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Puis , de livre ennuyé , je regardais les fleurs Feuilles, tiges , rameaux , espèces et couleurs, £t l'entrecoupement de leurs formes diverses, Peintes de cent façons , jaunes , rouges et perses ' , Ne me pouvant soûler, ainsi qu'en un tableau. D'admirer la nature et ce qu'elle a de beau, £t de dire , en parlant aux fleurettes écloses : « Celui est presque Dieu qui connaît toutes choses >, Éloigné du vulgaire , et loin des courtisans , De fraude et de malice impudents artisans. « Tantôt j'errais seulet par les forêts sauvages, Sur les bords enjonchés des peinturés rivages : Tantôt par les rochers reculés, et déserts , Tantôt par les taillis , verte maison des cerfs.
J'aimais le cours suivi d'une longue rivière , Et voir onde sur onde allonger sa carrière, £t flot à l'autre flot en roulant s'attacher, £t pendu sur le bord me plaisais d'y pécher, Étant plus réjoui d'une chasse muette , Troubler des écaillés la demeure secrète , Tirer avec la ligne en tremblant emporté Le crédule poisson pris à l'haim ^ appâté, Qu'un grand prince n'est aise ayant pris à la chasse Un cerf qu'en haletant tout un jour il pourchasse. Heureux , si vous eussiez d'un mutuel émoi Pris l'appât amoureux aussi bien comme moi Que tout seul j'avalai, quand par trop désireuse Mon âme en vos yeux but la poison 4 amoureuse!
Puis, alors que Vesper ^ vient embrunir nos yeux, Attaché dans le ciel, je contemple les cieux ^
I Pertei : bleaes. < Ce mot ne s'emploie aojoard'hil
* Félix qui potaitreram cognosccre raons* qa*aa mascaUn.
( Vna., Géorg., II, ▼. 41^9. ) ^ f^csper : l'étoile do e«)ir. s Haim, du latin hamwy hame^n*
POIIB HELENE, LIT. U. 147
En qui Dieu nous écrit en notes non obscures Les sorts et les destins de toutes créatures. Car lui, en dédaignant ( comme font les humains) D^avoir encre et papier et plume entre les mains , Par les astres du ciel , qui sont ses caractères , Les choses nous prédit et bonnes et contraires ; Mais les homn^ chargés de terre et du trépas Méprisent tel écrit , et ne le lisent pas.
Or, le plus de mon bien pour décevoir ma peiue, C'est de boire à longs traits les eaux de la fontaine (*) Qui de votre beau nom se brave s et en courant Par les prés vos honneurs va toujours murmurant , Et la reme se dit des eaux de la contrée : « Tant vaut le gentil soin d^une muse sacrée, «t Qui peut vaincre la mort et les sorts inconstants, « Sinon pour tout jamais, au moins pour un long temps. » Là, couché dessus l'herbe, en mes discours je pense Que pour aimer beaucoup j'ai peu de récompense , Et que mettre son cœur aux dames si avant , C'est vouloir peindre en l'onde et arrêter le vent; M'assurant toutefois qu'alors que le vieil âge Aura comme un sorcier changé votre visage , Et lorsque vos cheveux deviendront argentés , Et que vos yeux d'Amour ne seront plus hantés , Que toujours vous aurez, si quelque soin vous touche , En l'esprit mes écrits , mon nom en votre bouche.
Maintenant que voici l'an septième venir, Ne pensez plus, Hélène, en vos lacs me tenir : La raison m'en délivre, et votre rigueur dure; Puis il faut que mon âge obéisse à nature.
* Se brave : s'enorgaeiUit.
(*) Allusion à une fontaine consacrée par le poète à Hélène, par fiction poétique.
148 S(AINSTS POUB IDÊLSNB, LIT. n.
Je chautais ces sonnets, amoureux d'une Hélène,
En ce funeste mois que mon prince mourut' :
Son sceptre , tant fut grand , Charles ne secourut , - *
Qu'il ne payât la dette à la nature humaine.
La Mort fut d'un côté , et TAmour, qui me mène , Était de l'autre part, dont le trait me férut*; Et si bien le poison par les veines courut Que j'oubliai mon maître, atteint d'une autre peine.
Je sentis dans le cœur deux diverses douleurs, La rigueur de ma dame, et la tristesse enclose Du roi que j'adorais pour ses rares valeurs ^.
La vivante et le mort tout malheur me propose : L'une aime les regrets, et l'autre aiihe les pleurs, jCar Famour et la mort n'est qu'une même chose.
> CbarlM IX, mort 1a 80 lul de l'ui- ' ^^ru* • '»Pt»« i «a UUo /«Hr». »éel§74. s Valeurs : mérites.
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