LIVRE TROISIÈME
Au bal des muses Pégasides, £t toute nuit t'abreaveront De leurs ondes Aganippides ;
« Mais quand l'ardeur féchaufTera Le sang bouillant dans les entrailles ^ Et que la gloire te fera Concevoir le soin des batailles :
« Nul plus que toi sera savant A tourner les bandes en fuite , Et nul soldat courra devant Les pas ailés de ta poursuite :
« Soit que de près il voie au poing Ta large épée foudroyante , Ou soit qu'il advise de loin Les plis de ta pique ondoyante * :
« Soit qu'il se vante d'opposer Contre ta lance sa cuirasse , Ou soit qu'il se fie d'oser Attendre les coups de ta masse.
« Lors toi, sur un cheval montée Régissant son esprit farouche , t>ourfendras de chaque côté Le plus épais de l'escarmouche » :
« Ainsi porté par le milieu Des bandes d'horreur les plus pleines , Tu sembleras à quelque Dieu Qui prend soin des guerres humaines :
« Et mariant à tes beaut faits Fortune et Vertu ta compagne ,
' A cause du drapeau dont elle est 2 Escarmouche : haUïWùn, lut-montée.
DBS ODES. 2^3
Vainqueur enjoncheras épais
De corps morts toute la campagne.
« Comme on voit Forgueil d'un torrent, Bouillonnant d'une trace neuve, Parmi les plaines en courant Ravager tout cela qu'il treuve ,
« Ainsi ta main renversera Sur la terre de sang trempée, Tout Teffort qui s'opposera Devant le fil de ton épée.
« Le faucheur à grand tour de braS Du matin jusqu'à la serée ', De rang ne fait tomber à bas Tant d'herbes chutes sur la prée :
« Ni le scieur' ne va taillant Tant de moissons, lorsque nous sommes £n été^ que toi bataillant Tailleras de chevaux et d'hommes.
« Accablés sous tes coups tranchants Par morceaux seront en carnage Ceux d'Érèbe ' et tous ceux des champs Des Nomades et de Carthage :
« Et ceux qui ne coupent le fruit Des vignes mûres devenues , Et qui jamais n'oient le bruit Des bœufs qui traînent les charrues^ :
« Et ceux qui gardent le verger Des Uespérides dépouillées ^ ,
*Serée :ioir. * les autres pttipIVid)»' erffffftei
' Scieur : moissonneor. tomme le» Massyliens.
'' i.e« iicgres. ^ I-es peuples des Espag^nec.
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Et eeux qui du sang étranger Habitent les rives souillées (') :
« Ceux qui tiennent le mont Atlas, Et ma plaine Maurusienne, Et mon lac qui nonmia Pallas De son onde Tritonnienne ;
« Et ce peuple Thébain venu Aux Amycléennes Cyrènes , Et ceux où le bélier cornu '■ Prophétise sur mes arènes.
« Bref, tous mes habitants seront Vaincus ou morts dessous ta destre, En tremblant te confesseront A coups de masse pour leur maistre.
« Battus % qui tant de mers passa Quand sa voix lui fut racoutrée ^, I9e me plut tant lorsqu'il laissa Pour moi sa native contrée :
« Ni Hannibal de qui la main.
Ébranlant ses haches guerrières, Enjoncha du peuple Romain Tant de champs et tant de rivières ,
A Ne me fut point si cher que toi , ( Bien qu'il fût mon fils de naissance) Que toi adopté pour mon roi Du ciel par fatale 4 ordonnance. »
' Jupiter Ammon était représenté ^ Raeoutrée, rétablie, rendue,
sous la forme d'un -bélier. * Fatale, du latin fatalis : ordon>
3 BattuSf fondateur de la ville de nance du destin. Cyréne (631 av. J.-C),
(•) Les Nasamons,au S. (le la grande SyrU, massacrèrent un ambassadeur romain (7u av. J.-C).
PBS ODES. ^5
Ainsi disant , elle ferma La parole aux futures choses.
£t d'une main noire sema Sur le berceau dix mille roses ;
Puis , comme une voix qui se plaint, Au soir dedans un antre ouïe , Ou de nuit comme un songe feint, Parmi Fair s'est évanouie (*).
(*) Cette fiction n'est fondée sar aacane cirooastance de la vie de Henri m.