ta force et conçois tes rigueurs :. Tu me verras, cruelle, entre mille langueurs Mourir , puisque la mort te plaît sur toute chose.

C'est acte de pitié d'honorer un cercueil , Mépriser les vivants est un signe d'orgueil. Puisque ton naturel les fantômes embrasse ,

Et que ^en n'est de toi , s'il n'est mort, estimé, Sans languir tant de fois , éconduit de ta grâce , Je veux du tout * mourir pour être mieux aimé.

' Mademoiselle de BaeqaevUIe, amie * Du tout : tont i fidt. d'Hélène.

Mon âme mille fois m*a prédit mon dommage : Mais la sotte qu'elle est, après l'avoir prédit, Maintenant s'en repent, maintenant s'en dédit, £t voyant ma maîtresse, elle aime davantage.

Si l'âme , si l'esprit, qui sont de Dieu l'ouvrage , Deviennent amoureux , à grand tort on médit Du corps qui suit les sens , non brutal comme on dit S'il se trouve ébloui des raiz > d'un beau visage.

' RtUz ; rayons.

Le corps nç languirait d'un amoureux souci , Si rame , si l'esprit ne le voulaient ainsi. Mais du premier assaut Pâme est tout éperdue ,

Conseillant comme reine au corps d'en faire autant. Ainsi le citoyen, sans soldats combattant, Se rend aux ennmnis, quand la ville est perdue.

XV o.

Il ne faut s'ébahir, disaient ces bons vieillards Dessus le mur Troyen, voyant passer Hélène, Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine : Notre mal ne vaut pas un seul de ses regards ;

Toutefois il vaut mieux, pour n'irriter point Mars, La rendre à son époux , afin qu'il la remmène , Que voir de tant de sang notre campagne pleine , Pïotre havre ' gagné , l'assaut à nos remparts.

Pères, il ne fallait, à qui la force tremble. Par un mauvais conseil les jeunes retarder : Mais et jeunes et vieux vous deviez tous ensemble

Pour elle corps et biens et ville hasarder. Ménélas fut bien sage , et Paris, ce me semble : L'un de la demander , l'autre de la garder >.

> Havre : port. ' Le trait est traduit de Properce.

(*) L*idée de ce sonnet est prise d*Homëre, Iliad., III, y. 159.

Cette fleur de vertu , pour qui cent mille larmes Je verse nuit et jour sans m'en pouvoir soûler, Peut bien sa destinée à ce Grec égaler,

POUB HlÉtàllE, LIT. II. 145

A ce fils > de ThétTs , à fautre fleur des armes.

Le cid malin borna ses jours de peu de termes : Il eut courte la vie, ailée à s*en aller ; Mais son nom, qui a fait tant de bouches parler , Lui sert contre la mort de piliers et de termes '.

Il eut pour sa prouesse un excellent sonneur ^ : Tu as pour tes vertus en mes vers un honneur Qui malgré le tombeau suivra ta renommée.

Les dames de ce temps n'envient ta beauté , Mais ton nom, tant de fois par les Muses chanté, Qui languirait d'oubli si je ne t'eusse aimée.

' AehUlfl^ est fréqaenuieat emidoyé par Boniard

* Termes: bornas. daaa la mu da ahaatar. ' SofUkgw : ahaatra» La mot «onmt

xvn.

ELEGIE

Six ans étaient eoulés, et la septième année Était presques entière en ses pas retournée , Quand, loin d'affection, de désir et d'amour. En pure ^ liberté je passais tout le jour, Et, franc de tout souci qui les âmes dévore , Je dormais dès le soir jusqu'au point de l'aurore ; Car, seul maître de moi, j'allais, plein de loisir, Où le pied me portait , conduit de mon désir , Ayant toujours es maius , pour me servir de guide , Aristote ou Platon , ou le docte Euripide, Mes bons hôtes muets , qui ne fâchent jamais : Ainsi que je les prends, ainsi je les remets. 0 douce compagnie et utile et honnête ! Un autre en caquetant m'étourdirait la tête.

* Pure : entière , tens da latin purus,

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