‹ Choix de poésiesChapitre 47 sur 55 · LE BRAVE, BRAVE AUTOMNE · texte numérisé non relu

LE BRAVE, BRAVE AUTOMNE

Quand reviendra l'automne, Cette saison si triste, Je vais m'ia passer bonne, Au point de vue artiste.

Car le vent, je l'connais, Il est de mes amis !

Depuis que je suis né Il fait que j'en gémis . . .

Et je connais la neige, Autant que ma chair même, Son froment me protège Contre les chairs que j'aime . .

Et comme je comprends Que l'automnal soleil Ne m'a l'air si souffrant Qu'à titre de conseil ! . . .

Puis rien ne saurait faire Que mon spleen ne chemine Sous les spleens insulaires Des petites pluies fines . . .

Ah ! l'automne est à moi, Et moi je suis à lui, Comme tout à « pourquoi ? »

Et ce monde à « et puis ? »

Quand reviendra l'automne, Cette saison si triste, Je vais m'ia passer bonne Au point de vue artiste

DIMANCHES

J'aurai passé ma vie à faillir m'embarquer Dans de bien funestes histoires, Pour l'amour de mon cœur de Gloire ! . . .

— Oh ! qu'ils sont chers, les trains manques Où j'ai passé ma vie à faillir m'embarquer ! . . .

Mon cœur est vieux d'un tas de lettres déchirées. Oh ! Répertoire en un cercueil Dont la Poste porte le deuil ! . . .

— Oh ! ces veilles d'échaufïourées

Où mon cœur s'entraînait par lettres déchirées ! . . .

Tout n'est pas dit encor, et mon sort est bien vert. O Poste, automatique Poste, O yeux passants fous d'holocaustes, Oh ! qu'ils sont là, vos airs ouverts ! . . .

Oh ! comme vous guettez mon destin encore vert

(Une, pourtant, je me rappelle,

Aux yeux grandioses

Comme des roses.

Et puis si belle ! . . .

Sans nulle pose.

Une voix me criait : « C'est elle ! Je le sens ; « Et puis, elle te trouve si intéressant ! » — Ah ! que n'ai-je prêté l'oreille à ses accents ! . . . )

118 ]ULES LAFORGUE

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