‹ Choix de poésiesChapitre 48 sur 55 · L'ÎLE · texte numérisé non relu

L'ÎLE

C'est l'Ile ; Eden entouré d'eau de tous côté ! . . .

Je viens de galoper avec mon Astarté

A l'aube des mers ; on fait sécher nos cavales.

Des veuves de Titans délassent nos sandales,

Eventent nos tresses rousses, et je reprends

Mon Sceptre tout écaillé d'émaux effarants !

On est gai, ce matin. Depuis une semaine

Ces lents brouillards plongeaient mes sujets dans la peine

Tout soupirants après un beau jour de soleil

Pour qu'on prît la photographie de Mon Orteil . . .

Ah ! non, c'est pas cela, mon Ile, ma douce île . . . Je ne suis pas encore un Néron si sénile . . . Mon île pâle est au Pôle, mais au dernier Des Pôles, inconnu des plus fols baleiniers !

Les Icebergs entrechoqués s'avançant pâles Dans les brumes ainsi que d'albes cathédrales M'ont cerné sur un bloc ; et c'est là que, très-seul, Je fleuris, doux lys de la zone des linceuls, Avec ma mie !

Ma mie a deux yeux diaphanes Et viveurs ! et, avec cela, l'arc de Diane N'est pas plus fier et plus hautement en arrêt Que sa bouche ! (arrangez cela comme pourrez . . . ) Oh ! ma mie ... — Et sa chair affecte un caractère Qui n'est assurément pas fait pour me déplaire : Sa chair est lumineuse et sent la neige, exprès Pour que mon front pesant y soit toujours au frais, Mon Front Equatorial, Serre d'Anomalies ! . . . Bref, c'est, au bas mot, une femme accomplie.

Et puis, elle a des perles tristes dans la voix . . . Et ses épaules sont aussi de premier choix. Et nous vivons ainsi, subtils et transis, presque Dans la simplicité des gens peints sur les fresques. Et c'est l'Ile. Et voilà quel Eldorado L'Exode nihiliste a poussé mon radeau.

O lendemains de noce où nos voix mal éteintes Chantent aux échos blancs la si grêle complainte :

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