LE BRAVE, BRAVE AUTOMNE
Quand reviendra l'automne, Cette saison si triste, Je vais m'ia passer bonne, Au point de vue artiste.
Car le vent, je l'connais, Il est de mes amis !
Depuis que je suis né Il fait que j'en gémis . . .
Et je connais la neige, Autant que ma chair même, Son froment me protège Contre les chairs que j'aime . .
Et comme je comprends Que l'automnal soleil Ne m'a l'air si souffrant Qu'à titre de conseil ! . . .
Puis rien ne saurait faire Que mon spleen ne chemine Sous les spleens insulaires Des petites pluies fines . . .
Ah ! l'automne est à moi, Et moi je suis à lui, Comme tout à « pourquoi ? »
Et ce monde à « et puis ? »
Quand reviendra l'automne, Cette saison si triste, Je vais m'ia passer bonne Au point de vue artiste
DIMANCHES
J'aurai passé ma vie à faillir m'embarquer Dans de bien funestes histoires, Pour l'amour de mon cœur de Gloire ! . . .
— Oh ! qu'ils sont chers, les trains manques Où j'ai passé ma vie à faillir m'embarquer ! . . .
Mon cœur est vieux d'un tas de lettres déchirées. Oh ! Répertoire en un cercueil Dont la Poste porte le deuil ! . . .
— Oh ! ces veilles d'échaufïourées
Où mon cœur s'entraînait par lettres déchirées ! . . .
Tout n'est pas dit encor, et mon sort est bien vert. O Poste, automatique Poste, O yeux passants fous d'holocaustes, Oh ! qu'ils sont là, vos airs ouverts ! . . .
Oh ! comme vous guettez mon destin encore vert
(Une, pourtant, je me rappelle,
Aux yeux grandioses
Comme des roses.
Et puis si belle ! . . .
Sans nulle pose.
Une voix me criait : « C'est elle ! Je le sens ; « Et puis, elle te trouve si intéressant ! » — Ah ! que n'ai-je prêté l'oreille à ses accents ! . . . )
118 ]ULES LAFORGUE