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LA CHARITÉ

Quand saint Martin eut coupé son manteau Et quand le pauvre en eut pris la moitié, Le pauvre saint, de par toute sa peau. Avait si froid que c'en était pitié.

Satan criait : — « Je veux, coûte que coûte, Que saint Martin regrette sa sottise 1 ^> Le saint chantait et poursuivait sa route, Tant que le diable envoya de la bise.

Soufflant, sifflant, le vent le déchirait Des yeux au ventre et du col aux talons, Mais saint Martin n'avait pas de regret. Tant que Satan lui jeta des grêlons.

Ils tombaient durs et drus à n'y pas croire ; Le saint disait : — « Il grêle sur ma tète. » Mais de sa cape il n'avait plus mémoire. Tant que Satan fit neiger la tempête.

180 l'espoir du monde

— « Je veux qu'il pense à son manteau perdu ! » Satan fit tant de neige et de brouillard Qu'enfin le saint se disait : — « J'aurais dû Donner ma cape entière au bon vieillard. »

Les oiseaux morts de froid gelaient sur place.

— « Je veux qu'il tombe et que son cheval crève, Et saint Martin dormira sur la glace ! »

Le saint tomba, dormit et fît un rêve :

L'enfant Jésus, au milieu des élus, S'enveloppait, avec un air vainqueur, Du pan de drap que le saint n'avait plus, Et saint Martin eut chaud dans tout son cœur.

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