V IX
Quand au matin ma déesse s^habille , D'un riche or erespe ■ ombrageant ses talons. Et les filets de ses beaux cheveux blonds En cent façons en-onde * et entortille :
Je l'accompare à l'écumière fille ^ Qui, or' pignant^ les siens brunement longs ^, Or' les fnsant en mille crespillons , Passait la mer portée en sa coquille.
I Or erespe :chtwux blonda crêpée. * Brunement hngt : la plupart des
Voy. Sonnet iv. poètes donnent à Vénus des cheveux
3 JSlM-oiufs: tourner et eresper en long blonds. Homère l'a nommée IIoXO-
comme ondes (Muret). Xgi^iiJOÇ, Virgile aurea Fenu», et notro
> Éewnière fille : Vénus, née de l'é- Musset :
eume de la mer ( 'AçpOÎiTT) , de AçpÔÇ q„^ ,. blonde A«tarté,flUe de ronde •m*re.
écume). Fécondait l'anîTera eo tordant sas chereiii.
« Piçnant : peignant. (Rolla.)
S4 LE PBEMIEB LIVRE
De femme humaine encore ne sont pas Son ris, son front, ses gestes ne ses pas, "Se de ses yeux Tune et Fautre étincelle.
Rocs, eaux ne bois ne logent point en eux !Nymphe qui ait si folâtres cheveux, ]Si Tœil si beau, ni la bouche si belle.
Amour me tue, et si ' je ne veux dire Le plaisant mal que ce m'est de mourir. Tant j'ai grand' peur qu'on veuille secourir Le doux tourment pour lequel je soupire.
11 est bien vrai que ma langueur désire Qu'avec le temps je me puisse guérir : Mais je ne veux ma dame requérir Pour ma santé, tant me plaît mon martyre*
Tais-toi langueur, je sens venir le jour, Que ma maîtresse après si long séjour *, Voyant le mal que son orgueil me donne.
Qu'à la douceur la rigueur fera lieu.
En imitant la nature de Dieu, Qui nous tourmente, et puis il nous pardonne.
> Et si : et pourtant. > Si Umg séjour : si long retard.
Amour, amour, que ma maîtresse est belle! Soit que j'admire ou ses yeux mes seigneurs, Ou de son front la grâce et les honneurs, Ou le vermeil de sa lèvre jumelle.
DES ÀMOUBS. 35
Amour, amour, que ma dame est cruelle ! Soit qu'un dédain rengrége ' mes douleurs. Soit qu'un dépit fasse naître mes pleurs, Soit qu'un refus mes plaies renouvelle.
Ainsi le miel de sa douce beauté Nourrit mon cœur : ainsi sa cruauté ' D'un fiel amer aigrit toute ma vie :
Ainsi repu d'un si divers repas^ Ores je vis, ores je ne vis pas, Égal au sort des frères d'CËbalie *.
* Bengrige : ansmente, redouble. tager a^ec lai son immortalité. Us
3 Des frère* dPOBhcUie : Cast<Mr et renaiuaient et monraient l*an après
Follaz ; PoUaz obtiat de Jopiter, aprce l'antre. (Homère, Oéfsêée, et HadarOf
la mort de Caetor, aoa frère, de par- Néméenneê, )
xnc).
Divin Bellay, dont les nombreuses ' lois *, Par une ardeur de peuple séparée 3, Oot revêtu l'enfant de Cythérée D'arc, de flambeaux, de traits et de carquois :
Si le doux feu dont jeune tu ardois 4, Enflambe encor' ta poitrine sacrée, Si ton oreille encore se récrée, D'ouir les plaints des amoureuses voix,
* Nombrentet : harmonieuses. Tulgaire.
^ Lois : pris ici pour Tcrs, comme * Tu ardois : ta brûlais; du latla
thex les Grecs v6(iOl. ardere.
3 Do peuple séparée : Ignorée du
(*} Réponse à un soonet de Joachim du Bellay, qui adressait à Rod- 8arâ les mêmes éloges.
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Oy ' ton Ronsard qui sanglote et lamente, Pâle de peur, pendu * sur la tourmente , Croisant en vain ses mains devers les; cieux,
En frêle nef, sans mât, voile ne rame, Et loin du havre , où pour astre , ma dame Me conduisait du phare de ses yeux.
* Off : impératif da verbe oair : en* «ion d'ane pittoresque énergie* Su* tends. pendtt sar les flots ea farie.
2 Pendu sur la tourmente : eipres-