ODE SAPHIQUE
Mon âge et mon sang ne sont plus en vigueur. Les ardents pensers ne m'échaufTent le cœur , Plus mon chef grison ne se veut enfermer Sous le joug d'aimer.
En mon jeune avril, d'Amour je fus soudard, £t vaillant guerrier portai son étendard : ;
314 LIVB£ CINQUIEME
Ores a Tautel de Vénus je Tappends, Et forcé me rends.
Plus ne veux ouïr ces mots délicieux : Ma vie! mon sang! ma chère âme ! mes yeux ! C'est pour les amans à qui le sang tressaut Autour du cœur chaud.
Je veux d'autre fea ma poitrine échauffer, Connaître nature et bien philosopher, Du monde savoir et des astres le cours , Retours et détours.
Donc, sonnets, adieu! adieu douces chansons Adieu danse ! adieu de la lyre les sons ! Adieu traits d'amour ! volez en autre part Qu'au cœur de Ronsard.
Je veux être à moi , non plus servir autrui : Pour autrui ne veux me donner plus d'ennui il faut essayer sans plus me tourmenter, De me contenter.
L'oiseau prisonnier, tant soit-il bien traité. Sa cage rompant, cherche sa liberté :
Les liens de l'esprit sont toujours plus forts Que ceux-là du corps.
Votre affection m'a servi de bonheur :
D'être aimé de vous m'est un bien grand honneur Tant que l'air vital en moi se répandra, Il m'en souviendra.
Plus ne veut mon âge à l'amour consentir, Repris de nature et d'un tard repentie : Combattre contre die et lui être odieux , C'est forcer les Dieux.