‹ Choix de poésiesChapitre 41 sur 130 · LES BÊTES · texte numérisé non relu

LES BÊTES

Je voudrais être calme et doux comme les bètes Qu'on mène par troupeaux brouter à travers champs. Tout les aime ; le soir mire l'or des couchants Dans la limpidité de leurs grands yeux honnêtes.

Balançant d'un air las le bloc lent de leurs tètes,

Sur les pacages plats ou les ravins penchants.

Dans les prés pleins de fleurs, sous les bois pleins de chanls,

Elles vaguent, rêvant comme l'ont les poètes.

Ouand l'iierbe rousse fume au soleil de midi,

Klles vont, l'œil mi-clos et le pas alourdi,

Loin des grillons taquins qui craquent autour d'elles.

Puis graves, étalant leurs gros torses velus,

Iillles dorment dans l'ombre où passent des bruits d'ailes...

— Je voudrais être calme et doux : je ne sais plus.

A i)ii:u

0 Dieu, Juge iulaillil^le et Sagesse suprême, S'il est vrai que tu sois, toi que j'ai blasphénié ; S'il est vrai que je doive un jour, nu, désanué, Au pied de ta justice abattre mon Iront blèmc :

Tu me pardonneras mes cris et mon blasphème.

Car j'en suis innocent et je t'aurais aimé ;

Le crime est au destin ; ses coups m'ont déformé :

La douleur veut qu'on doute et ne veut pas qu'on aime.

Tu sais, et tu sais seul, quel désespoir secret, S'acharnant sur ce cœur maudit, le dévorait; Seul, tu connais combien la plaie était profonde.

J'ai tu mon mal à ceux dont l'âme en eût souffert, Et stoïque damné qui souriais au monde. J'ai fait rire mes pleurs et chanter mon enfer I

L*AMF. NUE 81

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