A GASTON BÉTHUNE
Envoi de que/qiies' porniPS oubliés.
Frère, le plus aimé de mes plus cliers amis,
Esprit vibrant et souple où la nature a mis
Des grandeurs de poète et des douceurs de femme ;
Toi qui me consolais dans mes jours de rancœur, Qui réchaufï'ais mon âme au\ chaleurs de ton àme Quand le dégoût d'être homme humiliait mon ca^ur ;
Toi ([ui lis dans ma vie et qui sauras peut-être Le lourd regret que nul ne doit jamais connaître Et qui me fait pleurer le soir comme un enfant :
En mémoire de nous, je le donne ce livre Où mon rut exalté se dresse, triomphant ; Ceux qui passeront là pourront m'entendre vivre.
J'ai tiré les rideaux de mon lit, grands ouverts : Je n'ai honte de rien et je crie à pleins vers Quand l'amour bienfaisant descend sur ma torture.
76 l'amk nue
Plus corrompu que nous, le siècle n'aime pas Qu'on se souvienne d'être un fils de la nature Et qu'on dise tout haut ce qu'il pense tout bas.
Il veut qu'on soit poncif et qu'on chante les roses, Lesbois,les vingt printemps, l'âme et les vents moroses; On doit rougir d'être homme et renier sa chair.
Ah ! qui nous rendra l'âge où la grâce était nue ! L'âpre splendeur du vrai rendait le beau plus cher, Et la pudeur dormait, hérésie inconnue.
Tous les bonheurs humains s'appelaient par leur nom.
Et nul n'aurait osé trouver leur culte immonde.
— « Tu vas châtrer ton art et mentir. » — Eli bien, non !
Le monde en rugira : nous méprisons le monde !
L AME NUE