‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 50 sur 85 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Puis, ayant de toutes parts Fermé de cent chaînes fortes ' De rouvert temple de Mars L'horrible acier de cent portes , Ta feras égal aux Dieux Ton règne , et par ta contrée Fleurir la paix , et des cieux Revenir la belle Astrée >.

1 Gomme Angnite ferma le temple ' Dresse de la jastice. de Janai, en l'annie de Rome 725. Jam redit et vlrgo, redennt Saturnia repa.

(Vito., Bel, 4, «.)

A MONSEIGNEUR CHARLES DUC d'oRLÉANS {*).

Charles, tu portes le nom

De renom Du prince qui fut mon maître >, De Charles en qui les Dieux

Tout leur mieux Pour chef-d'œuvre firent naître.

Naguère il lut comme toi

Fils de roi, Ton grand-père fut son père.

Et Henri le très-chrétien >,

Père tien, L'avait eu pour second frère.

A peine un poil blondelet , Nouvelet^,

I Cliarice, aecoad fils du roi Fran- a nenri 11.) ^" '*'• ' DimînQtift qaeU poésie lèg*redoit

rrçrrtter.

'*) Divuis Charles IX.

DBS ODES. 2n

Autour de sa bouche tendre A se friser commençait ,

Qu*il pensait De César être le gendre (*).

Jà brave , se promettait

Qu'il était Duc des Lombardes campagnes ^ Et qu'il verrait quelquefois

Ses fils rois De ritale et des Espagnes.

Mais la mort qui le tua (**),

Lui mua Son épouse en une pierre :

Et pour tout rheur qu'il conçut,

Ne reçut Qu'à peine six pieds de terre.

Comme on voit au point du jour,

Tout autour Rougir la rose épanie ', Et puis on la voit au soir

Se déchoir A terre toute fanie :

Ou comme un lis trop lavé ,

Aggravé * D'une pluvieuse tempête, Ou trop fort du chaud atteint

Perdre teint.

Et languir à basse tête :

• Épanie : épanouie. ' Aggravé, appesanti.

(*) Une des conventions de la paix de 1644 éUil le mariage de Cliarles avec la fille de Femperear Cbarles Y.

(**) Le 8 septembre 1545.

3J8 LIYBE TBOTSIEMB

Ainsi ton oncle en naissant,

Périssant, Fut TU presque en même espace Comme une fleur du printemps ,

En un temps Perdit la vie et la giâce .

Si pour ^tre né d'aïeux

Demi -dieux.

Si pour être fort et juste, Les princes ne mouraient pas^

Le trépas Devait épargner Auguste.

Si ne Tainquit41 TefTort

De la mort Par qui tous vaincus nous sommes Car aussi bien elle prend

Le plus grand Que le plus petit des hommep.

Le vieil nocher importun ■

Un chacun Charge en sa nacelle courbe, £t sans honneur à la fois

Met les rois Péle-méle avec la tourbe.

* Ckaron, nocher de* enfers.

DBS ODES. 3id

A MONSEIGNEUR HENRI DUC d'aLENÇON (*).

Toi qui chaules l'honueur des rois, Polymnie ', ma douce muse.

Ce dernier labeur de mes doigts Dessus ton luth ne me refuse.

J'ai souvenance que tes mains Jeune garçon me couronnèrent , Quand j'eus mâché les lauriers saints Que tes compagnes me donnèrent.

Mais or* par le commandement Du roi , ta lyre j'abandonne , ; Pour entonner plus hautement L'airain enroué de Bellonne '.

Toutefois ains queMe tenter L'instrument de telle guerrière , Encourage moi de chanter Pour adieu cette ode dernière :

Et que j'aille en tes bois penser Aux honneurs du fils de mon maître , Pour ses louanges commencer Dès le premier jour de son être.

La nuit que le prince nouveau De nos Dieux augmenta la trope « On vit autour de son berceau

' \jn poêles prennent indifférem- lyrique. rocDt les Mases les unes pour le» antres > * l* trompette. d'aiUears Polymnie préside a la poésie a ^ins que t pintOt qnC.

(*) Depuis roi de Pologne et de France, sous le nom de Henri IlU

230 LIYBE TBOISISMB

Se battre l'Afrique et l'Europe.

L'Afrique avait le poil retors A la moresque crespelée , Les lèvres grosses aux deux bords , Les yeux noirs , la face hâlée.

• Son habit semblait s'allonger Depuis les colonnes d'Espaigne Jusqu'au bord du fleuve étranger ■ Qui de ses eaux l'Egypte baigne.

En son habit étaient gravés Maint serpent, maint lion sauvage, Afaint trac de sablons élevés Autour de son bouillant rivage.

L'Europe avait les cheveux blonds , Son teint semblait aux fleurs décloses , Les yeux verts , et deux vermillons Couronnaient ses lèvres de roses.

Sur sa robe furent portraits * Maints ports , maints fleuves , maintes tles , Et de ses plis sourdaient^ épais Les UMurs d'un million de villes.

De tels vêtements triomphants Ces terres furent accoutrées ^ » La nuit qu'elles tiraient l'enfant Par force devers leurs contrées.

L'Europe le voulait avoir , Disant qu'il était né chez elle , Et que sien était par devoir

' Le Nii. ' Sourdre : •'éleTer, smiir.

' Portruitt .' représentés. * Jecomiriei: vêtset, orvées.

Comme à sa mère naturelle.

L'Afiriqae en courroux répondait Qu'il était sien par destinée , Et que jà du ciel l'attendait Pour son prince dès mainte année.

Ainsi Tune à soi l'attirait Sur le berceau demi-couchée , £t l'autre après le retirait Contre sa compagne fâchée.

Mais la pauvre Europe à la Gn , Baissant le front mélancolique , Par force fit voie au destin , Et quitta ' l'enfant à l'Afrique.

L'Afrique adonc lui présenta Le lait de sa noire tétine « Et pleine d'Apollon chanta Sur lui cette chanson divine :

« Enfant heureusement bien-né , Race du Jupiter de France, En qui tout le ciel a donné Toutes vertus en abondance,

« Crois, crois , et d'une majesté [ Montre-toi le fils de ton père , Et porte au cœur la chasteté Qui reluit au front de ta mère.

« Sitôt que l'âge produisant Les fleurs de la jeunesse tendre T'aura fait l'esprit suffisant Pour les douces lettres apprendre :

« Les trois Grâces te mèneront

* ÇuUta: laissa.

Page 1