LIVRE CINQUIÈME
Et Hercule au nombre des Dieux, Et de Juuon Ta fait le gendre ?
Sinon le vers bien accompli , Qui tirant leurs noms de Foubli, Plongés au plus profond de Tonde De Styx, les a remis au jour.
Les relogeant au grand séjour Par deux fois de notre beau monde ?
Mort est Thonneur de tant de rois Espagnols, Germains et François, D'un tombeau pressant leur mémoire Les grands rois et les empereurs TSe diffèrent aux laboureurs, Si quelqu'un ne chante leur gloire.
Quant à moi, je ne veux souffrir Que ton beau nom se vienne offrir A la mort, sans que je le venge, Pour n'être jamais finissant.
Mais d'âge en âge verdissant Surmonter la mort et le change.
Je veux, malgré les ans obscurs, Que tu sois des peuples futurs Connu sur tous ceux de notre âge.
Pour avoir conçu volontiers Des neuf Pucelles les métiers.
Qui t'ont enflammé le courage,
Non pas au gain ni au vil prix, Mais pour être des mieux appris Entre les hommes qui ^Rassemblent Sur Parnasse au double sourci ' :
*jiu double sourd : nui deux tnininrts.
i>Es ODES. au
Cest pourquoi tu aimes aussi Les bons esprits qui te ressemblent
Or, pour le plaisir quant à moi, Verdim, que j*ai reçu de toi, Tu n'auras rien de ton Poète Sinon ces vers que je t'ai faits, £t avec ces vers les souhaits Que pour bonheur je te souhaite.
Dieu veuille bénir ta maison De beaux enfants nés à foison De ta femme belle et pudique :
La concorde habite en ton lit, £t bien loin de toi soit le bruit De toute noise domestique!
Sois gaillard, dispos et joyeux.
Ni convoiteux, ni soucieux Des choses qui nous rongent Tâme ; Fuis toutes sortes de douleurs.
Et ne prends souci des malheurs Qui sont prédits par Nostredame' I
Ne romps ton tranquille repos Pour papaux > , ni pour huguenots , Ni ami d'eux, ni adversaire.
Croyant que Dieu, père très-doux ( Qui n'est partial comme nous ), Sait ce qui nous est nécessaire C) !
N'aye souci du lendemain ; Mais, serrant le temps en la main.
Vis joyeusement la journée
* Kottrténme : Nostradamui , astro- ' Papaux : partisans da pape. BOfflcet astrologue do seizième siècle.
{*) Cette strophe peut être alléguée ccmme preuve de la modération relis i*«u8e du poCtc.
312 LIVBE aNQUIÈMB
Et le jour auquel tu seras :
Et que sais-tu si tu verras L'autre lumière retournée?
Couche-toi à Fombre d'un bois, Ou près d'un rivage où la voix D'une fontaine jaseresse * Murmure, et tandis que tes ans Sont encore et verts et plaisants,
Par le jeu tiompe la vieillesse.
Tout incontinent nous mourrons , Et bien loin bannis nous irons Au creux d'une tesnière * obscure, . Où plus de rien ne nous souvient.
Et d'où jamais on ne revient :
Car ainsi l'a voulu Nature-
' Jateretse : babiUarde, fflarmarante, ' Tetniire : tanière .
ODESAPHIQUE^*).
Belle dont les yeux doucement m'ont tué Par un doux regard qu'au cœur ils m'ont rué , Et m'ont en un roc insensible mué.
En mon poil grispn :
Que j'étais heureux en ma jeune saison Avant qu'avoir bu l'amoureuse poison !
(*) Les vers saphiqaes ne sont, ni ne furent, ni ne seront Jamais agrès* Mes, s'ils ne sont chantés de voix vive, ou pour le moins accordés aax iostraments, qui sont la vie et i'Âme de la poésie. ( Note de Ronsard,]
DES ODES. ""î
Bien loin de soupirs, de pleurs et de prison. Libre je vivoi.
Sans servir autrui tout seul je me servoi ; Engagé n'avais ni mon cœur ni ma foi De ma volonté j'étais seigneur et roi , O fâcheux amour !
Pourquoi dans mon cœur as-tu fait ton séjour? Je languis la nuit, je soupire le jour; Le sang tout gelé se ramasse à Tentour De mon cœur transi.
Mon traître penser me nourrit de souci : L'esprit y consent et la raison aussi.
Longtemps en te! mal vivre ne puis transi : La mort vaudrait mieux.
Dé vallons < là-bas à ce bord stygieux % D'amour ni du jour je ne veux plus jouir : Pour ne voir plus rien je veux perdre les yeux Comme j'ai l'ouïr 3.
* Dévalions : descendons : * Comme j'ai l'ouïr : comme j'ai petda
^ J ce bord ttygieux : au bord da l'ouïr. Styx, aox enfers.