‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 62 sur 85 · OBS ODES. 27Ô · texte numérisé non relu

OBS ODES. 27Ô

Quaod quelqu'un de Pallas devise , Les Muses approuvent Temprise De filer, de tistre * , d'ourdir, D'imposer nouveaux noms aux villes , Et sous les polices civiles INe laisser les lois engourdir.

Mais d'aller horrible à la guerre , De pousser les cités par terre , Et vierge hanter les combats ; Coiffer d'un morion sa tête, Et l'ombrager d'une grand' crête , I^es Muses ne l'approuvent pas.

Aussi vaut-il mieux que la gloire Des femmes vive en la mémoire Par autres travaux plus duisans ' Que par ceux-là des Amazones : Auquel jugement tu t'adonnes , Dès le premier fil de tes ans.

Car bien que ta royale vie Soit de délices assouvie , Pourtant, vierge, si fraudes-tu ^ Les haims 4 qui la jeunesse appâtent , Et jamais ta bouche ne gâtent , Kebouchés^ contre ta vertu.

Ta raison toujours attrempée^

Ne veut souffrir être trompée

Par leur mignard affolement ,

p Ni ta prudence non commune.

Que nulle chance de fortune

• T%strt : tisser. * Haims : hameçons, appâts. ' Duisans : con-venables. * Rebouchés : êmoussés.

* $ifraui9S'tu : tu évites, tu trompes. « Solidement trempée

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lïe peut ébranler nullement.

Aussi ces maisons tant prisées D'un or émaillé lambrissées , Fontainebleau, Chambord', ne sont Les séjours où tant tu t'amuses , Que parmi les antres des Muses, Compagne des vers qu'elles font :

Estimant trop meilleur de vivre Coie > et tranquille, que de suivre Cet orgueil par toi rejeté ; Et , loin du populaire , écrire Je ne sais quoi qui puisse dire Que quelquefois tu as été ^

O des princesses la lumière , De quelle louange première , Commencerai-je à te vanter, Et de mille dont tu abondes , Quelles dernières ou secondes Cloront 4 la fin de mon cbanters?

Dirai-je que tes yeux enchantent Les plus constants qui se présentent Devant ta face , et vitement De ta voix douce et nompareille Leur tires Tâme par Toreille D'un vertueux enchantement?

Dirai-je si quelqu'un souhaite De se feindre nouveau poëte , «

Il ne doit sinon éprouver

' « Cbarahord( Loir- et-Cher ;, châteaa » Bappeler ta vie à la postiriti bfttt par François I*'. * Cloront : termineront.

* Coie : en repos. ^ De mes chants.

Quelle est ta vertu, sans qu'il songe Dessus Parnasse , ou qu'il se plonge En Permesse pour s'abreuver ?

Dîrai-je comme tu rabaisses La pompe des autres princesses.

Te balançant d'un juste poids, Entre lesquelles ta prudence Flamboie en pareille évidence Que ton frère par- sus les rois?

Diral-je que les ans qui tournent De pas qui jamais ne séjournent, I9'ont rien vu de semblable encor A la grandeur de ton courage, Ni ne verront, bien que notre âge Change son fer au premier or > ?

C'est toi, princesse, qui animes r^os vers et les £ais magnanimes Pour les élever jusqu'aux cieux.

Et qui fais nos chants poétiques Égaler les vers des antiques Par un oser ' ingénieux.

C'est toi qui portes sur tes ailes Le saint honneur des neuf pucelles Obéissantes à ta loi ; C'est toi seule qui ne dédaignes De les avouer pour compaignes.

Filles d'un grand dieu comme toi K

I4'est-ce pas toi, docte princesse, Ainçois^, ô mortelle déesse, Qui me donnas cœur de chanter?

* L'or da premier Âge. ^ Comme ta l'es toI-mème.

' Un oter i ane audace. ** Alnçois : platôt.

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£t qui m'ouvris la fantaisie De trouver quelque poésie Qui pût tes grâces contenter ?

Mais que ferai-je à ce vulgaire A qui jamais je n'ai su plaire , Ni ne plais , ni plaire ne veux ?

Porterai-je la bouche close Sans plus méditer quelque chose Qui puisse étonner nos neveux ?

L'un crie que trop je me vante , L'autre que le vers que je chante N'est pas bien joint ni maçonné ; L'un prend horreur de mon audace , Et dit que sur la grecque trace Mon œuvre n'est point façonné.

Je déments leur langue au contraire , Comme l'ayant bien su portraire Dessus le moule des plus vieux .

Et comme cil ' qui ne s'égare ^ Des vers repliés ^ de Pindare, Inconnus de mes envieux.

Lors me voyant en assurance, Je publierai parmi la France Le los < de ta divinité , Tes vertus , bontés et doctrine , Les vrais boucliers de ta poitrine , Sacrée ^ à la virginité :

Afin qu'après ma voix fidèle,

1 Gl : celai, et aa rfaythme Tariét.

* Ne a^égare : ne s'écarte. * Los : louange.

'Srna da latia flexi : à la cadence ^ 5acrée.* consacrée*

La mère , au soir à la chandelle ,

Pirouettant les fuseaux pleins,

Conte tes vertus précieuses

A ses filles non ocieuses '

Pour tromper le temps et leurs mains.

Peut-être aussi, alors que Tâge Aura tout brouillé ton lignage % Le peuple qui lira mes vers , Etonné d'une gloire telle , Ne te dira femme mortelle , Mais sœur de Pallas aux yeux verts ;

Et te fera des édifices , Tous enfumés de sacrifices , Si bien que le siècle à venir Ne connaîtra que Marguerite , Immortalisant ton mérite D'un perdurable ^ souvenir.

Odeuics : paresseuses; do latin ^ Lignage : n.ct,

nif. ^ Perdurablt : immortel i

éliosuB,

iir).

Que sert à l'homme de piller La riche et heureuse Arabie , £t de ses moissons dépouiller Soit la Sicile ou la Libye , Ou dérober l'Inde ennoblie Des trésors de son bord gemmé %

' Gemmé : orné de pierres précieuses ; du latin gemma,

(*) Celle ode est adressée à M. de Lignery , partant pour l'armée dltaiie.

280 LIVBB CINQUIEME

S'il n'aime et s'il n'est point aimé?

Si tout le monde le dédaigne , Si nul second ne Taocompaigne, Solliciteux ' de son ami, Comme un Patrocle accompagnable Suivait Achille, fût > parmi La nue la plus effroyable DesLyciens, lorsqu'odieux Contre Priam soufflait son ire , FQt quand paisible sur la lyre Chantait les hommes et les Dieux ?

Le temps qui a commandement Vainqueur des masses sourcilleuses, Qui dévalleut leur fondement Jusques aux ondes sommeilleuses, Kl les menaces orgueilleuses Des fiers tyrans ne sauraient pas Ecrouler ni ruer à bas La ferme amour que je te porte , Tant elle est en sa chaîne forte; Et si avec toi librement Je ne puis franchir les montagnes ^ Qu'Annibal cassa durement, Haineux des latines campagnes , Pourtant ne méprise ma foi :

Car l'âpre soin qui m'enchevêtre , Seul m'alente <, et m'engarde d'être Prompt à voler avecque toi.

Mais s'il te plaît de retenii Ta fuite disposte^t légère ,

tSoUieiteux : inquiet, soigneai; da > ij^g Alpes, latin sottieitut, * M'tUenU .* me retarde.

2 FAt^e. * Ditposte : prompte.

Jusqu'au temps qu'on voit revenir L'aronde ', des fleurs messagère ; De prompte jambe voyagera Je te suivrai , fût pour trouver L'onde où Phébus vient abreuver Ses chevaux suant de la course.

Ou du Nil l'incertaine source.

Mais si le désir courageux Te pique tant qu'il t'importune De forcer l'hiver outrageux, Et la saison mal-opportune , Marche, fuis, va légèrement :

L'oiseau ménalien Mercure', Le dieu qui des passans a «ure , Te puisse guider dextrement!

Ces glacés pelotons volans ^ Que l'orage par les monts boule 4, Ne te soient durs ni violens :

Et l'eau qui par ravines coule Du jus de la neige qui roule, Denieure coie sans broncher Quand tu voudras en approcher :

La froide gorge Thracienne Et la pluvieuse Libyenne Serrent leurs vents audacieux ;^ Que rien sur les monts ne résonne Fors un Zéphyre gracieux, Imitant ton luth quand il sonne ; Phébus aussi qui a connu Combien son poète te prise , Clair par les champs te favorise,

' fronde : hirondelle. ^ Les avalancbes.

' Mercare, ne sar le Minale, eat ^e- * Arrondit en boulCk. préienté arec des ailes anx talons.

11B2 LIVBE ClflQUlÈHB

Et sa sœur au beau front cornu >»

Quand tu te seras approché Des belles plaines d'Italie , ViSf Ligoery^ pur du péché Qui Tamitié première oublie :

]N 'endure que Fâge délie Le noeud que les Grâces ont joint.

O temps où l*on ne soûlait point Courir à Tonde Hyperborée !

Telle saison fut bien dorée ^ En laquelle on se contentait De voir de son toit la fumée ^ Ix)rsque la terre on ne hantait D'un autre soleil allumée * :

Et les mortels , heureux alors , Remplis d'innocence naïve, iVe connaissaient rien que la rive Et les flancs de leurs prochains bords.

Tu me diras à ton retour Combien de lacs et de rivières Et de remparts ferment le tour Des villes en murailles fières :

Quelles cités vont les premières En renom ; et je te dirai Les vers troyens que j'écrirai En ma Franciade avancée , Si le roi mûrit ma pensée.

Tandis sous le Loir je suivrai Un petit taureau que je voue A ton retour, qui jà sevré , Sans mère par les fleurs se joue ,

* IMaiie, la \une. • .^llumve : cclttîrtt»

DfcS ODBS 2SS

Blanchissant d*une note * au front :

Sa marque imite de la lune Les feux courbés , quand Tune et Tune De ses deux cornes se refont.

' D%9 iM/tf : une marque

Sur tous parfums j'aime la rose Dessus répine en mai déclose s Et l'odeur de la belle fleur Qui de sa première couleur Pare la terre, quand la glace Et rhiver au soleil font place*

Les autres boutons vermeillets , La giroflée et les œillets , Et le bel émail qui varie L'honneur gemmé d'une prairie , En milles lustres s'éclatant , Ensemble ne me plaisent tant Que fait la rose pourperette , Et de Mars la blanche fleurette .

Que saurai-je pour le doux flair ^ Que je sens au moyen de l'air Prier pour vous deux autre chose , Sinon que toi bouton de rose , Du teint de honte * accompagné , Sois toujours en mai rebaigné De la rosée qui doux glisse , Et jamais juin ne te fanissc ?

* Déclose : éclose. ' flair : odeur.

^ La violctle. * Du rouge de la pudeu».

364 LIVBB CINQDIÈHB

Ni à toi , fleurette de Mars , Jamais Tbiver lorsque tu pars Hors de la terre , ne te fasse Pencher morte dessus la place ; Ains toujours, malgré la froideur, Puisses-tu de ta suave odeur Nous annoncer que Tan se vire * Plus doux vers nous , et que Zéphyre Après le tour du fâcheux temps * Nous ramène le beau printemps !

* Se vire : toarae. ' L*biTer«

Je veux, Muses aux b^ux yeux.

Muses mignonnes ' des Dieux, D*un vers qui coule sans peine Louanger 'une fontaine ; Sus donc, Muses aux beaux yeux, Muses,mignonnes des Dieux , D'un vers qui coule sans peine, Louangeons une fontaine.

C'est à vous de me guider , Sans vous je ne puis m'aider.

Sans vous , brunettes >, ma lyre Rien de bon ne saurait dire.

Mais, brunettes aux beaux yeux^ Brunes mignonnes des Dieux , S'il vous plaît tendre ma lyre, Et m'enseigner pour redire Les vers que dits vous m'aurez ,

* Ji<(|fttoniitf« ,* favorites. > Brunettes : aax eheveux soin*

DBS ODBS. 365

Lors, bruDettes, tous m'oirei A nos françaises oreilles Gianter vos douces merveilles.

O.beau cristal murmurant.

Que le ciel est azurant ' D^une belle couleur blue \ Où ma dame toute nue Lava son beau teint vermeil Qui retenait le soleil , £t sa belle tresse blonde, Tresse aux Zéphirs vagabonde , Comme Cérès émouvant La sienne aux soupirs du vent:

Tresse vraiment aussi belle Que celle d'Amour, où celle Qui va de crêpes reflos ^ Frappant d'Apollon le dos.

C'est toi, belle fontenette , Où ma douce mignonnette A miré ses yeux dedans, AinçoisMeux astres ardents, Que la gaie Cyprienne , Erycine, Idalienne^, Sur ceux des Grâces loûrait y Et pour siens les avoûrait.

Tant leur mignotise ^ darde D'Amours à qui les regarde.

C'est toi qui dix mille fois As relavé les beaux doigts De ma douce mignonnette

* Ciiloré en azar. * Ainçoit : on plutèt.

' Bluer bleae. ^ Trois sarnoius de véiiuri.

* I>e boucles repliées. * Mignotise : grâce miRnounr

286 LIVBX GINQUlÈMl

Dedans ta douce ondelette.

Doigts qui en beauté vaincus Ne sont de ceux de Bacchus, - Tant leurs branchettes sont pleines De mille rameuses veines , Par où coûte le beau sang Dedans leur ivoire blanc :

Ivoire où sont cinq perlettes Luisantes, claires et nettes.

Ornant les bouts finissants De cinq boutons fleurissants.

C'est toi, douce fontelette^ Qui dans ta froide ondelette As baigné ses deux beaux pieds Pieds de Thétis déliés < :

£t son beau corps qui ressemble Aux lis et roses ensemble :

Corps , qui pour l'avoir vu nu M'a fait Actéon cornu ', Me transformant ma nature £n sauvagine^ figure :

Mais de ce mal ne se deult 4 Mon cœur puisqu'elle le veut.

G^est toi, douce fontelette , Dont la mignarde ondelette A cent fois baisé les brins ^ De ses boutons cinabrins ^, De ses lèvres pourperées.

De ses lèvres nectarées?,

I Thétis aux pieds d'argent, dans * Se doutoir : se pUlndre ^ souffrir;

(lomère. da latin dolere,

"* Actéon changé eu ceff pour avoir ^ Brins : boots.

*u Diane au bain. "Ctna&rtns; rouge comme le ciaabrt.

•> Uc bête sauvage. ' Douces comuie le nectar.

De ses roses de qui sort Le ris qui cause ma mort.

C'est toi qui laves sa hanche , Sa grève' et sa cuisse blanche^ £t son qui ne fait encor Que se friser de fils d'or.

C'est toi, quand la porte-flamme, La Chienne du ciel enflamme Le monde de toutes parts, Qui vois les membres épars > De ma dame sur ta rive, Lorsque sur l'herbette oisive Le somme en ses yeux glissant Flatte son corps languissant :

Et lorsque le vent secoue Son sein , où pris il se joue , Et le fait d'un doux souffler Rabaisser et puis renfler :

Elle dessus ton rivage Ressemble à un bel image ^ Fait de porphyre veineux , S'il ne fût que ses cheveux La découvrent sur ta rive :

Et que les oiseaux perchés, De leurs cols demi-penchés En rejargonnant l'épient^, Et de se tenir s'oublient Sur la branche , tant Tardeur De ses yeux brûle leur cœur; Et trépignant dedans l'afbre,

> Grève : jambe. ^ Coe belle statue.

' Ép'irs : étradas. * L'épient : la regardent»

388 LIVBB GINQUIBMB

Fout dessus son sein de marbre Écouler dix mille Qeurs, Fleurs de dix mille couleurs, Qui tombent comme une nue :

Si bien qu'on ne peut savoir, A la voir, et à les voir, Laquelle ou de la fleurette , ' Ou d'elle est la plus douillette '.

Vraiment , cristal azuré , Cristal gaîment emmuré D'une belle herbe fleurie, Pour avoir fait à m'amie Un doux chevet de ton bord , Quand languissante elle dort :

Je t'assure, ondette chère.

Que jamais ainsi qu'Homère, Noire ne t'appellerai.

Mais toujours je te loûrai Pour claire , pour argentine, Pour nelte , pour cristalline :

Et te suppli' de vouloir Ains * qu'entrer dedans le Loir D'une course serpentière , Recevoir l'humble prière Que je fais dessus tes flots.

Et recevoir en ton los ^ Ces lis et ces belles roses Que je verse à mains décloses 4 , Avec du miel et du lait , Dessus ton sein ondelet, Et ces beaux vers que j'engrave Au bord que ton onde lave.

I Douiliettê ' tendre, fraîche. * En ton lot : en toa bOBjMV*

' ^ins : ETant. * Déeloses : ouTcrtca.

DES ODES. 2]i9

Vive source désormais Puisses-tu pour tout jamais Plus qu'argent être luisante^ Et que la chienne cuisante * Jamais dedans ton vaisseau Ne fasse tarir ton eau.

Toujours les belles Naïades , Oréades , et Dryades S'entre-serrant par les mains, Jointes avec les Sylvains, Puissent rouler leurs caroUes »

Autour de tes rives molles , Et Pan, trépignant menu.

De son ergot mi-cornu Guide le premier la danse A la loi de la cadence.

Jamais le lascif troupeau , L'aignelet et le chevreau Ne broutent tes rives franches , Ni jamais feuilles ni branches Ne puissent troubler ton fond , Tombant d'en haut sur ton front , Front en qui ma Cythérée A sa face remirée :

Ni jamais quelque Roland, Epoidt d*amour violent.

Ne honnisse ta belle onde^*»

Mais sans cesse vagabonde, Caquetant sur ton gravois D'une flo-flottante voix , Toujours sa course yerrée * Se joigne à Tonde Loirée.

' La chienne cuisante : la canicule, rioste. . , , . ..^

' Carolles : danw^a. ' ^ '^^'-^^ = =ï*"* «""™' '" '""•

* Souvenir d'un passage de l'A-

SSO UVBE CnfQUIKMS

Mais adieu , fontaine , adieu , Tressaillante par ce lieu Vous courez perpétuelle D'une course pérennelle, Vive sans jamais tarir ; £t je dois bientôt mourir»

Et je dois bi^tôt en cendre, Aux Champs-Élysés descendre; Sans qu'il reste rien de moi Qu'un petit je ne sais quoi * Qu'un petit vase de pierre Cachera dessous la terre.

Toutefois ains que mes yeux Quittent le beau jour des cieux, Je vous pri',ma fontelette , Ma doucelette ondelette , Je vous pri'»n'oubliez pas.

Dès le jour de mon trépas, Contre vos rives de dire, Qu'un Vandomoîs sur sa lyre I^'a votre nom dédaigné :

£t que sa dame a baigné Sa belle peau doucelette En votre claire ondelette.

Nicolas , faisoias bonne chère Tandis qu'en avons le loisir, Trompons le soin et la misère, r.niiftinîg de notre plaisir.

Purgeons l'humeur qui nous enflamme D'avarice et d'ambition :

Ayons, Philosophes, une âme Toute frandie de passion.

Chassons le soin , chassons la peine, Contentons-nous de n'être rien :

Quand notre âme sera bien saine.

Tout le corps se portera bien.

Une âme de biens affamée Obscurcit toiyours la raison :

Il ne faut qu'un peu de fumée Pour noircir toute la maison.

Faire conquête sur conquête Des biens amassés sans propos :

Ce n*est que nous rompre la tête, Et ne trouver jamais repos.

J*ai raclé de ma fantaisie Le monde , au visage éhonté , Pour vaquer à la Poésie Quand j'en aurai la volonté.

Voilà le bien que je désire , Sans plus en vain me tourmenter Afin que mon âme n*empire Par faute de se contenter. .

Quand ta fièvre ( dont la mémoire Me fait encore frissonner) Ne t'aurait appris qu'à bien boire,

Tu ne la dois abandonner.

A toutes les fois que Tenvie Te prendra de boire, reboi Bois souvent , aussi bien la vie N'est pas si longue que le doigt.

292 LIVBE CINQUIÈME

C'est un grand bien d'étie hydropîque , Et d*eaux s'enfler la ronde peau : Des éléments le plus antique Et le meilleur est-ce pastFeau?

Non-seulement la maladie ' Qui nous mate ' par ses efforts.

Ne rend notre masse étourdie , Énervant les forces du corps :

Elle nous trouble la cervelle, Et Tesprit qui nous vient des cieux :

Il n'y a part qui ne cbancelle , Quand les hommes deviennent vieux.

Puis la mort vient qui nous envole ' : Alors un chacun se repent Que mieux il n'a joué son rôle :

Mais , bon temps , à Dieu t'y eommand* 3.

) Mate : dompte. ^ <le te reeominaBde à Difv : ^ ^

' Envoie : emportr. U commendo.

Nous ne tenons en notre main Le jour qui suit le lendemain :

La vie n'a point d'assurance , Et pendant que nous désirons La feveur des rois , nous mourons Au mOîeu de notre espérance.^

L'homme après son dernier trépas , Plus ne boit ni mange là bas, Et sa grange qu^il a laissée

Pleine de blé devant sa fin,

Et sa cave pleine de vin

Ne lui viennent plus en pensée.

Eh! quel gain apporte Témoi ' !

Va,' Coridon, apprête-moi Un lit de roses épanchées :

Il me plaît pour me défâcher, A la renverse me coucher ,Entre les pots et les jonchées >.

Fais-moi venir d'Aurat (*) ici , Fais-y venir Jodelle (**) aussi.

Et toute la Musine troupe ^ :

Depuis le soir jusqu'au matin Je veux leur donner un festin.

Et cent fois leur tendre la coupe.

Verse donc et reverse encor Dedans cette grand* coupe d'or, Je vais boire à Henri Éstienne (***) , Qui des enfers nous a rendu • Du vieil Anacréon perdu La douce lyre Téienne<.

A toi, gentil Anacréon ^ Doit son plaisir le biberon, Et Bacchus te doit ses bouteilles ;

• L'émoi : le trouble, la crainte. 3 Tous les poètes amis de Ronsanf.

' Les jonchée» : les fleurs et les herbes * Anacréon naipiit à Téos.

coupées.

(*) D'Aurat. Voy. Amours, II, 6.

(•*) Jodëiie, auteur dramatique, né en 1532, mort en 1573, an des poêle» de la Pléiade.

(***0 Éstienne (Henri) imprimeur à Paris , né en 1528, auteur du Thesaurus limjuœ (/wcdî , réimprimé parAmb. Firmin-Didot On lui doit, eatre attires excellentes éditions, la première des Poésies d'Anacréon.

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