‹ Choix de poésiesChapitre 25 sur 81 · LÉNOR · texte numérisé non relu

LÉNOR

{imité de burger)

Le point du jour brillait h peine que Lénore

Saute du lit : « Guillaume, es-tu fidèle encore,

Dit-elle, ou n'es-tu plus ? C'était un officier

Jeune et beau, qui devait l'épouser ; mais, la veille

[Du mariage, hélas ! le tamboiu: le réveille

[De grand matin ; il s'arme et part sur son coursier.

Depuis, pas de nouvelle, et cependant la guerre.

Aux deux partis fatale, avait cessé naguère.

Les soldats revenaient, avec joie accueillis :

0 Mon mari ! mon amant ! mon fils !... Dieu vous renvoie. »

Tout cela s'embrassait, sautait, mourait de joie...

Lénore seule, en vain, parcourait le paj's.

L'avez-vous vu ?... — Non. — Xon. — Chacun a sa famille. Ses affaires... Chacun passe. — La pau\Te fiUe Pleure, pleure et sa mère accourt, lui prend la main : « Qu'as-tu, Lénore ? — Il est mort, et je dois le suivre ; Nous nous sommes promis de ne pas nous survivre... — Patience ! sans doute il reviendra demain.

* Quelque chose l'aura retardé. Viens, ma fille, Il est nuit. » Elle rentre, elle se déshabille. Et dort, ou croit dormir... Mais, tout à coup, voilà Qu'un galop de cheval au loin se fait entendre. Puis éclate plus près... Enfin, une voix teiube : « Lénore ! mon amour... ouvre-moi... je suis là!»

Elle n'est pas levée encore, que Guillaume

Est près d'elle. « Ah ! c'est toi! d'où viens-tu? — D'unroyaume

Oii je dois retourner cette nuit ; me suis-tu ?

— Oh ! j usqu'à la mort ! — Bien. — Est-ce loin ? — A cent lieues,

— Partons. — La lune luit... les montagnes sont bleues... A cheval !... d'ici là, le chemin est battu. »

Ils partent... Sous les pas agiles Du coursier les cailloux briilaienu.

Et les monts, les forêts, les villes, A droite, à gauche, s'envolaient.

« Le glas tinte, le corbeau crie,

Le lit nuptial nous attend...

Presse-toi contre moi, mon épouse chérie !

— Guillaume, ton lit est-il si grand ?

— Non, mais nous y tiendrons... Six planches, deux planchettes Voilà tout... pas de luxe. Oh ! l'amour n'en veut psks. »

Ils passaient, ils passaient, et les ombres muettes Venaient se ranger sur leurs pas.

« Hourra ! hourra ! je vous invite A ma noce... Les morts vont vite...

Ma belle amie, en as-tu peur ?

— Ne parle pas des morts... cela porte malheur... » Hop ! hop ! hop !... Sous les pas agiles

Du coursier les cailloux brûlaient. Et les monts, les forêts, les villes, A droite, à gauche, s'envolaient.

« — Mais d'où partent ces chants funèbres, Où vont ces gens en longs manteaux ?

Hourra ! que faites-vous là-bas sous les ténèbres. Avec vos chants et vos flambeaux ?

— Nous conduisons un mort. — Et moi, ma fiancée. Mais votre mort pourra bien attendre à demain ; Suivez-moi tous, la nuit n'est pas très avancée...

Vous célébrerez mon hymen.

« Hourra ! hourra ! je vous invite A ma noce... Les morts vont vite...

Ma belle amie, en as-tu peur ?

— Ne parle pas des morts... cela porte malheur... »

Hop ! hop ! hop ! sous les pas agiles Du coursier les cailloux brillaient.

Et les monts, les f orêts.les villes, A droite, à gauche, s'envolaient,

« Tiens ! vois-tu ces ombres saris tête

Se presser autour d'un tréteau.

Là, du supplice encor tout l'attirail s'apprête...

Pour exécuter un bourreau.

Hourra ! dépêchez- vous !... hourra ! troupe féroce. Faites aussi cortège autour de mon cheval ! Vous seriez déplacés au banquet de ma noce

Mais vous pourrez danser au bal.

« Hourra ! mais j'aperçois le gîte Sombre où nous sommes attendus...

Les morts au but arrivent vite ; Hourra ! nous y voici rendus ! »

Contre une grille en fer le cavalier arrive, Y passe sans l'ouvrir... et d'un élan soudain.

Transporte Lénore craintive

Au milieu d'un triste jardin...

C'était un cimetière. « Est-ce là ta demeure ?

— Oui, Lénore ; mais voici l'heure.

Voici l'heure de notre hymen ; Descendons de cheval... Femme, prenez ma main ! »

Ah ! Seigneur Dieu ! plus de prestige...

Le cheval, vomissant des feux.

S'abîme ! et de l'homme (ô prodige !)

Un vent souffle les noirs cheveux Et la chair qui s'envole en poudre...

Puis, à la lueur de la foudre.

Découvre un squelette hideux !

« Hourra ! qu'on commence la fête !

Hourra ! » Tout s'agite, tout sort, ■ Et, pour la ronde qui .s'apprête, Chaque tombeau vomit un mort.

Tout est fini ! par Notre Dame !

Reprend la même voix, chaciue chose à son tour : Après la gloire vient l'amour !

Maintenant, j'embrasse ma femme.

« — Jamais » Elle s'agite... et tout s'évanouit ! « Jamais ! dit son amant, est-ce bien vrai, cruelle ! (Il était près du lit.) — Ah ! Guillaume, dit-elle. Quel rêve j'ai t'ait cette nuit. »

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