TOUCHANT LE POËME HÉROÏQUE
AU LECTEUR APPKENTI.
Carmen rcprehendile quod non Multa dies et muUa litura coercuit^ atque Pnesectum decies non easltgavii ad ungvem ';
Il D€ faut t^émerveiller, lecteur, dequoi je n'ai composé ma Franciade en vers alexandrins, qu'autrefois en ma jeunesse , par ignorance , je pensais tenir en notre langue le rang des carmes ' héroïques , encore qu'ils répondent plus aux senaires ^ des tragiques qu'aux magnanimes vers d'Homère et de Virgile, les estimant pour lors plus conve- Qables aux magnifiques arguments et aux plus excellentes conceptions de l'esprit , que ks autres vers communs. Depuis, j'ai vu , connu , et pratiqué par longue expérience , que je m'étais abusé; car ils sentent trop la prose très facile, et sont trop énervés et fiasques, si ce n'est pour les traductions, auxquelles, à cause de leur longueur, ils servent de beaucoup pour interpréter le sens de Fauteur qu'on entreprend. Au reste, ils ont trop de caquet, s'ils ne sont bâtis de la main d'un bon artisan j qui les fasse autant qu'ii lui sera possible hausser comme les peintures relevées, et quasi séparer du langage commun , les ornant et enrichissant de figures , schèmes ^, tropes, métaphores,
* Horace , Art. poél.f t. 292 -?94.
* Carmes : vers; du latin carmina, ^ ïambes de six mesures.
* St/ii^mes : ligures j du groc ay7)\L0iX7i,