‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 48 sur 85 · DEPUIS^ ROI DB FRANCE · texte numérisé non relu

DEPUIS^ ROI DB FRANCE

Quepourrai-je, moi François, Mieux célébrer que la France , Le pays à qui je dois Le bonheur de ma naissance?

Et comme oublîrai-je aussi En le célébrant, la race De son roi qui tient ici Après Dieu la plus grand* place ?

Que me vaudrait de chanter Ces vieilles fables passées Qui ne servent qu'à tenter L'esprit de vaines pensées?

Qui est celui qui n'a su De Pélops' l'ardente flamme.

Le traître OEnomas déçu*, Et les noces d'Hippodame ?

Ores je veux éprouver Autre fable plus nouvelle Que ces vieilles , pour trouver Une autre gloire plus belle Qui déjà se donne à moi ; Si 3 jusqu'aux pays étranges Du fils aîné de mon roi Je veux pousser les louanges.

' Pélops, que Tantale son père fit poase de Pélops, grâce à un artifice cuire pour le servir aux Dieux. de ce prince.

* Père d'Hippodame, qui devint l'é- 3 Si, aiui.

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Mais moi qui suis coutumier Brouiller mes vers à la mode De Pindar, de qui premier Commencerai-je mon ode?

Commencerai-je à Tenfant , Ou par les faits de son père, Ou par le nom triomphant De sa tante * ou de sa mère * ?

J'ois Jupiter qui défend De commencer par le père , Par la tante ou par Tenfant , Mais par le nom de sa mère.

Donc puisqu'un Dieu me défend De commencer par le père , Les vers qui sont à Tenfant Commenceront par la mère,

Laquelle dès quatorze ans Portait au bois la sagette ^ , La robe et les arcs duisans ^ Aux pucelles de Taigette :

Son poil au vent s'ébattait D'une ondoyante secousse , £t sur le flanc lui battait Toujours la trompe et la trousse^ :

Toujours dès l'aube du jour AJlait aux forêts en quête , Où de rets tout à l'entour Cernait le trac ^ d'une bête , Ou prenait les cerfs au cours 7,

I Mar^«!rite, arenr de François l". ^ Trovuae : carqaois. Cette descrip-

'Catherine de Médicis. tion rappelBo le portrait de Camille.

^ yagetie : flèche; da latin sagitta^ ( Virg., jEh.» XI, 575.)

* Duisans : qui conviennent. « Trae : trace. — ' Cours ; couTBe,

Ou par le pendant des roches Sans chiens assaillait les ours, Et les sangliers aux dents croches.

Un jour qu'elle avait chassé Longtemps un sanglier sauvage , Reposa son corps lassé Dessus les fleurs d*un rivage :

Elle pend son arc Turquois, Recoiffe sa tresse blonde , Met pour chevet son carquois, Puis s'endort au bruit de l'onde :

Les soupirs qui repoussaient Du sein la jumelle pomme, Et ses yeux qui languissaient En la paresse du somme , Les Amours qui éventaient La sommeillante poitrine , De plus en plus augmentaient Les grâces de Catherine.

Jupiter la vit des Cieux (Se fait-il rien qu'il ne voie?) Puis d'un soin ambitieux Souhaita si douce proie :

Car amour qui s'écoulait Doucement en ses moelles , Ses os connus lui brûlait De mille flammes nouvelles.

Adonc lui sentant là haut Au cœur l'amoureuse plaie , C'est ores (dit-il) qu'il faut Que pour me guérir j'essaie D'aller voir celle là-bas

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